Éducation nationale / Après la FESCI, voici les nouveaux « tueurs » des élèves en Côte d’Ivoire

Éducation nationale / Après la FESCI, voici les nouveaux « tueurs » des élèves en Côte d’Ivoire

05/04/2026 - 13:47
05/04/2026 - 16:02
Éducation nationale / Après la FESCI, voici les nouveaux « tueurs » des élèves en Côte d’Ivoire
Aka Kadio Claude, président de l’OPEECI.

Jusqu’à quand parents, élèves, pouvoirs publics et, plus largement, la société ivoirienne refuseront-ils de voir ce nouveau fléau qui gangrène le milieu scolaire en Côte d’Ivoire ?

Lorsqu’un élève meurt, c’est une étoile

— l’avenir de la Nation

— qui s’éteint. Ainsi, ce sont les vies de quatre élèves issus des régions du Folon, du Gôh et du Gontougo qui ont été fauchées : deux lycéens du Lycée moderne Dominique Ouattara de Séguéla (LMDOS), une élève de l’École primaire privée (EPP) Sié Abdou Coulibaly d’Ouragahio et deux élèves du Lycée moderne de Gouméré. On dénombre également trois blessés parmi les accidentés.

Depuis les années 1990, l’école ivoirienne avait fait l’objet d’une prise en otage par la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI). Il a fallu une décision courageuse de l’État ivoirien pour mettre fin à cette situation en dissolvant ce mouvement le 17 octobre 2024.

Cependant, l’on assiste aujourd’hui à une montée inquiétante des homicides involontaires d’élèves. Les engins à deux roues, les automobilistes et les motocyclistes, roulant à vive allure, provoquent de nombreux drames sur les trajets école-domicile.

S’il faut reconnaître que, dans le cas de l’accident de moto de Tiémé

— situé dans la sous-préfecture de Worofla, département de Séguéla

— les deux collégiens ont trouvé la mort à la suite d’un excès de vitesse combiné au non-port du casque, il convient également de souligner que d’autres cas impliquent des automobilistes et des motocyclistes, notamment à Ouragahio et à Gouméré.

À toutes fins utiles, précisons que les élèves de Gouméré étaient sortis de leur établissement dans le cadre d’un mouvement de grève pour réclamer des congés anticipés. C’est dans ces circonstances que quatre d’entre eux ont été renversés par un automobiliste devant le Lycée moderne de Gouméré.

Les événements les plus récents concernent les élèves décédés et blessés du Lycée moderne de Gouméré. En moins d’une semaine, du vendredi 20 au mardi 24 mars, le bilan humain est lourd : cinq morts et deux blessés.

Sans céder à la panique, force est de reconnaître que cinq décès en cinq jours constituent un signal alarmant.

Bien qu’il n’existe pas de statistiques officielles publiques détaillant spécifiquement le nombre d’élèves tués

— les données étant généralement ventilées par catégories d’usagers (piétons, conducteurs, passagers, deux-roues)

—, les chiffres globaux récents demeurent préoccupants :

  • 2026 (janvier–février) : 164 morts en environ un mois et demi
  • 2021 : 1 614 morts (statistique nationale officielle)

 

Données nationales (sources gouvernementales)

  • Moyenne annuelle (2016–2021) : environ 1 200 morts par an

Données détaillées :

-2017 : 1 284 morts

-2018 : 1 509 morts

-2019 : 1 465 morts

-2020 : 1 507 morts

-2021 : 1 614 morts

 

Le diagramme à barres représentant l'évolution des décès sur les routes en Côte d'Ivoire de 2017 à 2021. Quelques points à noter :

  • La barre la plus foncée met en évidence l'année record : 2021 avec 1 614 tués.
  • La ligne en pointillés illustre la tendance générale à la hausse sur la période.
  • Les trois métriques en haut résument l'essentiel : total, moyenne annuelle et progression sur 5 ans (+26 %).

Ces statistiques montrent qu’une part importante des victimes sont des piétons et des passagers, catégories dans lesquelles figurent fréquemment des enfants et des élèves, notamment lors des trajets domicile-école.

Il convient de rappeler que le Code pénal ivoirien prévoit des sanctions contre les auteurs d’homicide involontaire.

L’article 392 dispose : « Est puni d’un emprisonnement de trois mois à trois ans et d’une amende de 100 000 à 1 000 000 de francs, quiconque, par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou inobservation des règlements, commet involontairement un homicide ou en est involontairement la cause. »

 

Patrick KROU

 

Des enfants jouent en récréation dans la cour d’un établissement scolaire à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

Trois questions à Aka Kadio Claude, président de l’OPEECI

« Nos élèves doivent avoir le réflexe de la prudence »

Alors que plusieurs élèves ont perdu la vie en à peine quelques jours sur le trajet domicile-école, l’absence de signalisation routière, la prolifération de conducteurs non qualifiés et l’impunité sur les routes ivoiriennes exposent chaque matin des milliers d’enfants à un danger mortel.

Aka Kadio Claude, président de l’Organisation des parents d’élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (OPEECI), tire la sonnette d’alarme sur un phénomène qui tend à devenir un fléau.

En quelques jours seulement, plusieurs élèves ont été tués. Quel est votre commentaire ?

Aka Kadio Claude : Si l’on analyse ces accidents, on constate qu’ils surviennent tous sur le trajet domicile-école. Cela signifie que la sécurité des enfants n’est pas assurée.

À notre époque, nous allions à l’école à pied et il y avait moins de motos. Aujourd’hui, elles sont omniprésentes, souvent conduites par des personnes sans formation. Les enfants sont fortement exposés. 

De manière générale, les accidents sont fréquents et souvent graves. C’est l’avenir de la Côte d’Ivoire qui est ainsi mis en péril, ce qui est profondément regrettable.

Que faut-il faire concrètement ?

Aka Kadio Claude : Les parents doivent sécuriser les trajets de leurs enfants. Les conducteurs doivent ralentir à proximité des écoles.

Il y a aussi un problème d’infrastructures : beaucoup d’établissements n’ont pas de signalisation. Des panneaux devraient être installés en amont pour inciter à réduire la vitesse. 

Il faut également renforcer le contrôle des conducteurs. La conduite d’une moto nécessite un permis de catégorie A, mais beaucoup circulent sans formation ni documents.

Et les élèves ?

Aka Kadio Claude : Ils doivent être sensibilisés au respect du code de la route. Ils doivent développer des réflexes de prudence.

Pour les parents, il est angoissant de voir leurs enfants partir sans garantie de les revoir sains et saufs. Ce problème doit être pris très au sérieux afin de réduire, voire éliminer, ces drames.

 

Propos recueillis par P.K

 

 Aka Kadio Claude, président de l’OPEECI.