À Ouéguiré, la solidarité communautaire nourrit l’école et ravive l’espoir des élèves

À Ouéguiré, la solidarité communautaire nourrit l’école et ravive l’espoir des élèves

29/10/2026 - 06:13
À Ouéguiré, la solidarité communautaire nourrit l’école et ravive l’espoir des élèves
À Ouéguiré, la solidarité communautaire nourrit l’école et ravive l’espoir des élèves

À Ouéguiré, dans la région de San Pedro, la cantine scolaire est devenue un levier de maintien à l’école, d’amélioration des conditions d’apprentissage et de mobilisation communautaire. Grâce à l’engagement de l’ONG Mon Enfant, Mon Futur et à la participation des habitants, 78 jours de repas sont désormais couverts sur les 120 jours de classe. Mais derrière cette avancée porteuse d’espoir, 42 jours restent encore sans solution alimentaire.

« Avant, c’était difficile. Maintenant que je mange à l’école, je suis content. » À 12 ans, Nemlin Eugène, élève en classe de CM2 à l’EPP Ouéguiré, résume en quelques mots le changement que représente la cantine scolaire dans son quotidien. Comme lui, de nombreux enfants étaient autrefois contraints de quitter l’établissement à la pause de midi pour rejoindre leurs familles ou les campements environnants afin de trouver de quoi manger. Certains parcouraient de longues distances, au risque de manquer les cours de l’après-midi.

Aujourd’hui, grâce aux repas servis à l’école, ces élèves peuvent déjeuner à proximité de leurs salles de classe et reprendre les enseignements dans de meilleures conditions. Au-delà de la simple distribution de nourriture, la cantine contribue ainsi à réduire les contraintes qui pèsent sur la scolarité des enfants et à renforcer leur assiduité.

D’un drame à une réponse durable

L’engagement en faveur de la cantine scolaire a pris une dimension particulière à la suite d’un événement tragique survenu le 12 janvier 2024. Ce jour-là, alors que l’ONG Mon Enfant, Mon Futur procédait à une remise de vivres destinés aux cantines scolaires de Ouéguiré et de Ranouéké, la communauté de Ouéguiré était frappée par le décès d’un jeune élève qui avait quitté l’école pour rejoindre sa famille au moment du déjeuner.

Ce drame a profondément marqué les esprits et renforcé la prise de conscience autour de la nécessité de garantir aux enfants un accès régulier à l’alimentation pendant les journées de classe.

Pour le Dr Atri Kouassi Daniel, président du conseil d’administration de l’ONG Mon Enfant, Mon Futur, cette épreuve a conforté la volonté de dépasser les interventions ponctuelles pour construire une réponse durable. L’organisation a ainsi mis à la disposition de la communauté une parcelle de deux hectares de palmiers à huile. Les revenus tirés de la vente des régimes servent à contribuer à l’achat des denrées alimentaires nécessaires au fonctionnement de la cantine.

Cette démarche traduit une volonté claire : faire de la solidarité communautaire un mécanisme pérenne de financement, capable de soutenir l’alimentation scolaire au-delà des distributions occasionnelles de vivres.

De 30 % à 0,10 % d’absentéisme : des indicateurs encourageants

Les effets de cette initiative se reflètent également dans les données communiquées par la direction de l’établissement. Selon Kouassi Kouassi Gaoussou, directeur de l’EPP Ouéguiré, le taux d’absentéisme, qui était estimé à 30 % avant la mise en place de la cantine, est tombé à 0,10 %.

Les résultats scolaires affichent, eux aussi, une progression notable. Le taux de réussite au Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE) est passé de 50 % au cours de l’année scolaire 2023-2024 à 85 % en 2024-2025. Pour l’entrée en sixième, le taux de réussite a atteint 90 % en 2025-2026.

Ces chiffres témoignent d’une évolution encourageante pour l’établissement. Si plusieurs facteurs peuvent expliquer l’amélioration des performances scolaires, la cantine constitue un soutien important en permettant aux élèves de mieux gérer la pause méridienne, de limiter les déplacements et de rester disponibles pour les apprentissages.

Les femmes, piliers d’une solidarité à consolider

À Ouéguiré, la pérennité de la cantine ne repose pas uniquement sur les ressources agricoles. Elle dépend également de la mobilisation des populations, notamment des femmes, qui ont contribué à la préparation des repas et à l’approvisionnement en produits vivriers.

Selon Ouallo Ouyadé, représentante des femmes, les habitantes du village, ivoiriennes comme burkinabè, s’étaient organisées pour accompagner le fonctionnement de la cantine. Toutefois, les travaux agricoles et les autres responsabilités quotidiennes ont progressivement rendu leur participation moins régulière.

Malgré ces contraintes, leur engagement demeure. Elles prennent toujours part à la récolte des régimes de palmiers et contribuent, selon les disponibilités, à l’approvisionnement de la cantine en produits maraîchers, notamment en aubergines et en piments.

Cette participation illustre le rôle essentiel des communautés dans la recherche de solutions locales aux difficultés liées à l’alimentation scolaire. Elle met également en évidence la nécessité de renforcer les moyens matériels et organisationnels pour permettre aux initiatives féminines de se poursuivre dans la durée.

Des infrastructures indispensables pour aller plus loin

Si la cantine représente une avancée majeure, les besoins de l’EPP Ouéguiré restent importants. Le chef du village, Gnagbi Kapet Laurent, a exprimé sa reconnaissance à l’ONG Mon Enfant, Mon Futur pour son accompagnement, qui vient compléter les efforts de l’État. Il a toutefois insisté sur les difficultés auxquelles l’établissement continue de faire face.

Parmi les priorités figurent la construction d’un réfectoire, l’édification de nouvelles salles de classe, la réalisation d’un forage et l’installation d’une clôture scolaire. Avec seulement six classes pour accueillir des effectifs importants, dont environ 105 élèves en CP1, l’école a besoin d’infrastructures adaptées pour offrir aux enfants un environnement d’apprentissage plus sûr et plus favorable.

Le chef du village plaide également pour la relance des activités maraîchères portées par les groupements féminins. Le développement de ces activités pourrait diversifier les sources d’approvisionnement de la cantine, réduire certaines dépenses et consolider l’autonomie alimentaire de la communauté.

78 jours de repas couverts sur 120 : un défi encore à relever

À ce jour, la contribution de l’ONG Mon Enfant, Mon Futur permet de couvrir 45 jours de repas par année scolaire. En complément des 33 jours pris en charge par l’État, cette intervention porte à 78 le nombre de jours de couverture alimentaire sur les 120 jours de classe.

Malgré cette avancée, 42 jours restent encore sans couverture alimentaire. Un déficit qui rappelle que les efforts engagés, aussi encourageants soient-ils, doivent être renforcés pour garantir une alimentation plus régulière aux élèves tout au long de l’année scolaire.

Face à cette réalité, le Dr Atri Kouassi Daniel lance un appel au Conseil régional de San Pedro, aux partenaires techniques et financiers, aux donateurs ainsi qu’aux personnes de bonne volonté. L’objectif est de mobiliser des ressources supplémentaires pour consolider le dispositif existant, répondre aux besoins de l’établissement et étendre cette dynamique à d’autres localités proches du fleuve Cavally, notamment Pataidié, Prolo et Bléron.

Faire de la solidarité un investissement dans l’avenir

À Ouéguiré, la cantine scolaire dépasse désormais le cadre d’une simple réponse à la faim. Elle incarne une mobilisation collective autour d’un enjeu fondamental : permettre aux enfants d’apprendre dans des conditions plus favorables, sans que l’absence de repas ne compromette leur présence en classe.

L’initiative portée par l’ONG Mon Enfant, Mon Futur, soutenue par les autorités éducatives, les responsables communautaires et les femmes du village, démontre le potentiel des solutions locales lorsqu’elles s’appuient sur des ressources et des engagements partagés.

Toutefois, la consolidation de cette expérience exige davantage de moyens, des infrastructures adaptées et une mobilisation durable des partenaires. Car à Ouéguiré, chaque repas servi est aussi une occasion de préserver une journée d’apprentissage, de renforcer les chances de réussite des élèves et de construire, collectivement, un avenir plus prometteur.

Zié K.