Filière cajou: Comment la Côte d'Ivoire veut capter 100% de la valeur de sa noix

Filière cajou: Comment la Côte d'Ivoire veut capter 100% de la valeur de sa noix

17/09/2026 - 04:51
17/09/2026 - 04:52
Filière cajou: Comment la Côte d'Ivoire veut capter 100% de la valeur de sa noix
Filière cajou: Comment la Côte d'Ivoire veut capter 100% de la valeur de sa noix

C'est un changement de paradigme pour la première filière d'exportation agricole du pays.  La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de noix de cajou avec plus de 1,2 million de tonnes par an, ne veut plus seulement vendre l'amande. Elle veut vendre tout. Y compris ce qu'elle jetait.

Le pays va accueillir la plus grande usine au monde de production de Cardanol. Un projet porté par l'indien Essar Biofuels (India) Limited, avec un investissement annoncé d'environ 75 millions de dollars, soit près de 45 milliards FCFA.

Un mémorandum d'entente a été signé récemment dans les locaux du Conseil Coton, Anacarde et Karité (CCAK) entre le CCAK, le Centre de promotion de linvestissement en Côte d’Ivoire EPICI (le guichet unique de l'investissement) et Essar Biofuels. L'objectif est de créer le cadre opérationnel pour faire sortir de terre cette usine.

Transformer un résidu en ressource cotée

Le modèle économique est redoutablement efficace. Aujourd'hui, la Côte d'Ivoire transforme moins de 30% de sa production de cajou. Les coques, qui représentent près de 70% du poids de la noix brute, sont soit brûlées, soit abandonnées. Une perte sèche et une pollution.

Essar Biofuels propose de les valoriser en deux temps: extraction du CNSL (Cashew Nut Shell Liquid) puis transformation en Cardanol, une molécule biosourcée très recherchée.

Le Cardanol est partout sans qu'on le sache des résines pour freins et embrayages automobiles, vernis industriels, revêtements anti-corrosion, peintures, adhésifs, produits chimiques pour le pétrole. Un marché de niche mais à forte marge, tiré par la demande mondiale pour des alternatives biosourcées au phénol pétrolier. Son prix tourne entre 3 500 et 5 000 dollars la tonne sur le marché international, contre moins de 1 500 dollars pour l'amande de cajou.

À la clé, une triple dividende qui permet plus de valeur ajoutée locale, des emplois industriels qualifiés, et des crédits carbone générés par la non-combustion des coques et la substitution d'un produit pétrochimique.

La nouvelle doctrine du CEPICI: capter la valeur

Pour Abidjan, l'enjeu dépasse le seul projet. Il illustre la nouvelle doctrine d'investissement prônée par le CEPICI.

"Le CEPICI cible de plus en plus les investissements capables de créer davantage de valeur en Côte d'Ivoire", souligne sa directrice générale, Solange Amichia. Elle cite "la transformation locale des matières premières et des sous-produits comme le manioc, les coques d'anacarde ou encore les graines d'hévéa, pour produire du bio-éthanol et d'autres produits dérivés."

Kimou Kouassi