Plateau/Destructions d’aménagements, Jacques Ehouo interpelle : « Comment lutter contre de désordre en cassant l’ordre ? »

Plateau/Destructions d’aménagements, Jacques Ehouo interpelle : « Comment lutter contre de désordre en cassant l’ordre ? »

25/09/2026 - 08:48
Plateau/Destructions d’aménagements, Jacques Ehouo interpelle : « Comment lutter contre de désordre en cassant l’ordre ? »
Jacques Gabriel Ehouo, député-maire de la Commune du Plateau, lors du point de presse consacré aux destructions d’aménagements sur la promenade lagunaire du Plateau, le jeudi 24 septembre 2026, à Abidjan
Plateau/Destructions d’aménagements, Jacques Ehouo interpelle : « Comment lutter contre de désordre en cassant l’ordre ? »
Plateau/Destructions d’aménagements, Jacques Ehouo interpelle : « Comment lutter contre de désordre en cassant l’ordre ? »
Plateau/Destructions d’aménagements, Jacques Ehouo interpelle : « Comment lutter contre de désordre en cassant l’ordre ? »

Jacques Gabriel Ehouo, député-maire de la Commune du Plateau, a animé un point de presse, le jeudi 24 septembre 2026, à Abidjan. Son principal grief porte sur la destruction d’installations sans information préalable de la mairie, notamment des aménagements réalisés sur la promenade lagunaire.

Cette destruction a été initiée dans la nuit du vendredi 11 au samedi 12 septembre dernier, dans le cadre d’une opération de libération, d’assainissement et d’aménagement de la baie lagunaire du Plateau, située entre les ponts Félix Houphouët-Boigny et Général-de-Gaulle, initiée par le District Autonome d’Abidjan.

Entouré des forces vives de la commune de la « cité des Affaires », le député-maire Jacques Ehouo a dénoncé une contradiction entre la volonté de rétablir l’ordre et le recours à des opérations qu’il considère elles-mêmes comme désordonnées.

« Pourquoi sans informer le commissariat du 1er arrondissement du Plateau ? Pourquoi les Forces régaliennes installés au Plateau n’ont pas pu intervenir ? Nous sommes au Plateau, quand même. C'est la commune la plus sécurisée de Côte d’Ivoire. Il y a des caméras partout. On ne peut pas agir de la sorte, ce n'est pas possible. J’ai un post sur la page Facebook du district qui dit que ces actions étaient menées parce qu'il faut régler le désordre. Et je me pose la question : comment peut-on lutter contre le désordre en cassant l'ordre ? », s’est-il insurgé.

 

Des aménagements à reconstruire

Vue de l'ampleur des dégâts après le passage des bulldozers du District Autonome d'Abidjan (Image publiée sur la page officielle Facebook de la Mairie du Plateau, le 14 septembre 2026).

Selon le député-maire, la destruction des bacs à fleurs et autres aménagements représente un coût pour la collectivité, puisqu’il faudra les reconstruire. Afin de prévenir de nouvelles destructions, le maire affirme avoir mobilisé des agents municipaux pour sécuriser et protéger le site. « Aujourd’hui, on mobilise à peu près 50 policiers municipaux chaque jour, 24 heures sur 24, pour être présents sur le site. Les populations du Plateau viennent ici en bouclier humain. Ils dorment à la belle étoile pour protéger les installations de qui, en fait ? Mais ce sont les installations de tout le monde », a-t-il affirmé.

Le conseil municipal, dit-il, aurait décidé d’engager un recours administratif et de préparer un dispositif afin d’obtenir la réparation ou la reconstruction des aménagements détruits.

 

Pour une concertation entre les administrations

 

Jacques Ehouo a insisté sur la nécessité d’une concertation entre l’État, le District et les collectivités territoriales, tout en rappelant que le District Autonome d’Abidjan a une mission de coordination, tandis que les mairies ont une responsabilité directe envers leurs populations.

Le conflit, selon lui, ne doit pas être interprété sous le prisme d’une affaire personnelle ou politique, mais comme une question institutionnelle portant sur les méthodes de collaboration entre administrations.

Rappelant la genèse du conflit, le maire situe le problème dans un différend plus ancien sur les espaces publics. Jacques Ehouo a expliqué que les difficultés actuelles ne sont pas nouvelles. À titre illustratif, il a notamment cité le cas du marché du Plateau, déguerpi depuis 2003 dans le cadre d’un projet d’hôtel et de centre d’affaires qui, selon lui, n’a toujours pas abouti en 2026.

 

Des investissements municipaux revendiqués

 

Un autre axe important concerne les investissements municipaux. Jacques Ehouo a rappelé que certains aménagements ont été réalisés avec des ressources publiques et considère qu’ils ne peuvent être détruits sans explication ni concertation. Il a insisté sur le fait qu’il s’agit de l’argent de la collectivité, provenant notamment des taxes et autres ressources publiques.

Dans la vision d’aménagement du Plateau portée depuis 2018, le député-maire a également rappelé qu’après son élection, la municipalité avait annoncé la poursuite de l’aménagement de la berge lagunaire, avec notamment des espaces de loisirs et de sport : terrain de football sur l’eau, basket, paddle, etc.

En 2023, cette ambition aurait été élargie avec notamment le projet d’une patinoire, destinée à renforcer l’attractivité de la commune.

 

La mairie conteste le pouvoir de démolition du District

 

Kamagaté Noura Séry, sous-directrice de la Direction des Affaires juridiques de la mairie du Plateau, lors du point de presse consacré aux destructions d’aménagements de la promenade lagunaire, le jeudi 24 septembre 2026, à Abidjan

La direction des Affaires juridiques de la mairie du Plateau n’entend pas, elle non plus, plier l’échine. D’après sa sous-directrice, Noura Kamagaté Séry, le District Autonome d’Abidjan dispose de compétences en matière d’aménagement et d’environnement, mais la mairie soutient qu’aucun texte ne lui confère pour autant un pouvoir général de démolition des ouvrages communaux.

Sur la procédure, a-t-elle déploré, même lorsqu’une intervention est juridiquement possible, la mairie estime que les procédures prévues par la loi et la consultation de la collectivité concernée doivent être respectées.

Quant à la question liée au patrimoine et au préjudice, Noura Kamagaté Séry a précisé que la commune affirme avoir financé la promenade lagunaire sur ses ressources propres, à hauteur de plus d’un milliard de francs CFA, et avoir donc fait constater officiellement les destructions afin de préserver ses droits.

 

OXY Park II au cœur des destructions

 

Selon la vision « Plateau Smarty City » initiée par la maire Jacques Ehouo et le Coneil municipal de la Commune du Plateau, la promenade lagunaire est un projet structuré autour de quatre principaux éléments, dont OXY Park II, qui a été détruit.

L’ouvrage aurait finalement été réalisé sur les ressources propres de la commune, pour un montant annoncé de plus d’un milliard de francs CFA. Il offrirait, si les travaux s’étaient achevés, un Food court de 12 enseignes de restauration ainsi qu’un local dédié aux services de l’état civil.

 

Patrick KROU