Démolitions de Koumassi-Campement : Le Procureur démonte la thèse de la « décision de justice » et pointe un député
Démolitions de Koumassi-Campement : Le Procureur démonte la thèse de la « décision de justice » et pointe un député
Abidjan, 16 septembre 2026, lors d’une conférence de presse très attendue, le Procureur de la République Brama Oumar Koné a livré les premiers éléments concrets de l’enquête ouverte sur les démolitions massives intervenues le 3 juin 2026 à Koumassi-Campement. Loin de l’explication initiale d’un simple propriétaire faisant exécuter un jugement, le magistrat a dessiné un tableau nettement plus complexe, impliquant des acteurs publics et un parlementaire.
Une décision de justice jamais exécutée
Le nommé Alloui Brou jacques avait revendiqué la paternité des destructions en brandissant une décision de justice. Le procureur a formellement contredit cette version : « La décision existe, mais elle est précise. Le tribunal n’a autorisé que le dégarnissement de cinq habitations. Il a rejeté la demande de démolition. »
Plus encore, cette décision n’a jamais été signifiée aux personnes concernées et n’a fait l’objet d’aucune exécution. « Le commissaire de justice n’a même pas reçu l’original de la grosse », a précisé le magistrat. Aucune réquisition judiciaire n’a non plus été délivrée par le Procureur général. Conclusion sans ambiguïté : « Ce n’est pas l’exécution d’une décision de justice. »
Six hectares, 250 lots et des titres contestés
Selon les vérifications du cadastre, la zone impactée couvre 6 hectares 88 ares 38 centiares et regroupe 250 lots. Parmi eux, 28 bénéficient d’arrêtés de concession définitive, d’autres de titres fonciers ou de certificats de mutation. Plus de 200 parcelles sont sans titre. Le site a été placé sous-main de justice.
Un député au cœur du dispositif
L’enquête a permis d’identifier un acteur central : le député de Goumeré-Tabagne. Selon le Procureur, il a « joué un rôle déterminant » en assurant à la fois la coordination et le financement principal de l’opération. Une requête a déjà été adressée au Procureur général afin de saisir le bureau de l’Assemblée nationale pour obtenir l’autorisation de le poursuivre.
Le plan Orsec brandi par le district
Le ministre-gouverneur du district autonome d’Abidjan, entendu par le Premier président de la Cour d’appel, a affirmé que les démolitions s’inscrivaient dans le cadre du plan Orsec. Son directeur de cabinet et le directeur des services techniques ont confirmé avoir agi sur ses instructions et avoir requis les forces de l’ordre.
Le procureur a cependant souligné que l’instruction devra déterminer si les conditions légales du plan Orsec ont réellement été réunies. Sur l’éventuelle responsabilité du ministre-gouverneur, il a rappelé le cadre constitutionnel : en tant que membre du gouvernement, il relèverait de la Haute Cour de justice.
Brou Alloui Jacques maintenu en détention « pour sa protection »
Alloui Brou Jacques, placé sous mandat de dépôt depuis le 29 juin, reste en détention. Le Procureur a justifié cette mesure par la nécessité de le protéger face à la colère des populations et de garantir sa présence tout au long de l’instruction.
Une enquête qui s’élargit
Plusieurs autres personnalités ont été entendues : le maire de Koumassi, le secrétaire général de la mairie, le président du collectif des sinistrés (qui s’est constitué partie civile), ainsi que des acteurs opérationnels (propriétaire d’engins, démarcheur, conducteur de pelleteuse…). Les auditions se poursuivent.
Le Procureur a conclu en assurant que « toute la lumière sera faite » et que l’instruction permettra de lever les incohérences constatées entre les différentes versions.
Cette conférence de presse marque un tournant. Elle transforme une affaire de démolitions présentée comme un conflit privé en un dossier aux implications politiques et institutionnelles. Reste désormais à savoir jusqu’où l’instruction osera remonter.
A.Konan
