Gbêkè / La démocratie en crise en Afrique : Achille Mbembe propose une nouvelle alternative

Gbêkè / La démocratie en crise en Afrique : Achille Mbembe propose une nouvelle alternative

03/05/2023 - 14:05
Gbêkè / La démocratie en crise en Afrique : Achille Mbembe propose une nouvelle alternative

Le département de Sciences politiques de l’Université Alassane Ouattara, a organisé, en collaboration avec l’Ambassade de France et l’Institut de recherches pour le développement (IRD), une conférence publique, le mardi 02 avril 2023, au campus 1 de ladite Université, sur le thème : « La politique en Afrique : réinvention, innovation ou éternel recommencement ? ».

Selon le Professeur Ousmane Zina, chef de ce département de Sciences politiques, cette conférence sur ce thème vise à questionner le projet démocratique en Afrique. Pour lui, les réalités démocratiques en Afrique posent énormément de questions, au regard des coups d’état, des autoritarismes dans la gestion de certains pouvoirs, en un mot les manifestations du phénomène démocratique, il était nécessaire de s’arrêter un instant et réfléchir.

Et l’une des personnes idéales à même de pouvoir aider à faire comprendre ces problèmes démocratiques est bien évidemment l’historien, philosophe et politiste Achille Mbembe. C’est pourquoi le département de sciences politiques a choisi ce thème et Achille Mbenbe pour exposer sur ces questions dont le monde extra-universitaire a besoin de réponses, a dit Ousmane Zina.

Dans son exposé, Achille Mbembe a indiqué que la démocratie est en crise partout sur le continent. Elle est en recul, rien qu’à observer notre environnement régional et continental avec les guerres, les coups d’état militaire, les rébellions, les violences armées, la violence de type religieux, les inégalités qui se creusent, les défis sanitaires, les défis technologiques etc, a énuméré le politiste. Face à ces menaces, comment faire pour éviter d’autres conflits qui pourraient déchirer de nouveau le tissu social.

Face à ces défis, le conférencier pose la question comment réparer cette planète que nous avons énormément endommagée. Pour lui donc, la réflexion sur la démocratie et sa réinvention s’inscrit dans cette vision. Pour y arriver, Achille Mbembe propose qu’il faut renouer avec la pensée, la capacité de penser, la capacité de réfléchir.

Or ces capacités, dit-il, sont affaiblies aujourd’hui un peu partout. On assiste un appauvrissement de la pensée. Donc, il est urgent de réinvestir dans la pensée, réinvestir dans la formation, l’éducation, la démocratie. Toutefois, cela ne se fera pas d’un coup de bâton magique.

« Il faut réinvestir dans les luttes très locales qui ont trait à la décentralisation, la reconnaissance du fait que tout ne peut être réglé du plus haut. Et qu’il faut redonner aux communautés, une part importante de pouvoir décider de ce qu’elles veulent faire, où est-ce qu’elles veulent aller, comment et pourquoi ? », a-t-il souligné.

Avant d’ajouter que : « Parce que avoir à manger, à se vêtir, se soigner, vivre sous un toit, tout ça, c’est important mais cela ne remplace pas la question du sens, la question des finalités. Il y a une énorme demande de sens. La démocratie et le politique en général doivent nous aider à affronter les défis d’aujourd’hui et demain, il faut que quelque part, le politique et la démocratie s’intéressent à la question du sens ».

En filigrane, le rôle de l’intellectuel africain, selon Achille Mbembe, est de réinventer la démocratie pour l’adapter aux réalités socio-africaines. C’est dans cette optique qu’il a créé la Fondation pour l’innovation de la démocratie en Afrique, basée à Johannesburg en Afrique du Sud dont il est le directeur.  

Le conférencier avait à ses côtés Fred Eboko, représentant de l’Institut de recherches pour le développement en Afrique (IRD), parrain du département de Sciences politiques de l’Université Alassane Ouattara et proche d’Achille Mbembe. Notons que c’est dans une ambiance bon enfant que l’éminent chercheur a échangé avec enseignants et étudiants venus nombreux prendre part à cette conférence.

Eugène Kouadio