Éducation sexuelle / Adolescents sourds en Côte d'Ivoire : Seuls face à leur corps qui change
Éducation sexuelle / Adolescents sourds en Côte d'Ivoire : Seuls face à leur corps qui change
Santé sexuelle, consentement, contraception, infections sexuellement transmissibles (IST) : faute d'une communication adaptée, certains adolescents vivant avec une déficience auditive - en milieu rural comme urbain - restent à l'écart d'informations essentielles à leur protection.
La langue des signes se construit geste après geste - ici, lors d'une séance de formation entre adultes. (Photo DR).
« J'ai découvert la grossesse en voyant son ventre grossir. Au début, je croyais que c'était une maladie. Quand j'ai compris, j'ai failli m'évanouir. Je n'arrivais même pas à lui demander qui avait fait cela. Nous ne savions pas communiquer. J'ai pleuré plusieurs jours. Je me suis sentie coupable, très coupable. Je réalise qu'elle ne savait même pas ce qui lui arrivait. Elle ne pouvait pas se défendre. Elle ignorait que c'était dangereux. Je l'ai laissée sans protection, sans information, sans rien », témoigne Monique Koffi, assise sur une natte, son petit-fils de deux semaines dans les bras.
Dans la localité de Kongouanou, à 20 kilomètres de Yamoussoukro, cette veuve de 66 ans a découvert, neuf mois plus tôt, la grossesse précoce de sa fille de 16 ans. Thérèse [le prénom a été modifié] est sourde de naissance.
Sexualité, contraception, IST, hygiène menstruelle, puberté, prévention des violences sexuelles : autant de sujets rarement abordés dans certaines familles. Monique n'a jamais parlé de santé sexuelle et reproductive avec sa fille. « Comment voulez-vous que je lui parle de ces sujets ? Elle ne comprend pas ce que je dis. Elle n'a jamais appris la langue des signes. Moi non plus. À la maison, nous nous comprenons grâce à des gestes que nous avons inventés pour manger, accomplir les tâches quotidiennes ou exprimer des besoins simples. Mais pas pour parler de sujets aussi sensibles. Je n'avais même pas les mots pour lui expliquer. Alors, je n'ai rien dit. Je pensais que Dieu allait la protéger », larmoie-t-elle.
L'absence de communication adaptée prive l'adolescente d'informations essentielles sur son corps, le consentement, la prévention des IST et les moyens de se protéger contre les violences. Elle peut également accentuer son isolement et sa vulnérabilité. « Je regrette tout : ne pas avoir cherché une école spécialisée, ne pas avoir appris quelques signes pour lui parler et ne pas avoir compris qu'elle pouvait être exposée comme n'importe quelle autre fille. Je la voyais comme une enfant à protéger à la maison, pas comme une adolescente qui grandissait. C'était ma faute. Mais personne ne nous a aidées non plus », reconnaît sa mère.
Derrière cette grossesse précoce se dessine une autre réalité : celle d'une adolescente sourde privée d'école, d'information et de moyens de communication, mais aussi celle d'une mère qui, faute d'outils et d'accompagnement, n'a pas pu lui transmettre les connaissances nécessaires à sa protection.
En juillet 2026, lors du lancement d'une campagne intégrée de promotion, de dépistage et de prise en charge des déficiences oculaires et auditives évitables, à Moutcho-Loaguié, dans la commune d'Agboville, le ministre de la Santé, de l'Hygiène Publique et de la Couverture Maladie Universelle a indiqué qu'environ 5 000 enfants naissent chaque année avec une surdité en Côte d'Ivoire.
À l'échelle continentale, d’après son Rapport sur l'état des soins de l'oreille et de l'audition dans la région africaine publié en octobre 2024, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que près de 40 millions de personnes vivent avec une perte auditive invalidante. Chez les enfants et les adolescents âgés de 5 à 19 ans, la prévalence de la perte auditive non prise en charge atteindrait 5,4% en Afrique.
Des parcours marqués par le manque d'information
À Ouragahio, à 249 kilomètres d'Abidjan, Gnabeli Gahie Cyrielle Christian, 35 ans, est agriculteur. Né avec une déficience auditive, marié et père de deux enfants entendants, il a développé depuis l'enfance un mode de communication fondé sur des gestes improvisés.
À l'adolescence, il échangeait avec ses parents sur les transformations de son corps et la puberté. Mais lorsqu'il ne trouvait pas de réponse à ses questions sur la sexualité, il se tournait vers ses amis et son entourage. Faute de ressources fiables, il contracte une infection sexuellement transmissible (IST) à l'âge de 16 ans. « Le médecin a diagnostiqué une gonococcie. J'ai essayé de me soigner avec des plantes médicinales. J'avais honte d'en parler à mes parents et même à mes amis. Mon état s'aggravait de jour en jour », raconte-t-il.
C'est finalement l'intervention d'un proche qui lui permet d'accéder à des soins. Lorsqu'il apprend que son infection peut entraîner de graves complications (possibilité d’un cancer et le risque d’une pénectomie), il prend conscience de la gravité de sa situation. Son parcours illustre les conséquences possibles d'une information sexuelle inaccessible : exposition aux IST, automédication, retard de prise en charge et risque de complications.
À Gagnoa, dans le quartier Lac, O. L. Edwige, 44 ans, tient un salon de couture. Elle n'est pas née sourde. À 16 ans, après l'obtention de son certificat d'études primaires élémentaires (CEPE), elle contracte une méningite. Elle perd ensuite l'audition et développe des troubles de la parole et du langage. Elle interrompt sa scolarité dans l'enseignement classique et devient couturière, faute de structure spécialisée.
Aujourd'hui, Edwige communique par gestes improvisés et par SMS. Son adolescence, pourtant, s'est déroulée autrement. « Lorsque je me posais des questions sur mon corps, je me tournais d'abord vers mes parents. Je pouvais facilement leur demander des informations sur la sexualité », se souvient-elle.
L'école lui a également apporté des connaissances. « On m'a parlé des règles (menstrues), de la puberté, des IST et de la contraception », écrit-elle sur son téléphone.
Son témoignage montre que l'information sexuelle peut venir de plusieurs sources - famille, école, professionnels de santé, Internet - et que l'âge d'apparition de la surdité change profondément le parcours : Edwige a été scolarisée et informée avant de perdre l'audition, contrairement à Thérèse.
Edwige, 44 ans, sourde depuis l'adolescence : le téléphone est désormais sa voix du quotidien. (Photo publiée avec son autorisation).
Des parents confrontés à la barrière de la communication
Pour de nombreux parents rencontrés, la difficulté commence à la maison. Lorsque les parents ne maîtrisent pas la langue des signes et que l'enfant ne dispose pas d'un autre canal solide, les échanges se limitent souvent aux besoins élémentaires du quotidien.
Sangaré Née Golé Ange Christelle est la mère d'un garçon de 12 ans qui vient d'entrer en sixième. Son fils vit avec une surdité profonde, dont l'origine demeure inexpliquée malgré plusieurs consultations médicales. La communication devient particulièrement difficile dans les situations de soins. « Lorsqu'il est malade, il est difficile de comprendre précisément ce qu'il ressent. Dans la vie quotidienne, lorsqu'il rencontre un problème à l'extérieur, il peut également avoir du mal à expliquer ce qui s'est passé. À l'hôpital, c'est encore plus compliqué. Il utilise des signes basiques pour exprimer sa douleur. Par exemple, il peut montrer qu'il a mal au ventre, mais cela peut correspondre à plusieurs problèmes », déplore-t-elle.
Convaincue que la déficience auditive ne doit pas conduire à l'exclusion, elle a décidé d'apprendre la langue des signes. « Je ne la maîtrise pas encore bien, mais j'apprends. À l'école de mon fils, j'ai acheté des documents, des dictionnaires et tout ce qui concerne la langue des signes afin de pouvoir communiquer avec lui à la maison », explique-t-elle.
À 12 ans, l'éducation à la puberté de son fils n'a toutefois pas commencé. « C'est maintenant que je vais commencer à lui en parler. Mais je dois d'abord apprendre les signes appropriés pour lui expliquer correctement les choses. Pour être honnête, je ne sais pas encore comment m'y prendre », reconnaît-elle. Elle souhaite pourtant lui transmettre des repères sur la sexualité, la protection et le consentement, estimant qu'il vaut mieux parler directement à son fils que le laisser chercher des réponses auprès de ses amis ou en ligne.
La situation est comparable pour Zana Zeinab, veuve et mère de deux filles. Son aînée a contracté une méningite à l'âge d'un an. Aujourd'hui âgée de 16 ans, elle vit avec une surdité totale et a réussi son entrée en sixième. Zana ne maîtrise pas la langue des signes et n'a reçu aucune formation spécifique. « Pour les besoins simples du quotidien, comme manger ou aller aux toilettes, nous arrivons à nous comprendre. Mais pour certaines choses, c'est plus compliqué. Je peux parfois deviner ce qu'elle veut dire, mais elle n'arrive pas toujours à expliquer clairement ce qu'elle ressent ou ce qui lui arrive », témoigne-t-elle.
Cette difficulté retarde les discussions sur la puberté et la santé sexuelle, au moment précis où l'adolescente en aurait le plus besoin.
La façade de l’École ivoirienne pour les sourds (ECIS), à Yopougon-Gabriel-Gare.
Une même barrière à l'école et dans les centres de santé
La question de la communication dépasse largement le cercle familial. À l'école comme dans les structures sanitaires, trois obstacles reviennent : l'absence de professionnels formés, l'absence d'interprètes et le recours, faute de mieux, à des gestes improvisés.
Ebi Kouassi, maître d'éducation spécialisée et interprète, accompagne des enfants sourds qui suivent le même programme que les autres élèves. « La principale différence réside dans le moyen de communication utilisé. Ici, la langue des signes constitue notre principal support », explique-t-il.
Il souligne toutefois que certains signes correspondant au vocabulaire médical ou sexuel ne sont pas toujours répertoriés. Les enfants emploient alors des expressions personnelles pour parler de leurs sentiments, de leur corps ou de leurs relations. « Certains viennent directement nous parler de ces questions. Il est important que les éducateurs soient disponibles pour les écouter, les conseiller et les aider à mieux comprendre ces sujets », estime-t-il.
L'éducation sexuelle est abordée ponctuellement dans certains enseignements, mais le cadre scolaire ne permet pas toujours d'approfondir les questions liées au consentement, à la contraception, aux IST ou aux violences sexuelles.
En milieu rural, Assa Raphaël, infirmier responsable du centre de santé de Gnaliépa, à 16 kilomètres de Gagnoa, reçoit des personnes sourdes dans les services de santé sexuelle. Mais la barrière de la communication complique leur prise en charge. « Je n'ai reçu aucune formation spécifique pour communiquer avec les personnes sourdes ou malentendantes », reconnaît-il.
En l'absence d'interprète et de supports adaptés, les soignants se rabattent sur des gestes improvisés. Cette solution permet parfois de cerner une partie des symptômes, mais elle ne garantit ni la précision ni la confidentialité, particulièrement lorsqu'il s'agit de sexualité, de gynécologie, d'IST ou de violences.
Dans une maternité privée d'Ouragahio, la sage-femme retraitée Béatrice Yoro Oboto dit avoir reçu des femmes vivant avec une déficience auditive, notamment pour une grossesse et un problème gynécologique. L'absence de communication directe a rendu nécessaire l'intervention d'un proche pour préciser les symptômes. Une telle pratique peut faciliter les échanges, mais elle soulève une question de fond : la patiente peut-elle réellement parler librement de sa sexualité, d'une douleur intime ou d'une violence subie devant un membre de sa famille ? « Cette catégorie de personnes a été oubliée dans notre formation. En dehors des structures spécialisées, ce sont pourtant des femmes comme les autres. Nous devons être capables de les accueillir et de répondre à leurs besoins », plaide-t-elle. Elle recommande la formation des sage-femmes et la mise à disposition d'outils adaptés : langue des signes, affiches, vidéos et supports pédagogiques.
À Abidjan, le Dr Koné Aboudramane, médecin-chef de l'infirmerie de l'École ivoirienne pour les sourds (ECIS), indique que les consultations concernent notamment les menstruations, les règles douloureuses et les problèmes gynécologiques. Là encore, la communication médicale reste la principale difficulté. « Certains signes médicaux ne sont pas encore répertoriés dans la langue des signes. Il faut donc parfois les expliquer autrement », précise-t-il.
Le personnel médical de l'établissement bénéficie toutefois de formations régulières à la langue des signes et, lorsqu'une difficulté persiste, un éducateur spécialisé – interprète - facilite les échanges entre le soignant et l'élève. L'expérience de l'ECIS montre qu'un environnement spécialisé peut réduire la barrière linguistique. Elle pose surtout une question plus large : comment garantir le même niveau d'accessibilité dans les centres de santé ordinaires, en particulier hors d'Abidjan ?
Béatrice Yoro Oboto, sage-femme retraitée, plaide pour la formation du personnel de santé à la langue des signes.
Internet, une source d'information… et de risques
Lorsque la famille, l'école ou les services de santé n'apportent pas de réponses accessibles, Internet devient une source de substitution.
Edwige consulte aujourd'hui WhatsApp et les réseaux sociaux pour chercher des informations de santé. Elle reconnaît néanmoins ne pas toujours vérifier la fiabilité des contenus auprès d'une source médicale ou institutionnelle.
Zana Zeinab, elle, s'inquiète de l'exposition de sa fille aux contenus numériques. « Sur Internet, il y a de tout. Les jeunes peuvent facilement tomber sur des vidéos pornographiques ou de fausses informations », estime-t-elle.
Pour le Dr Edoua Kassi Samuel, psychologue à l'Hôpital militaire d'Abidjan (HMA), un adolescent privé d'informations fiables risque d'intégrer des représentations erronées de la sexualité et des relations affectives. Il alerte aussi sur le chantage à l'image, le harcèlement et les sollicitations de personnes mal intentionnées. « Plutôt que d'interdire Internet, il faut apprendre aux adolescents sourds à l'utiliser de manière responsable, développer leur esprit critique et les orienter vers des sources fiables », recommande-t-il.
Kouassi Blé Akissi Marie Aimée, spécialiste de la communication pour le changement comportemental et social, lui emboîte le pas : Internet peut informer, mais il ne remplace ni l'éducation ni l'accompagnement. Selon elle, l'absence de dialogue familial pousse les enfants à chercher des réponses en ligne, où ils risquent de rencontrer de mauvaises informations, des contenus inappropriés ou des personnes malveillantes. Elle appelle à un accompagnement familial, scolaire et éducatif précoce.
L'enjeu n'est donc pas seulement de protéger les adolescents sourds d'Internet, mais de leur donner les moyens de reconnaître une information fiable, d'identifier un contenu dangereux et de savoir vers qui se tourner.
Le silence, un facteur de vulnérabilité
Le Dr Edoua Kassi Samuel, psychologue, prévient : « Un adolescent peut subir un abus sans être capable de le nommer ou de le dénoncer. »
Pour le Dr Edoua Kassi Samuel, l'absence de préparation à la puberté peut provoquer anxiété, honte, confusion et mauvaise image du corps. Le silence des adultes favorise l'isolement, la faible estime de soi et le sentiment d'être rejeté ou infantilisé.
Le manque d'éducation au consentement accroît par ailleurs la vulnérabilité aux violences sexuelles. « Un adolescent ou une adolescente peut subir un abus sans être capable de le nommer ou de le dénoncer. Le manque de vocabulaire et de moyens de communication peut l'empêcher de demander de l'aide ou de se défendre dans une situation d'urgence », prévient-il.
La difficulté est d'autant plus grande lorsque l'adolescent dépend d'un tiers pour communiquer : parler d'une agression, d'une douleur intime ou d'un problème gynécologique devient alors particulièrement complexe, surtout si ce tiers appartient à l'entourage immédiat.
L'éducation au consentement doit donc permettre aux jeunes de comprendre que leur corps leur appartient, qu'ils ont le droit de dire non et qu'ils doivent pouvoir reconnaître un comportement abusif. Le psychologue insiste enfin sur le respect de leur autonomie. « Ce n'est pas parce qu'un adolescent sourd ou une adolescente sourde rencontre des difficultés à s'exprimer qu'il faut envahir son espace personnel ou le surprotéger en permanence. Les adolescents sourds ont, eux aussi, droit à l'autonomie, à l'espace personnel et à l'intimité », martèle-t-il.
L'ECIS : une réponse spécialisée, mais des limites persistantes
Le directeur de l’École ivoirienne pour les sourds (ECIS), Okou Dieudonné, lors de l’entretien consacré à l’éducation et à l’accompagnement des élèves sourds.
L'État ivoirien dispose de l'École ivoirienne pour les sourds (ECIS), située à Yopougon-Gabriel-Gare. Selon son directeur, Okou Dieudonné, l'établissement a été créé le 4 février 1974 à l'initiative du pasteur américain Andrew Foster, lui-même sourd.
L'ECIS dispense le programme scolaire ordinaire en l'adaptant aux besoins d'enfants déficients auditifs âgés de 4 à 15 ans, de la maternelle au CM2, en internat ou en demi-pension. Cette année, l'école a enregistré un taux de réussite de 100 % à l'entrée en sixième : les 47 candidats présentés ont tous été admis, selon la direction.
Un service éducatif accompagne les élèves en dehors des heures de cours, avec des séances d'information sur la santé, l'hygiène, la puberté et la sexualité. Garçons et filles, aux dires de la responsable Attoungré Christelle, y sont sensibilisés aux changements liés à la puberté, à la reproduction, aux moyens de protection et à la prévention des grossesses précoces, principalement à partir de supports visuels adaptés.
Mireille Vanessa Kiessé, sage-femme diplômée d'État, a animé pendant quatre ans des séances d'éducation à la santé dans le cadre du « Club santé, hygiène et environnement ». « Il a fallu faire preuve d'imagination, car les enfants de cette école sont déficients auditifs. Je travaillais beaucoup à partir d'images et je me faisais accompagner par une éducatrice spécialisée et maitrisant la langue des signes pour traduire les informations en langue des signes », explique-t-elle. Les thèmes abordés comprenaient la puberté, l'hygiène menstruelle, la vie en internat et les relations entre élèves, avec l'objectif de prévenir les moqueries et la stigmatisation des filles lors de leurs premières règles.
Ces dispositifs répondent concrètement aux difficultés de communication. Ils ne suffisent pourtant pas à couvrir l'ensemble des besoins. Malgré ses résultats et l'appui de plusieurs partenaires, l'ECIS reste confrontée à des besoins en équipements et matériels didactiques spécialisés au coût élevé. Avec 287 pensionnaires l'année précédente et une cinquantaine de nouveaux élèves accueillis chaque année, sa capacité reste limitée au regard des besoins potentiels à l'échelle nationale.
L'admission, soumise à une commission et à des critères précis, ne permet pas d'accueillir tous les enfants sourds ou malentendants du pays. Après le primaire, les élèves poursuivent principalement leur scolarité dans des établissements ordinaires, ce qui fait de la continuité de l'accompagnement pédagogique et communicationnel un enjeu majeur.
Former au-delà des structures spécialisées
Depuis le 25 novembre 2025, l'ECIS dispose d'un service de formation et de recherche en langue des signes. Sa responsable, Kouadio Christine, explique que la formation comprend trois niveaux : initiation, perfectionnement et interprétariat. L'initiation dure environ un à deux mois et permet d'apprendre l'alphabet, les nombres, des notions grammaticales, des expressions courantes et des verbes fréquemment utilisés.
Pour elle, la langue des signes est accessible à toute personne volontaire. La recherche doit par ailleurs contribuer à enrichir la langue des signes ivoirienne en créant des signes correspondant aux réalités et au vocabulaire contemporains - y compris le vocabulaire médical et sexuel, aujourd'hui incomplet.
Ces initiatives constituent des avancées, mais leur portée dépendra de leur diffusion au-delà des structures spécialisées. Parents, enseignants, agents de santé, travailleurs sociaux et forces de l'ordre appelés à recevoir une plainte devraient pouvoir disposer de formations et de supports adaptés.
L'enjeu est particulièrement fort pour la santé sexuelle et reproductive. Dans une consultation gynécologique ou lors du signalement d'une violence, la présence d'un proche ne devrait pas être la seule solution pour permettre la communication : la confidentialité, le consentement et l'autonomie du patient doivent aussi être préservés.
Informer pour protéger
Les témoignages recueillis dans ce dossier ne permettent pas de généraliser la situation à toutes les familles ni à tous les adolescents sourds et malentendants. Ils révèlent cependant des obstacles récurrents : une communication familiale insuffisante, un accès inégal à la langue des signes, le manque de formation de certains professionnels, l'absence d'interprètes dans de nombreuses structures, le recours à des gestes improvisés et l'exposition à des informations numériques dont la fiabilité n'est pas toujours vérifiée.
Ces difficultés ne se manifestent pas de la même manière selon le degré de perte auditive, l'âge d'apparition de la surdité, le niveau de scolarisation, le lieu de résidence et le mode de communication utilisé.
L'éducation sexuelle adaptée ne relève donc pas de la faveur. Elle relève de la protection, de la santé et de l'autonomie de chaque adolescent. Pour les jeunes sourds et malentendants, pouvoir nommer son corps, comprendre le consentement, connaître les moyens de prévention, identifier une situation de violence et savoir demander de l'aide peut constituer une protection essentielle contre l'isolement et la vulnérabilité.
Patrick KROU
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Surdité, malentendance : des réalités différentes
La déficience auditive désigne une diminution de la capacité à entendre, dont le degré peut varier d’une perte légère à une surdité profonde ou totale. La malentendance correspond généralement à une perte auditive permettant encore, à des degrés variables, de percevoir certains sons, parfois avec l’aide d’appareils auditifs ou d’autres dispositifs. La surdité profonde désigne une perte auditive très importante, rendant difficile, voire impossible, la perception de la parole sans aides adaptées. La surdité totale, quant à elle, correspond à une absence ou une quasi-absence de perception auditive. Les expériences ne sont toutefois pas identiques pour tous : elles dépendent également de l’âge auquel la perte auditive apparaît, de son origine, des aides disponibles, de la scolarisation et du mode de communication privilégié, notamment la langue des signes ou la communication orale.
P. K
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Sourds, oui. Isolés, non : d'autres chemins pour communiquer
La langue des signes est une véritable langue à part entière, dotée de son vocabulaire, sa grammaire, sa syntaxe, son alphabet et ses dictionnaires. Mais la communication des personnes sourdes ne s'y limite pas : lecture labiale, langue parlée améliorée, appareils auditifs ou implant cochléaire sont autant d'outils complémentaires. il est important de prendre en compte les capacités auditives restantes, car un accompagnement inadapté pourrait conduire certaines personnes malentendantes à perdre progressivement leurs possibilités de communication.
Selon les experts, communiquer en langue des signes mobilise tout le corps : mains, bras, visage, posture et expressions corporelles participent à la transmission du message. Les personnes sourdes développent ainsi des stratégies particulières d'attention et de perception, s'appuyant fortement sur la vision pour décoder leur environnement.
L'école reste un enjeu central, conditionnant l'accès aux outils formalisés et à l'intégration sociale. Les technologies, comme les applications de transcription automatique, offrent aujourd'hui de nouvelles pistes d'accessibilité. Mais l'inclusion véritable exige surtout d'adapter l'environnement aux besoins des personnes sourdes, plutôt que l'inverse.
Il serait louable pour tout citoyen d’apprendre à communiquer avec les personnes sourdes, plutôt qu'à les considérer comme un groupe à part.
P.K
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Quand la langue des signes manque, le droit à la confidentialité recule
Koffi Adjoua Hortense, responsable des projets spécifiques à l'AIBEF, à son bureau au siège à Abidjan-Treichville.
D’après Koffi Adjoua Hortense, épouse Akroman, responsable des projets spécifiques à l'Association Ivoirienne pour le Bien-Être Familial (AIBEF), cette ONG créée en 1979 et affiliée à la Fédération Internationale pour la Planification Familiale, œuvre depuis plusieurs années auprès des personnes en situation de handicap visuel, moteur et auditif.
À travers des projets successifs - comme WISH, puis un partenariat avec l'UNFPA et Affaires mondiales Canada -, l'AIBEF a formé des éducateurs pairs et traduit son manuel d'Éducation à la Santé et à la Vie Saine (ESVS) en braille pour les personnes malvoyantes. Des camps de vacances ont également été organisés autour de l'estime de soi, thème jugé prépondérant face à l'exploitation dont sont parfois victimes les jeunes filles sourdes, notamment par des réseaux de proxénétisme.
Mais un obstacle majeur persiste. Selon la responsable des projets spécifiques, aucun prestataire de l'AIBEF ne maîtrise la langue des signes. Recevoir une personne sourde exige donc le recours à un tiers interprète, ce qui compromet la confidentialité des échanges, en particulier sur des sujets aussi sensibles que la santé sexuelle et reproductive. Un projet de formation des prestataires à la langue des signes avait été envisagé, souligne-t-elle, mais faute de financement, il n'a jamais vu le jour.
Autre défi de taille : l'absence de supports adaptés pour expliquer l'anatomie interne aux personnes malvoyantes, qui ne peuvent ni voir ni toucher les organes concernés.
Pour surmonter ces limites, l'AIBEF collabore avec l'ONPHA-CI, dirigée par Tanoh Camille. Hortense Akroman lance un appel : « Que les parents aiment et accompagnent leurs enfants en situation de handicap, que l'école inclusive s'étende jusqu'à l'université, et que les prestataires soient formés pour garantir à ces enfants les mêmes droits à la santé et à l'éducation que tous les autres ».
P.K
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À Porto-Novo, l’école des sourds qui veut changer le regard sur le handicap
Une vue de la façade du CAEFS de Louho, à Porto-Novo, au Bénin.
À Porto-Novo (au Bénin), dans le quartier de Louho, une expérience éducative tente depuis plusieurs années de répondre à une question lancinante : que devient un enfant sourd lorsqu’il grandit dans un environnement où l’école, la formation professionnelle et l’intégration sociale restent difficiles d’accès ?
L’histoire de l’école des sourds commence pourtant dans la précarité. Faute de financement au départ, le fondateur transforme son propre salon en salle de classe et sa maison en dortoir pour accueillir les premiers élèves sourds. Il apprend lui-même la langue des signes tout en poursuivant ses études supérieures et en dirigeant l’établissement. Certains parents, peu convaincus de l’intérêt de scolariser leur enfant sourd, doivent être longuement sensibilisés. Pour quelques enfants, il faut même assurer la nourriture afin de permettre leur maintien à l’école.
Le projet finit par quitter ce cadre familial. Après un passage par le centre des Scouts de Porto-Novo, l’école s’installe à Louho, sur un terrain donné par un couple. À l’époque, le site est presque désert. Les premiers travaux sont provisoires et le projet suscite le scepticisme. Mais les inscriptions progressent.
Pour son directeur, Raymond Dodo Sekpon, la question essentielle n’est toutefois pas seulement de scolariser les enfants sourds. Elle est de leur permettre de poursuivre leur parcours après le primaire. C’est dans cette logique qu’est créé le Centre d’Accueil, d’Éducation et de Formation des Sourds (CAEFS), avec plusieurs possibilités de formation.
Le principe est original : faire vivre sourds et entendants dans le même environnement éducatif. Les cours sont dispensés simultanément en français et en langue des signes. Le dispositif comprend notamment un internat, l’enseignement primaire et secondaire, un lycée, la formation industrielle, l’apprentissage, l’informatique et l’audiovisuel.
L’objectif affiché dépasse ainsi la transmission des connaissances. Il s’agit de préparer les jeunes sourds à l’autonomie et à l’insertion professionnelle. Les ateliers d’apprentissage doivent notamment éviter que des jeunes, après leur scolarisation, ne retournent à la rue faute de perspectives. La formation vise l’obtention de compétences permettant ensuite l’exercice d’une activité ou l’auto-emploi.
L’intégration concerne également les activités sportives et culturelles. Football, arts, théâtre, danse et audiovisuel réunissent sourds et entendants. Selon le directeur, cette proximité contribue aussi à familiariser les élèves entendants avec la langue des signes et peut favoriser l’émergence de futurs interprètes.
Cette expérience constitue donc une piste intéressante pour les politiques d’éducation inclusive. Elle montre surtout qu’une école destinée aux enfants sourds peut être pensée non comme un simple espace de prise en charge, mais comme un lieu d’éducation, de formation et de préparation à la vie sociale.
Reste une question essentielle : comment reproduire un tel modèle à plus grande échelle, avec des financements durables, des enseignants formés et une offre de formation accessible au plus grand nombre ? C’est là que l’expérience de Louho trouve sa principale portée : elle ne fournit pas nécessairement une solution unique, mais met en lumière des possibilités concrètes pour repenser la scolarisation et l’autonomisation des personnes sourdes.
P.K
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Tanoh Kouassi Camille, président de l'Organisation Nationale des Parents pour Handicapés Auditifs de Côte d'Ivoire (ONPHA-CI) révèle : « 90 % des adolescentes sourdes sont victimes de viol en Côte d'Ivoire »
Père d'une fille sourde et président de l'ONPHA-CI, Tanoh Kouassi Camille milite pour l'accès des enfants sourds à l'éducation sexuelle et aux droits fondamentaux.
La question de l'éducation sexuelle des adolescents sourds pose-t-elle un problème particulier ?
Ce n'est pas une affaire d'expertise, mais un constat. Si nous sommes d'accord pour dire que les rapports sexuels consentis relèvent du consentement et que les rapports non consentis constituent un viol, alors je peux dire que, selon ma propre observation, 90 % de mes enfants sourds sont victimes de viol.
Le problème est qu'il aurait fallu que ma fille - sourde - connaisse ce qu'est la sexualité et en ait les notions fondamentales pour être réellement consentante. Or, il existe une barrière linguistique : beaucoup de parents ne parviennent même pas à communiquer avec leurs enfants sourds. Nous sommes tellement préoccupés par le handicap que nous oublions parfois que nos enfants sont aussi des filles et des garçons, qui grandissent et ont des besoins affectifs et sexuels. Une jeune fille peut ainsi découvrir la sexualité directement à travers l'acte sexuel, sans information préalable et sans pouvoir exprimer son consentement.
Sur le terrain, cette réalité se vérifie : nos observations, comme celles des acteurs de la protection de l'enfance, révèlent une surreprésentation critique des adolescentes sourdes parmi les victimes d'abus sexuels. Les agresseurs exploitent la barrière de communication et l'absence d'éducation au consentement - et il faut le dire aussi : il existe aujourd'hui un vide statistique national, puisque les enquêtes de santé ne ventilent pas systématiquement leurs données par type de handicap.
Manque-t-on de professionnels formés pour accompagner ces enfants ?
C'est l'un des cœurs du problème. En Côte d'Ivoire, la formation initiale des agents de santé - infirmiers, sage-femmes, médecins, à l'INFAS ou dans les facultés de médecine - ne comporte aucun module obligatoire en langue des signes. Les professionnels capables de communiquer en Langue des Signes Ivoirienne (LSI) sont rares et se forment surtout sur initiative personnelle, ou via de rares ateliers ponctuels portés par des ONG.
Côté interprètes professionnels, la situation est encore plus critique : ils sont estimés à quelques dizaines seulement sur tout le territoire, très majoritairement basés à Abidjan, et interviennent le plus souvent bénévolement, faute de statut reconnu et rémunéré par l'État. Résultat : l'accès à une éducation sexuelle complète reste très morcelé. Des établissements comme l'École Ivoirienne pour les Sourds (ECIS) font un travail remarquable, mais les thématiques de santé sexuelle y dépendent surtout d'interventions extérieures ponctuelles, à Abidjan et dans quelques grandes villes seulement.
Dans les consultations médicales, un proche joue souvent le rôle d'interprète. Est-ce une bonne solution ?
Non, et l'ONPHA-CI le désapprouve fermement. Recourir systématiquement à un parent, un frère, une sœur ou un voisin comme interprète lors d'une consultation gynécologique ou d'un signalement de violence viole le secret médical, suscite honte et pudeur chez la patiente, et peut même créer un conflit d'intérêts majeur si ce proche est impliqué de près ou de loin dans l'agression.
Nous préconisons trois solutions concrètes : la création d'un corps d'interprètes médiateurs de santé, assermentés et soumis au secret professionnel ; le développement de kits visuels d'aide à la consultation - livrets illustrés, pictogrammes, modèles anatomiques 3D ; et la mise en place d'un télé-interprétariat d'urgence, via une plateforme de visioconférence sécurisée mobilisable lors des soins intimes.
Concrètement, comment travaillez-vous sur l'éducation au consentement avec les jeunes sourds ?
Nous articulons ce travail autour de plusieurs leviers. D'abord, le développement d'un lexique visuel précis : des signes clairs pour désigner l'anatomie, les limites personnelles, les attouchements interdits, et les notions de « oui » et de « non » éclairés. Ensuite, des ateliers entre pairs, animés par de jeunes adultes sourds formés comme éducateurs, qui favorisent une parole libérée, sans tabou. Enfin, des mises en situation pratiques - jeux de rôle, bandes dessinées adaptées - pour apprendre aux enfants à identifier un danger, à dire non, et à savoir vers qui se tourner pour demander de l'aide.
Vous insistez beaucoup sur la responsabilité des parents. Pourquoi ?
Parce que je lance vraiment un cri du cœur. Ton enfant sourd n'est pas le seul enfant que tu as : généralement, il est le deuxième, le troisième ou le dernier. Pour les autres, demandes-tu à l'État de s'en occuper ? Non - tu te lèves tôt, tu travailles, tu penses à leur avenir. Pourquoi, alors, faudrait-il systématiquement attendre que l'État fasse tout pour ton enfant sourd ?
Commençons par reconnaître nos enfants et jouer notre rôle de parents. Je ne demande pas des sacs de riz, des lits ou des vêtements. Ce dont nos enfants ont besoin, ce sont des formateurs et des structures capables de les rendre autonomes. Et cela commence à la maison : quand les parents ne connaissent pas la langue des signes, ils sont souvent désemparés, parfois même traumatisés - un accompagnement psychologique devrait leur être proposé avant toute autre démarche. On ne peut rien construire dans un environnement où la personne censée aimer et protéger l'enfant peine elle-même à l'accepter.
Que pensez-vous de l'éducation inclusive et du rôle de l'État, notamment en milieu rural ?
On nous propose l'éducation inclusive, mais parfois j'ai l'impression qu'elle sert surtout à donner bonne conscience. Quelle inclusion est-ce, si elle ne prend en compte que les enfants qui s'intègrent facilement et laisse de côté les cas les plus lourds ? Si les infrastructures existent, pourquoi ne pas prendre en compte tous les enfants ? Et le parent qui n'a pas les moyens, lui, que peut-il faire ?
À l'État, je demande de former des spécialistes, de développer des services adaptés et de mettre en place des aides. Car tous les enfants handicapés ne sont pas des cas sociaux : un parent peut avoir les moyens, mais ne trouver autour de lui ni professionnels ni services. En milieu rural, la situation est encore plus critique, l'accès aux structures spécialisées comme l'ECIS y étant quasi inexistant. Nous préconisons l'intégration d'interprètes ou de relais sourds dans les caravanes de santé mobiles, la formation des agents de santé communautaires aux bases de la communication avec les personnes sourdes, et un soutien renforcé aux associations locales de parents pour éviter la stigmatisation et l'isolement à domicile.
Quel rôle jouent Internet et les réseaux sociaux pour les jeunes sourds ?
C'est un outil à double tranchant. D'un côté, c'est un formidable vecteur d'émancipation : les réseaux visuels comme TikTok, WhatsApp ou YouTube permettent de dépasser les barrières de la lecture et de l'oralité. Les adolescents sourds y trouvent des vidéos en langue des signes produites par leurs pairs, en Afrique ou ailleurs, qui constituent souvent leur première source d'information sur le corps, les règles ou la contraception.
Mais de l'autre côté, faute d'éducation numérique adaptée, ces jeunes sont exposés à la désinformation, à des représentations déformées de la sexualité, et à des risques de cyberharcèlement, voire de cyber-pédophilie. Il est urgent de financer et de labelliser des contenus vidéo officiels en Langue des Signes Ivoirienne (LSI) sur la santé sexuelle et reproductive, et de former ces adolescents à un usage sécurisé d'Internet.
Quel message adressez-vous, pour finir, aux parents et aux pouvoirs publics ?
Aux parents, je demande d'abord de reconnaître leurs enfants, de les accepter et de jouer pleinement leur rôle. Il ne faut pas voir l'enfant sourd uniquement à travers son handicap : il faut lui donner les moyens de connaître ses droits, d'être éduqué, d'apprendre à communiquer, de se former et, à terme, de devenir autonome.
Aux pouvoirs publics, je pose trois priorités. Premièrement, la reconnaissance officielle de la Langue des Signes Ivoirienne (LSI) dans le cadre réglementaire de l'éducation et de l'administration. Deuxièmement, l'intégration d'un module obligatoire d'accueil du handicap et d'initiation à la LSI dans le cursus de l'INFAS et des facultés de médecine. Troisièmement, la prise en compte obligatoire de l'indicateur handicap dans toutes les enquêtes de santé publique, accompagnée d'un fonds d'accessibilité pour les structures de soins. Je demande aussi la généralisation d'un interprète en LSI, bien visible, dans tous les spots télévisés et vidéos de santé publique, et des QR codes renvoyant vers des traductions en LSI sur les supports imprimés. Dans les écoles, il faut intégrer des programmes d'éducation sexuelle complète en LSI ; dans les centres de santé, désigner des référents LSI formés ; dans les services sociaux, créer un numéro d'urgence accessible par SMS/WhatsApp.
Une personne handicapée n'est pas automatiquement un « cas social ». Posons les vrais problèmes.
Réalisé par Patrick KROU
