Protection sociale : Au marché Cocovico, les femmes réclament la CNPS

Protection sociale : Au marché Cocovico, les femmes réclament la CNPS

17/10/2026 - 07:17
17/10/2026 - 19:37
Protection sociale : Au marché Cocovico, les femmes réclament la CNPS
Protection sociale : Au marché Cocovico, les femmes réclament la CNPS

Un an d'arrêt maladie, six mois sans revenu après un accouchement : faute de papiers, de temps ou d'information, des commerçantes du marché Cocovico sont restées à l'écart du Régime social des travailleurs indépendants (RSTI) de la CNPS. Elles réclament des agents au pied de leurs étals ; l'institution promet de revenir.

Zoro Simone regrette de n’avoir pas bénéficié d’une aide de la CNPS pour reprendre ses activités.

« Je l'ai beaucoup regretté, mais je n'avais pas vraiment le choix. J'ai été malade et je suis restée à la maison pendant au moins un an, sans pouvoir exercer normalement mon activité commerciale. J'ai d'abord utilisé les bénéfices que j'avais réalisés, puis j'ai fini par puiser dans mon fonds de commerce. Si j'avais été affiliée à la CNPS, j'aurais peut-être pu bénéficier d'une aide pour reprendre mes activités. C'est surtout cela que je regrette », témoigne Zoro Simone, commerçante au marché Cocovico, à Cocody-Angré 8e tranche.

Il est 10 h 46, ce vendredi 9 octobre 2026. Assise derrière son étal achalandé de bananes, vêtue d'une longue robe, cette commerçante de 46 ans dit regretter de ne bénéficier, à ce jour, d'aucune protection sociale.

Travailleuse indépendante, elle n'a pu souscrire au Régime social des travailleurs indépendants (RSTI), proposé par la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS). Non par manque d'information, mais faute d'une pièce administrative. « Je n'ai pas pu y souscrire parce que je n'ai pas de papiers. Je ne possède pas de carte nationale d'identité (CNI). Or, on nous a demandé de remplir une fiche de la CNPS et de présenter une pièce d'identité », explique-t-elle, visiblement émue à l'idée qu'elle aurait pu bénéficier du dispositif.

Malgré cette expérience, Zoro Simone encourage ses consœurs à franchir le pas. « J'encourage tous mes frères et mes sœurs à avoir le courage de s'inscrire à la CNPS. C'est très important et cela peut nous aider lorsque nous rencontrons des difficultés », lance-t-elle.

L'absence de protection sociale peut transformer un problème de santé en menace pour la survie économique d'une commerçante.

Rachel, informée mais toujours pas affiliée

À cette heure de la journée, le marché bat son plein. Dès l'entrée, la cohue est entretenue par des marchands qui proposent leurs produits à la criée ; d'autres n'hésitent pas à accoster les clientes. Les étals ne regorgent pas que de vivrier : on y trouve aussi des cosmétiques, du textile et des protéines (viande et poisson).

C'est dans cette ambiance bon enfant que Kouakou Rachel, épouse Traoré, propose ses produits cosmétiques dans son box. Informée de l'existence du RSTI lors d'une campagne de prospection, la commerçante n'y a pourtant toujours pas souscrit. « C'est surtout par manque de temps. Pourtant, j'ai l'intention de le faire », déclare-t-elle.

Elle nourrit, elle aussi, des regrets : une maternité, suivie d'une interruption d'activité, a fragilisé ses revenus. « J'ai moi-même vécu une situation difficile après un accouchement. Je suis restée à la maison pendant six mois sans percevoir de revenu, alors que je devais continuer à payer mon loyer et à faire face à mes dépenses. Si j'avais été affiliée à la CNPS, j'aurais peut-être pu bénéficier d'une aide financière pour faire face à cette période difficile. Cela m'a fait mal de constater que je ne pouvais rien recevoir, simplement parce que je n'avais pas encore souscrit », déplore-t-elle.

Kouakou Rachel garde l'espoir de rejoindre un jour le RSTI. À ses yeux, la proximité des services et la simplification de l'adhésion favoriseraient les inscriptions. « L'adhésion ne me paraît pas difficile. Mon principal problème est le manque de temps. Il serait plus facile pour nous, commerçantes, si des agents venaient directement au marché pour nous proposer le service et nous accompagner dans les démarches. On pourrait également envisager un système de paiement avec le téléphone ou par application, qui permettrait de régler ses cotisations chaque mois sans avoir à se déplacer », propose-t-elle.

Elle invite aussi les travailleurs indépendants à souscrire à ce qu'elle décrit comme un filet de sécurité économique. « La protection sociale est une bonne chose. Au marché, nous ne souhaitons pas qu'un malheur nous arrive, mais personne ne sait ce que l'avenir nous réserve. Lorsqu'on est affiliée et qu'un problème survient, on peut, selon les conditions du régime, bénéficier d'un soutien financier qui aide à se relever et à reprendre ses activités. Sans protection, on doit assumer seule toutes les dépenses. J'encourage donc mes sœurs commerçantes à s'inscrire à la CNPS, car cette protection peut être très utile en cas de difficulté », plaide-t-elle.

Chez les commerçantes, l'adhésion à la protection sociale se heurte donc moins à un rejet du dispositif qu'aux contraintes quotidiennes de l'activité. La proximité des agents et la simplification des démarches apparaissent comme des leviers possibles pour élargir la couverture sociale.

Informée du RSTI, Kouakou Rachel, épouse Traoré, n’a pas encore souscrit, faute de temps.

Avec le RSTI, la maternité sans rupture de revenus

À quelques box de là, Youzan Irié Lou Flore, épouse Kla, se tient devant son étal de produits maraîchers. Pour elle, l’affiliation s’est imposée comme une nécessité, inhérente à son statut de travailleuse indépendante. Et elle s’en félicite : à deux reprises, elle a bénéficié des prestations du RSTI, sous forme d’indemnités journalières de maternité, équivalant à trois mois de congé pris en charge à 100 %. « J’ai bénéficié d’un congé maternité de trois mois à deux reprises. Cette prise en charge m’a été très utile », se réjouit-elle.

« La CNPS, c'est pour les fonctionnaires » : le malentendu qui éloigne les commerçantes

Devant sa table de fruits, Djé Lou Djéni n'a pas pu adhérer au RSTI. Elle invoque l'insuffisance de l'information : selon elle, les séances de sensibilisation organisées il y a quelques années n'ont pas permis aux commerçantes de conserver une connaissance claire du régime. Elle évoque d'autres obstacles, qui ont refroidi les ardeurs de ses consœurs.

« En tant que commerçantes, nous trouvons parfois les démarches administratives compliquées. Certaines d'entre nous ne savent ni lire ni écrire. On nous demande de fournir des documents, de remplir des papiers ou de signer, mais nous ne comprenons pas toujours les termes employés en français. Nous avons entendu parler du dispositif, mais nous n'avons pas nécessairement franchi le pas de l'inscription », déplore-t-elle.

Elle regrette également que la CNPS soit perçue comme un dispositif destiné principalement aux salariés, une représentation qui, selon elle, éloigne certaines commerçantes du régime. « Nous avons parfois l'impression que la CNPS concerne surtout les fonctionnaires et les personnes qui travaillent dans des structures organisées. Pourtant, nous aussi, nous travaillons au marché. Mais notre activité commerciale peut être irrégulière : aujourd'hui, nous avons de quoi vendre, et demain, nous pouvons rencontrer des difficultés ou ne plus exercer. Nous nous demandons alors comment continuer à payer les cotisations si notre commerce ne marche plus ou si nous devons arrêter notre activité. C'est pourquoi nous demandons à la CNPS de venir nous expliquer, dans un langage simple, les avantages du régime, les modalités de paiement et les possibilités qui s'offrent à nous lorsque nos revenus diminuent », souhaite-t-elle.

Sensibilisation de proximité, explications concrètes, accessibles et adaptées à leur niveau de compréhension : telles sont les clés qui pourraient ouvrir la porte à de nouvelles adhésions. Djé Lou Djéni lance d'ailleurs un appel à l'institution : « Nous souhaitons que la CNPS organise de nouvelles séances d'information à l'intention des commerçantes. Il faut nous expliquer clairement ce que le dispositif peut nous apporter et comment nous pouvons en bénéficier. Tant que nous ne comprenons pas suffisamment son fonctionnement, il nous est difficile de prendre une décision. »

L'accès à la protection sociale ne dépend donc pas uniquement de l'existence d'un régime. Il dépend aussi de la capacité des bénéficiaires potentiels à en comprendre les règles, les avantages, les obligations et les modalités de cotisation.

Le secteur informel pèse presque la moitié de la production ivoirienne. 45,5 %. C'est la part du secteur informel dans la production totale de la Côte d'Ivoire en 2023, selon le rapport « Comptes nationaux annuels définitifs 2023 » de l'Agence nationale de la statistique (ANStat), publié le 31 octobre 2025. Le secteur a généré cette année-là 22 361 milliards de FCFA de valeur ajoutée.

Selon le rapport d'analyse de l'Enquête nationale sur l'emploi (ENE 2019), repris dans le rapport de l'Enquête sur la transition vers la vie active (ETVA-CI 2022), les travailleurs indépendants représentaient 71 % des personnes en emploi en Côte d'Ivoire. Les salariés représentaient environ 25 % et les employeurs 1,5 %. 

Djé Lou Djéni réclame de nouvelles séances d’information sur le RSTI, « dans un langage simple ».

Le dernier kilomètre de la protection sociale

 

Au marché Cocovico, aucune des quatre commerçantes dont nous rapportons les témoignages ne rejette le principe d'une protection sociale. Les obstacles qu'elles décrivent sont d'une autre nature : une pièce d'identité introuvable, un étal que l'on ne peut quitter sans perdre sa journée de vente, un vocabulaire administratif parfois hermétique, la crainte de ne plus pouvoir cotiser quand l'activité ralentit, et l'idée tenace que la CNPS serait réservée aux salariés.

Ces freins, la direction de l'institution les connaît et affirme y répondre : justificatifs d'identité autres que la CNI, paiement des cotisations par téléphone, séjours de la caravane RSI Tour portés de deux à au moins dix jours. Le cas de Zoro Simone, privée de CNI, illustre l'écart entre le dispositif annoncé et sa perception sur le terrain : la CNPS assure désormais accepter d'autres pièces, comme la carte professionnelle de commerçant, le permis de conduire ou la carte CMU. Avec environ 1,6 million de personnes enrôlées, le régime a franchi un cap, mais s'enrôler ne suffit pas : seules des cotisations régulières ouvrent droit aux prestations.

Reste l'essentiel : que l'information circule jusqu'aux étals. Les commerçantes de Cocovico attendent toujours le retour des équipes de la CNPS. Pour ces femmes, qui n'ont ni congé maladie ni congé maternité et ne comptent que sur les bénéfices de leur commerce, l'enjeu est moins de convaincre que d'être au rendez-vous : au bon endroit, au bon moment, dans des mots simples. C'est à cette condition que la protection sociale cessera d'être, pour elles, un regret au conditionnel - « si j'avais été affiliée » - pour devenir un acquis.

 

Patrick KROU

 

------------------------------------------------------------------------------------------------------- 

 

Six conditions pour rejoindre le RSTI : le mode d'emploi de la CNPS

Infographie réalisée avec l'aide de l'intelligence artificielle, d'après les informations de la CNPS.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------   

 

Maladie, maternité, retraite : ce que couvre le RSTI

Infographie réalisée avec l'aide de l'intelligence artificielle, d'après les informations de la CNPS.

Cocovico : plus de trente ans de commerce au féminin

Députée-maire de Logoualé, Gisèle Ouéhi Koffi, dirige depuis le 29 décembre 2015 la Société coopérative des commerçantes de vivriers de Cocody (Cocovico).

Créée en 1994, la Coopérative des commerçantes de vivriers de Cocody (Cocovico) s'est imposée comme un acteur de la commercialisation des denrées alimentaires à Abidjan. Approvisionnement des ménages, autonomisation économique des femmes, amélioration des conditions de travail : la structure contribue à l'organisation du commerce des produits vivriers.

Depuis avril 2008, le marché Cocovico est installé à la 8e tranche, à Angré, dans la commune de Cocody. Il réunit des vendeuses de bananes plantain, d'ignames, de manioc, de légumes et d'autres denrées destinées à la consommation des ménages. Par leurs activités quotidiennes, ces commerçantes participent à la distribution des produits agricoles et à l'approvisionnement alimentaire de l'agglomération abidjanaise.

Dotée d'un conseil d'administration, la Société coopérative des commerçantes de vivriers de Cocody a été immatriculée le 10 septembre 2014 au registre des sociétés coopératives, sous le numéro CI-ABJ-2014-B-064. Son capital social, mentionné dans les avis légaux, s'élève à 2 millions de FCFA.

Dirigée par Gisèle Ouéhi Koffi depuis le 29 décembre 2015, la coopérative entend également contribuer à l'amélioration des conditions de travail de ses membres. Son objet social prévoit notamment l'achat et la vente en gros et au détail de produits vivriers, l'octroi de prêts aux adhérentes, la transformation de certaines denrées et l'amélioration des conditions de stockage.

Les commerçantes restent toutefois confrontées à plusieurs défis : accès au financement, coûts d'approvisionnement et de transport, conservation des produits périssables, rentabilité des ventes. Autant d'enjeux qui soulignent l'importance de la structuration collective pour renforcer leurs activités et leur autonomie économique.

P. K.

 

--------------------------------------------------------------------------------------------------------- 

 

Près de deux millions de travailleurs indépendants déclarés à la CNPS

 

Les travailleurs indépendants occupent une place importante dans l’économie ivoirienne. Selon les données de l’Enquête nationale sur l’emploi de 2019, ils représentaient 71 % des personnes en emploi. Pour renforcer leur protection sociale, l’État a institué par l’Ordonnance n° 2019-636 du 17 juillet 2019, le Régime social des travailleurs indépendants (RSTI), dont la gestion est confiée à la Caisse nationale de Prévoyance sociale (CNPS). Le 29 avril 2025, le gouvernement indiquait que près d’un million de travailleurs indépendants étaient déclarés à la CNPS. Toutefois, le taux d’enrôlement au RSTI ne s’élevait qu’à 12,67 % en 2024, selon le Rapport annuel de performance de la Direction générale du Budget et des Finances. Ces chiffres ne mesurent pas la même réalité : être déclaré ou enrôlé (inscrit auprès de la CNPS) n’est pas être cotisant (à jour de ses versements). Or c’est la cotisation régulière qui ouvre droit aux prestations, comme le rappelle la CNPS. Interrogée sur l’écart entre les près d’un million de déclarés, les 12,67 % de taux d’enrôlement en 2024 et les 1,6 million d’enrôlés annoncés en 2026, l’institution n’a pas détaillé la part de cotisants actifs. Ces chiffres mettent en évidence l’importance de cette catégorie professionnelle et les enjeux liés à son accès à une protection sociale adaptée.

P.K

 

---------------------------------------------------------------------------------------------------------- 

 

ENTRETIEN

Vamé David-Hervé Doumouya, directeur marketing, communication et relation client de la CNPS :

« Les travailleurs indépendants peuvent bénéficier d’une pension de retraite à partir de 120 FCFA par jour »

 

En Côte d’Ivoire, la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) renforce sa politique de protection sociale en faveur des travailleurs indépendants, avec un régime qui couvre notamment les risques liés aux accidents, à la maladie, à la maternité et à la retraite. Vamé David-Hervé Doumouya, Directeur Marketing, Communication et Relation Client de l’Institution revient sur les modalités d’adhésion, les prestations offertes et les défis à relever pour encourager les cotisations régulières.

Vamé David-Hervé Doumouya présente les avantages du RSTI, les modalités d'adhésion et les efforts engagés pour étendre la protection sociale aux acteurs du secteur informel. 

 Le RSTI, c'est quoi exactement ?

Le Régime social des travailleurs indépendants (RSTI), comme son nom l’indique, est un dispositif de protection sociale destiné aux personnes qui travaillent à leur propre compte. Il a été institué par l’État de Côte d’Ivoire en 2019 afin de permettre à cette catégorie de travailleurs, qui ne bénéficiait pas jusque-là d’un système de protection sociale adapté, d’être couverte contre certains risques sociaux. Il s’adresse à tous ceux qui exercent une activité indépendante en Côte d’Ivoire.

Pour mieux comprendre l’organisation de la protection sociale dans notre pays, il faut distinguer les différents champs d’action. L’assurance maladie est notamment prise en charge par la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), à travers la Couverture maladie universelle (CMU), tandis que les fonctionnaires sont couverts par la Caisse Générale de Retraite des Agents de l’État (CGRAE). Les salariés du secteur privé relèvent de la CNPS, à travers le Régime Général des Travailleurs Salariés (RGTS).

Le RSTI vient donc compléter ce dispositif en prenant en compte les travailleurs indépendants. Sa gestion a été confiée à la CNPS.

Maladie, maternité, retraite : que couvre le régime ?

Les travailleurs indépendants sont exposés à des risques comparables à ceux des salariés. Le RSTI prévoit trois principaux types de prestations, couvrant des risques à court et à long terme.

Le premier risque concerne l’incapacité temporaire de travail consécutive à une maladie ou à un accident. Lorsqu’un travailleur indépendant ne peut plus exercer son activité, le régime peut lui verser un revenu de remplacement, selon les conditions prévues.

Prenons l’exemple d’un chauffeur qui possède son propre véhicule et déclare un revenu mensuel de 100 000 FCFA. Sur cette base, il cotise à hauteur de 12 000 FCFA par mois. S’il est victime d’un accident qui l’empêche de travailler pendant deux ou trois mois, il peut bénéficier d’un revenu de remplacement correspondant à 50 % de son revenu de référence, soit 50 000 FCFA par mois, pendant la période d’incapacité couverte.

Le deuxième risque concerne la maternité. Prenons le cas d’une commerçante qui déclare également un revenu mensuel de 100 000 FCFA et cotise à hauteur de 12 000 FCFA par mois. Dans le cadre de la maternité, elle peut bénéficier d’une prestation correspondant à 100 % de son revenu de référence, soit 100 000 FCFA par mois, pendant la période prévue par le régime : 98 jours au total, exactement comme dans le régime des femmes salariées.

Enfin, le troisième risque concerne la retraite. Grâce au RSTI, les travailleurs indépendants peuvent se constituer des droits à une pension de retraite, sous réserve de remplir les conditions requises.

Nous voulons ainsi permettre aux travailleurs indépendants de Côte d’Ivoire de préparer leur avenir et de bénéficier d’une pension à vie, avec une cotisation annoncée à partir de 120 FCFA par jour.

Comment adhérer sans fermer son étal ?

Nous avons essayé d’adapter les modalités d’adhésion aux réalités des travailleurs indépendants.

Ils peuvent se faire enrôler dans l’agence CNPS la plus proche de leur lieu de résidence ou de travail. Ils peuvent également effectuer cette démarche en ligne, sur le site internet de la CNPS.

Enfin, ceux qui n’ont pas facilement accès aux outils numériques ou qui ne peuvent pas se déplacer disposent d’une autre possibilité : nos équipes itinérantes, dans le cadre du RSTI Tour, sillonnent continuellement depuis 3 ans les villes et les communes de Côte d’Ivoire et même à l’étranger pour aller à la rencontre des travailleurs indépendants.

Cette caravane facilite leur enrôlement en se rapprochant directement de leurs lieux d’activité. Au moment de cet entretien (Ndlr : lundi 12 octobre 2026), elle poursuivait son déploiement à l’intérieur du pays, après être passée notamment par Adzopé.

Notre objectif est de rendre l’adhésion aussi accessible que possible, en tenant compte des contraintes professionnelles de ces travailleurs.

Combien coûte l'adhésion ?

La cotisation est fixée à 12 % du revenu de référence déclaré par le travailleur.

Le régime distingue deux niveaux. Le régime de base concerne les revenus de référence compris entre 30 000 et 180 000 FCFA. Le régime complémentaire s’adresse aux travailleurs dont les revenus dépassent 180 000 FCFA.

La cotisation est donc calculée en fonction du revenu de référence déclaré et du niveau de régime applicable.

Quel bilan depuis la mise en place du RSTI ?

Nous avons enregistré une progression importante, avec une hausse des performances de plus de 144 % d’une année à l’autre. Aujourd’hui, le régime compte environ 1,6 million de personnes enrôlées.

Lorsque l’on compare l’expérience ivoirienne à celles d’autres pays qui ont mis en place des dispositifs de protection sociale pour les travailleurs indépendants, on constate que la Côte d’Ivoire a réalisé des avancées importantes.

Au-delà des enrôlements, nous avons commencé à servir des prestations. C’est notamment le cas des prestations de maternité. Des femmes affiliées au régime et ayant cotisé ont déjà bénéficié de revenus de remplacement.

C’est une véritable satisfaction pour nous. Ces résultats confortent notre conviction que les travailleurs indépendants ont besoin de ce dispositif et qu’ils sont disposés à y adhérer lorsqu’ils en comprennent les avantages.

Quels obstacles rencontre le déploiement ?

Les principaux challenges sont apparus au début de la campagne de sensibilisation et d’enrôlement. Les travailleurs indépendants ne peuvent pas toujours abandonner leur activité pour se rendre dans une agence de la CNPS. Un commerçant, par exemple, risque de perdre une partie de ses revenus s’il ferme son commerce pour effectuer cette démarche.

Nous avons donc décidé d’aller vers la population, notamment à travers le RSTI TOUR.

Un autre de ces challenges concerne les pièces justificatives. Lorsque nos équipes arrivent sur un marché ou dans une commune, certaines personnes intéressées ne disposent pas immédiatement des documents nécessaires.

Pour améliorer le dispositif, nous envisageons de prolonger les séjours de nos équipes dans les localités visitées. Au lieu d’y rester seulement deux jours, nous prévoyons des opérations d’au moins dix jours. Cela permettra aux personnes qui n’ont pas leurs documents sur elles de revenir et de se faire enrôler, en dehors du fait que les démarches sont facilitées en amont par le fait d’accepter tout justificatif permettant d’identifier les personnes et, selon les cas, de reconnaître leur activité professionnelle.

Ce sont les principales difficultés que nous avons rencontrées et auxquelles nous apportons progressivement des solutions.

Comment rassurer les sceptiques ?

Le premier mécanisme repose sur les témoignages des bénéficiaires. Les personnes qui ont déjà reçu des prestations commencent à partager leur expérience. Dans notre émission LA CNPS AVEC VOUS, diffusée tous les dimanches sur la télévision nationale, certains bénéficiaires ont déjà partagé leur expérience. Ces témoignages sont également relayés sur notre chaîne YouTube afin de toucher un public plus large.

Nous menons, en parallèle, une campagne de communication institutionnelle permanente, destinée à mieux faire connaître la CNPS, ses missions, ses capacités et son impact dans la vie des travailleurs.

À travers ces actions, nous voulons montrer que la protection sociale produit des effets concrets. Les travailleurs indépendants doivent comprendre qu’ils peuvent, eux aussi, bénéficier d’une couverture sociale adaptée à leur situation.

Des commerçantes de Cocovico attendent toujours le retour de vos équipes. Que leur répondez-vous ?

Le RSTI TOUR est une caravane itinérante qui se déplace de localité en localité. Lorsque nous étions à Cocovico, nos équipes n’étaient pas simultanément présentes dans les autres villes. Elles ont ensuite poursuivi leur itinéraire, notamment à Adzopé, avant de rejoindre d’autres localités.

Nous procédons progressivement, région après région, afin de couvrir l’ensemble du territoire.

La population de Cocovico peut donc être rassurée : nous avons prévu de revenir. Notre calendrier nous permet de repasser dans certaines zones à plusieurs reprises afin de nous rapprocher davantage des travailleurs indépendants.

Par ailleurs, les agences de la CNPS restent disponibles pour accompagner les personnes qui souhaitent effectuer leurs démarches sans nécessairement attendre le retour de la caravane.

Sans carte nationale d'identité, peut-on tout de même s'enrôler ?

Oui, bien sûr. Il est nécessaire de disposer d’un document permettant de vérifier son identité. Toutefois, il ne s’agit pas nécessairement de la Carte nationale d’identité (CNI).

Selon la situation, une carte professionnelle de commerçant, un permis de conduire, une carte CMU ou un autre document reconnu peut permettre d’identifier la personne.

L’essentiel est de permettre à l’agent de vérifier l’identité du travailleur et de procéder à son inscription conformément aux exigences du régime.

Nous invitons donc les personnes intéressées à se rapprocher de nos équipes afin de connaître les pièces qu’elles peuvent présenter.

Peut-on cotiser depuis son téléphone ?

Absolument, c’est même ce que nous avons fait de mieux : adapter nos modalités de paiement aux réalités des travailleurs indépendants. Il n’est pas nécessaire de se rendre dans une agence pour régler ses cotisations.

Les paiements peuvent être effectués à partir d’un téléphone portable, sans frais supplémentaires annoncés, grâce aux partenariats conclus avec des opérateurs et services de paiement, notamment MTN, Orange et Wave.

Le travailleur doit utiliser son numéro CNPS pour effectuer le règlement après son enrôlement.

En cas d’oubli de ce numéro, il peut contacter notre centre d’appels au 1396 afin d’obtenir de l’aide pour le retrouver et poursuivre ses paiements à distance.

Nous voulons ainsi éviter que les contraintes de déplacement ou le manque de temps empêchent les travailleurs indépendants de maintenir leurs cotisations à jour.

Et demain ? Les perspectives du régime

Le régime est encore en phase de croissance. Il a été institué en 2019, puis la crise liée à la Covid-19 a ralenti les activités en 2020. La campagne de déploiement a véritablement pris de l’ampleur à partir de 2021.

Aujourd’hui, en 2026, nous comptons environ 1,6 million de personnes enrôlées. Notre priorité est désormais d’encourager ces travailleurs à cotiser régulièrement afin qu’ils puissent ouvrir et maintenir leurs droits aux prestations.

L’enrôlement, à lui seul, ne suffit pas toujours pour bénéficier d’une prestation. Il faut respecter les conditions de cotisation prévues pour chaque risque.

Prenons l’exemple d’une femme qui adhère au régime dans la perspective d’une maternité, mais qui ne cotise qu’une ou deux fois avant d’interrompre ses versements. Elle risque de ne pas remplir les conditions requises pour bénéficier de la prestation de maternité.

Pour bénéficier des prestations lorsqu’un risque survient, il est donc essentiel d’être à jour de ses cotisations et de respecter les conditions applicables.

Le RSTI présente également un intérêt pour les personnes qui souhaitent préparer leur retraite. Selon les règles du régime, une pension peut être accessible après dix années de cotisation, contre quinze années dans le régime des salariés évoqué lors de cet entretien. Ainsi, une personne qui commence à cotiser à 50 ans peut, sous réserve de remplir les conditions requises, préparer une retraite à partir de 60 ans.

Nous voulons donc sensibiliser les assurés à l’importance de la régularité des cotisations. Un effort quotidien annoncé à partir de 120 FCFA peut contribuer à leur garantir une protection contre certains risques sociaux et à préparer leur avenir.

Quel message pour les travailleurs indépendants ?

Nous invitons tous ceux qui ne font pas encore partie de la grande famille de la CNPS à rejoindre le Régime social des travailleurs indépendants.

À ceux qui sont déjà enrôlés, nous demandons de poursuivre régulièrement leurs cotisations afin de pouvoir bénéficier des prestations lorsqu’ils remplissent les conditions requises.

La protection sociale ne doit pas être considérée uniquement comme une dépense immédiate, mais comme une mesure de prévoyance face aux aléas de la vie et un moyen de préparer sa retraite.

Notre ambition est de permettre au plus grand nombre de travailleurs indépendants de bénéficier d’une protection sociale adaptée à leur situation professionnelle.

 

Réalisé par Patrick KROU