Berceau Vert : Quand la technologie internationale vient au secours du patrimoine naturel africain

Berceau Vert : Quand la technologie internationale vient au secours du patrimoine naturel africain

30/10/2026 - 19:56
Berceau Vert : Quand la technologie internationale vient au secours du patrimoine naturel africain
Berceau Vert : Quand la technologie internationale vient au secours du patrimoine naturel africain

Sous le thème « L’Afrique subsaharienne face à la déforestation, à la sécurité hydrique, à la pollution des eaux et à l’extinction de la flore médicinale : quelles conséquences pour les populations et quelles solutions immédiates et durables ? », la 6e édition du panel interprofessionnel initié par la structure AfriJapan et AfriAsia a eu lieu ce jeudi 29 octobre 2026, à Abidjan.

Au cours de cette rencontre « de haut niveau », Ferdinand Bléka, président d’AfriJapan et d’AfriAsia, a lancé le programme « Berceau Vert » comme solution face à la déforestation, à la pollution des eaux et à la disparition des plantes médicinales en Afrique subsaharienne. 

« Notre continent, l’Afrique subsaharienne, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Face à la crise écologique et environnementale, à la crise climatique, à la raréfaction des ressources en eau et à la disparition progressive de notre pharmacopée ancestrale, l’inaction n’est plus une simple négligence.

Elle constitue une menace pour les générations futures. Pourtant, face à l’ampleur de ces défis, mon regard ne se tourne pas vers le désespoir, mais vers l’action, l’audace et l’excellence multilatérale », a-t-il martelé.

Autorités, partenaires et experts réunis autour de Ferdinand Bléka, président d’AfriJapan et d’AfriAsia, à l’issue de la 6e édition du panel interprofessionnel, le 29 octobre 2026 à Abidjan, pour le lancement du programme « Berceau Vert ».

 

Cinq milliards de francs CFA pour la période 2025-2050

 

Selon Ferdinand Bléka, ce programme, qui court sur la période 2025-2050, bénéficie d’un financement de cinq milliards de francs CFA pour cette partie du continent. Il vise à conserver les réserves d’eaux souterraines, à garantir l’avenir des générations futures et à favoriser l’autonomie médicinale. C’est pourquoi Ferdinand Bléka a tranché net : « Le programme “Berceau Vert” n’est pas une aide au développement. »

 

Sept axes d’intervention

 

Poursuivant son propos, le président d’AfriJapan et d’AfriAsia a présenté les grands axes de son programme :

-la reforestation (restaurer les forêts dégradées et lutter contre la déforestation) ;

-la protection de l’eau (combattre l’orpaillage illégal, traiter les eaux usées et préserver les ressources hydriques) ;

-l’agriculture durable (adapter l’élevage et les cultures aux changements climatiques) ;

-la santé environnementale (préserver la biodiversité et les plantes médicinales en vue de l’industrialisation de la pharmacopée) ;

-l’innovation technologique (mobiliser l’intelligence artificielle et les technologies scientifiques pour protéger les écosystèmes) ;

-la coopération internationale (associer les gouvernements, les universités, les institutions internationales et les investisseurs) ;

-le financement écologique (développer le crédit carbone et mobiliser des financements pour la restauration des forêts).

 

Un appel à agir de manière unifiée et immédiate

 

« Les déclarations d’intention formulées lors des grands sommets ne suffisent plus. La gravité de la situation impose aujourd’hui une gouvernance à la hauteur des enjeux, avec des obligations de réhabilitation immédiate et des financements conséquents. Nous devons agir de manière unifiée et immédiate. Si nous ne faisons pas preuve de courage politique et d’une véritable éthique humaine, la catastrophe environnementale annoncée pourrait être sans précédent dans l’histoire de notre continent. Nous risquons alors de transmettre à nos enfants et petits-enfants un patrimoine naturel irrémédiablement dégradé », a-t-il plaidé, tout en soulignant l’apport considérable de ses partenaires : l’université Tamagawa de Tokyo, qui mobilise ses technologies de pointe pour étudier et valoriser les essences thérapeutiques rares du continent ; l’université technique de Tbilissi, en Géorgie, qui contribue à la modélisation des espaces forestiers à l’aide de l’intelligence artificielle ; et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui met la science nucléaire civile au service du diagnostic des sols.

 

L’OMS plaide pour la valorisation des plantes médicinales

 

Dr Daogo Sosthène Zombré, conseiller en politiques et systèmes de santé à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a affirmé que le continent, « berceau de l’humanité », possède un potentiel phytothérapeutique encore sous-exploité, sa biodiversité médicinale restant insuffisamment étudiée et valorisée. Au nom du représentant résident de l’OMS en Côte d’Ivoire, il a insisté sur la nécessité d’investir dans la recherche scientifique : les États doivent renforcer les instituts de recherche, les dispositifs réglementaires et les capacités de production de phytomédicaments.

De son point de vue, la complémentarité entre tradition et science moderne doit être promue, car les savoirs ancestraux doivent dialoguer avec la recherche scientifique pour garantir des produits sûrs, efficaces et de qualité. Cela suppose, a-t-il indiqué, une collaboration entre plusieurs acteurs : chercheurs, universitaires, autorités réglementaires, industriels et praticiens traditionnels doivent travailler ensemble. Selon l’OMS, la préservation des plantes médicinales reste un enjeu de souveraineté sanitaire : protéger les ressources naturelles, c’est préserver les possibilités thérapeutiques des générations futures.

« La sauvegarde des plantes médicinales n’est pas uniquement une question environnementale. C’est également un enjeu de souveraineté sanitaire, de développement durable et de justice envers les générations futures. Nous avons la responsabilité collective de préserver cette richesse unique afin qu’elle continue de contribuer à l’amélioration de la santé des populations en Afrique et ailleurs dans le monde. En protégeant nos forêts, nous protégeons nos médicaments de demain. En valorisant nos savoirs traditionnels, nous renforçons notre identité et notre capacité d’innovation. En investissant dans la recherche, nous ouvrons la voie à une médecine traditionnelle moderne, fondée sur des preuves scientifiques, sûre, efficace et accessible à tous », a-t-il fait remarquer. Aux Ivoiriens présents, il a rappelé que la Côte d’Ivoire dispose d’atouts importants : sa biodiversité, ses universités, son potentiel scientifique et son engagement en faveur de la couverture sanitaire universelle peuvent lui permettre de jouer un rôle majeur.

 

Verdissement des villes et lutte contre l’orpaillage illégal

 

À la tribune, le professeur Kouadio George, conseiller technique du ministre de l’Environnement et de la Transition écologique - en mission hors du pays dans le cadre de la COP 17 sur la biodiversité à Erevan, en Arménie -, a rappelé la priorité de son mandant : faire du verdissement des villes une priorité nationale. D’après lui, le ministre Abou Bamba ambitionne de s’inspirer de l’expérience de Nairobi pour transformer les villes ivoiriennes. Il a dit la satisfaction du ministre quant à la véritable solidarité gouvernementale pour combattre l’orpaillage illégal, car cette activité constitue une menace pour les ressources en eau, l’agriculture et les conditions de vie des populations.

« L’environnement est un domaine transversal qui ne peut être pris en charge par le seul ministère de l’Environnement. C’est pourquoi, face aux conséquences de l’orpaillage illégal sur les ressources hydriques, les différents acteurs du gouvernement, sous la coordination du Premier ministre, se sont mobilisés afin de mettre définitivement un terme à cette pratique en Côte d’Ivoire. Les conséquences sur les populations sont considérables. L’agriculture est menacée, l’accès à l’eau devient difficile et les communautés se retrouvent dans des situations de grande précarité. Il est donc urgent de passer des constats aux solutions », a-t-il déclaré.

Pollution, santé publique et marché du carbone

Le conseiller technique a souligné la volonté de son ministre de faire de la pollution une question de santé publique, en établissant un lien direct entre la dégradation de l’environnement et les maladies humaines, et en valorisant la flore médicinale par la préservation des ressources naturelles et la promotion de leur potentiel thérapeutique. Le ministre entend également restaurer le couvert forestier et développer le marché du carbone.

« La collaboration entre le ministère de l’Environnement et celui des Eaux et Forêts est donc essentielle. Elle l’est également pour le développement du crédit carbone et du marché du carbone, qui représentent une véritable opportunité pour notre pays. Le message que nous souhaitons lancer est simple : plantons des arbres et faisons de cette action une source de création de valeur économique », a-t-il lancé.

« Protéger notre environnement, c’est protéger notre santé »

Le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, représenté par le professeur N’Dindin Claude, a également mis en exergue ce principe : « Protéger notre environnement, c’est protéger notre santé. » La protection des populations, a-t-il précisé, commence dans leur cadre de vie, par une eau de qualité, un environnement salubre et des ressources naturelles préservées.

« La flore médicinale constitue un patrimoine naturel, scientifique et culturel précieux. Sa valorisation doit associer les communautés, les praticiens de la médecine traditionnelle et les chercheurs. Elle doit reposer sur une évaluation rigoureuse de la qualité, de la sécurité et de l’efficacité des usages, ainsi que sur le respect des savoirs traditionnels et des droits de leurs détenteurs », a-t-il affirmé.

Patrice Kaleta, maire de Saint-Martin-de-la-Lieue (Normandie) et Ferdinand Bléka, président d’AfriJapan et d’AfriAsia, en marge de la 6e édition du panel interprofessionnel, le 29 octobre 2026 à Abidjan.

Élevage et climat : l’expérience d’une commune normande

Invité spécial, Patrice Kaleta, maire de la commune de Saint-Martin-de-la-Lieue, dans le département du Calvados, en région Normandie, a présenté une expérimentation d’adaptation de l’élevage au changement climatique. Dans sa commune, dans le cadre de la coopération internationale, des races bovines capables de résister aux fortes températures et aux parasites ont été développées.

« Originaire d’une région où l’élevage occupe une place importante, j’ai la chance d’avoir, dans ma commune, le siège social d’une coopérative agricole parmi les plus puissantes et les plus innovantes du pays. Elle est spécialisée dans l’insémination artificielle et les croisements génétiques bovins. Cette coopérative a notamment développé différentes races synthétiques de bovins particulièrement résistantes à la chaleur, afin de constituer des cheptels adaptés aux conditions climatiques et aux attentes des populations. La création d’une race destinée à l’élevage en climat tropical repose sur une dizaine de critères essentiels, notamment la résistance à la chaleur et aux parasites, la qualité de la viande, la croissance, la longévité productive et la précocité sexuelle. La réussite de cette expérimentation bovine au Paraguay repose sur trois piliers : la génétique, la gestion de l’eau et celle des ressources fourragères », a-t-il relaté.

Pour l’élu français, la génétique est un levier de performance, car les croisements entre races normandes et zébus peuvent contribuer à produire des cheptels adaptés aux réalités tropicales. « Vous vous demandez peut-être pourquoi je vous parle d’élevage dans le cadre de cette rencontre. Je reviendrai tout à l’heure sur la question de l’eau et sur les solutions actuellement disponibles pour faire face aux déficits hydriques. Il existe aujourd’hui des solutions, non seulement pour l’élevage, mais également pour les cultures vivrières et d’autres activités agricoles », a-t-il ajouté.

 

Patrick KROU