Banque Mondiale-Côte d'Ivoire/Marie-Chantal Uwanyiligira : « Derrière chaque réforme, il y a une vie humaine transformée »

Banque Mondiale-Côte d'Ivoire/Marie-Chantal Uwanyiligira : « Derrière chaque réforme, il y a une vie humaine transformée »

22/09/2026 - 21:13
Banque Mondiale-Côte d'Ivoire/Marie-Chantal Uwanyiligira : « Derrière chaque réforme, il y a une vie humaine transformée »
Marie-Chantal Uwanyiligira, directrice de division de la Banque Mondiale pour la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Togo et la Guinée, répondant aux questions de la presse lors des journées portes ouvertes du Groupe de la Banque Mondiale, le 21 septembre 2026 à Abidjan

À l'occasion de la cérémonie d’ouverture des Journées portes ouvertes qui a eu lieu le lundi 21 septembre 2026 à Abidjan, Marie-Chantal Uwanyiligira, la directrice de division du Groupe de la Banque Mondiale pour la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Togo et la Guinée s'est confiée sur les objectifs de cette initiative. Emploi des jeunes, décentralisation des investissements, lenteur des décaissements, et autres : Marie-Chantal Uwanyiligira répond sans détour.

Madame la Directrice, pourquoi organiser ces journées portes ouvertes ? Quels en sont les objectifs ?

Nous sommes la banque du peuple, nous sommes votre banque. Pour nous, le premier objectif était de vous ouvrir les portes, pour que vous puissiez savoir ce qu'on fait ici en Côte d'Ivoire, que vous puissiez le découvrir, poser des questions et peut-être vous en inspirer.

C'était vraiment de faire savoir ce qu'on fait. Nous sommes un groupe qui pèse 10 milliards de dollars dans ce pays. Nous sommes l'un des plus grands bailleurs de fonds de la Côte d'Ivoire et nous intervenons dans beaucoup de programmes : les infrastructures, le capital humain, le secteur agricole. Nous travaillons dans presque 16 ministères. Nous sommes vraiment au cœur du développement de la Côte d'Ivoire. Il était donc important qu'on s'ouvre, qu'on ne reste pas cette banque froide, sans humains. Je suis une personne humaine comme vous.

Notre seul cap : nous sommes ici pour appuyer les efforts de création d'emplois. C'est vraiment notre boussole, comme c'est aussi celle du gouvernement dans son plan de développement. Et nous n'amenons pas seulement la Banque Mondiale, qui est peut-être la partie la plus connue ; nous amenons aussi la Société Financière Internationale (SFI), qui appuie le secteur privé, et l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA), qui donne les garanties. Nous vous avons ouvert la porte, merci d'avoir frappé. Et j'espère qu'à la fin de ces deux jours, vous serez aussi experts que moi sur ce que fait le Groupe de la Banque Mondiale en Côte d'Ivoire.

Quel constat vous a conduit à organiser une journée ouverte à tous ?

En réalité, nous sommes une banque essentiellement technique. Cela veut dire que, de temps en temps, il faut prendre le pouls et aller vers les gens. Je vais sur le terrain, je suis sûre que vous m'y avez vue, du nord au sud, de l'est à l'ouest. Pourquoi ? Parce que je veux voir quel est l'impact de ce qu'on fait, en lien avec les efforts du gouvernement, du secteur privé et de la société civile en général.

Aujourd'hui, je voulais qu'on puisse démystifier ce qu'est le Groupe de la Banque Mondiale. Je vis dans la société comme vous, je sais qu'il y a beaucoup de mythes autour de la Banque. On dit que c'est une banque qui n'écoute pas, qui s’impose…, qui impose les réformes.

Et pourtant, j'espère que vous allez comprendre qu'on parle de réformes parce qu'on veut changer la vie des gens. Derrière chaque réforme, il y a une vie humaine transformée. Derrière chaque dollar - et nous parlons de 10 milliards de dollars ici, et de 17 milliards promis au PND -, il y a un sens concret : éduquer vos enfants, c'est ce qu'on fait dans nos programmes d'éducation ; la santé, la CMU, dont on parle ; le secteur agricole et les emplois qu'on crée avec les jeunes.

Ce n'est pas qu'il y avait un problème. C'est parce que nous sommes des partenaires, et les partenaires se parlent, communiquent.

Justement, au cœur de ces Open Days – Journées portes ouvertes -, il y a une thématique majeure : l'emploi des jeunes. Quel budget consacrez-vous à cette question en Côte d'Ivoire ?

Laissez-moi d'abord vous dire que le Groupe de la Banque Mondiale, sous la direction de notre président, a décidé de se focaliser sur l'emploi. Pourquoi ? Dans le monde entier, plus de 1,2 milliard de jeunes vont arriver sur le marché du travail d'ici 2030, et pourtant seulement 400 millions d'emplois seront créés. En Côte d'Ivoire, environ 600 000 emplois sont demandés chaque année, et l'offre n'arrive pas à ce niveau. C'est vraiment notre cap.

Vous me demandez combien d'emplois nous créons dans nos projets : je voudrais d'abord préciser que la Banque est un facilitateur. Ce n'est pas nous qui créons les emplois, c'est le secteur privé. Mais prenons notre appui budgétaire : ce sont des réformes. Les gens ne pensent pas toujours que des réformes créent des emplois.

Or cet appui soutient le secteur agricole, l'électricité - si tu ne règles pas le problème de l'électricité, tu n'as pas d'emploi, n'est-ce pas ? Avec les réformes que nous menons ici, nous estimons toucher plus de 600 000 emplois. Chaque programme, même dans le transport urbain, crée des emplois aujourd'hui. Et imaginez ce que cela représente quand on réduit le temps de transport : ce sont aussi des emplois créés.

Je vous donne un exemple concret dans le secteur agricole, qui emploie beaucoup de monde. J'ai visité un entrepreneur non loin d'Abidjan qui fait de la culture maraîchère. C'est devenu un agrégateur : il travaille avec les coopératives et les femmes, il rachète leurs produits, il leur fournit de bonnes semences.

Qui appuie cette personne ? C'est notre groupe. Voilà comment nous voulons créer les emplois : en créant une dynamique qui passe, d'un côté, par les réformes nécessaires pour instaurer un environnement propice - c'est un champ de bataille difficile -, et de l'autre, par l'investissement dans les infrastructures physiques et dans le capital humain, qui est à mon sens le principal champ de bataille de la Côte d'Ivoire. Voilà comment, en tant que groupe, nous essayons de créer les conditions qui, je l'espère, permettront au secteur privé de créer des emplois.

On reproche à vos actions d'être beaucoup plus visibles à Abidjan qu'à l'intérieur du pays. Que répondez-vous ?

Je mets quiconque au défi de le prouver. Si vous prenez notre programme en Côte d'Ivoire, 50 % est concentré dans les régions Centre et Nord. Cela veut dire que si vous allez à Korhogo, à Ferkessédougou - je connais ces zones, j'y suis allée -, à Bouaké ou à Guiglo, ce sont des endroits où nous intervenons avec des programmes de la Banque.

Cela dit, Abidjan représente encore aujourd'hui près de 60 % du produit national brut (PIB) de la Côte d'Ivoire. Qu'on le veuille ou non, il ne faut pas développer Abidjan en opposition avec les villes secondaires ou le monde rural : il faut le faire en parallèle. Nous avons des programmes à Abidjan, mais aussi des programmes comme celui de la connectivité rurale, qui vise à connecter 7 000 kilomètres de pistes rurales.

Nous avons également des programmes comme le Projet d'Appui au Secteur Agricole de Côte d'Ivoire (PSAC), qui appuie les populations et les communautés en leur donnant de petites infrastructures. Tout cela se trouve dans les zones plus au nord, aux frontières, pas à Abidjan.

La question du financement revient souvent. On sait que les fonds sont disponibles, mais plusieurs entreprises du secteur des infrastructures évoquent une lenteur dans les décaissements. Ce problème est-il remonté jusqu'à vous ?

Vous savez, les programmes d'infrastructure sont toujours plus longs que les programmes sociaux. Quand on construit une route comme l'avenue Akwaba, il faut d'abord réaliser toutes les études en amont. Les deux premières années, ces programmes sont donc plus lents. Mais une fois l'élan pris, cela va vite.

Nous avons tout de même pu achever le programme avec le pont Y4. Est-ce que cela n'a pas changé la vie à Abidjan ? Nous avons terminé les travaux de l'avenue Akwaba. Est-ce que cela n'a pas changé la vie des gens ? Nous avons fini les travaux d'assainissement à Abobo. Est-ce que cela n'a pas changé la vie des gens ? Donc je ne vous dirai pas que nous ne sommes jamais lents.

C'est pour cela que nous nous sommes fixé un objectif, et je suis très fière de vous dire qu'en Côte d'Ivoire, nous préparons désormais nos programmes en neuf mois, parfois même en cinq mois. C'est une réalité. Cela signifie que nous avons compris l'urgence de la situation, que ces jeunes qui cherchent des opportunités ne peuvent pas attendre. Nous allons continuer à nous améliorer.

 

Propos recueillis par Patrick KROU