Dr Lassina Diarra met en garde contre une dynamique génocidaire au Sahel

Dr Lassina Diarra met en garde contre une dynamique génocidaire au Sahel

09/05/2025 - 21:45
Dr Lassina Diarra met en garde contre une dynamique génocidaire au Sahel
Dr Lassina Diarra met en garde contre une dynamique génocidaire au Sahel

Invité au Forum mondial sur la sécurité organisé par le gouvernement du Qatar, du 28 au 30 avril 2025, Dr Lassina Diarra, Directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme, a lancé un cri d’alarme sur la situation sécuritaire au Sahel.

Lors d’un panel consacré à cette région instable d’Afrique de l’Ouest, il a affirmé sans détour : « Le Sahel est confronté à une politique génocidaire. »

Selon lui, le risque de génocide dans cette région n’est plus une simple hypothèse mais une menace concrète. Il dénonce une montée continue des violences dirigées contre des communautés stigmatisées, assimilées au terrorisme. « Ce sont les mêmes mécanismes que ceux observés au Rwanda en 1994.

Une communauté est désignée comme bouc émissaire, privée de toute protection et systématiquement visée. L’Afrique ne peut pas, ne doit pas, revivre un second génocide », a-t-il déclaré, avec gravité.

Dr Diarra a dressé un tableau sombre d’une situation où les forces de défense, initialement chargées de la protection des populations, se retrouvent appuyées par des milices locales et des mercenaires venus de l’extérieur du continent.

Il s’inquiète de cette militarisation incontrôlée, qui nourrit un cycle de violences intercommunautaires et fragilise encore davantage les équilibres déjà précaires. « Il s’agit là d’un engrenage dangereux, où l’État perd progressivement le monopole de la violence légitime », a-t-il analysé.

Au-delà des considérations militaires, le chercheur ivoirien met en garde contre l’effondrement progressif de plusieurs États de la région. Il cite notamment la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo ou encore le Sénégal comme étant désormais en première ligne face à la propagation du terrorisme. « Les attaques deviennent plus fréquentes, plus coordonnées. Cela remet en cause l’existence même du modèle républicain et laïc dans ces pays. Si nous n’agissons pas, l’effondrement d’un ou de plusieurs États est une perspective crédible. »

Pour Dr Diarra, la tentation du repli nationaliste est une impasse. Il plaide au contraire pour une approche collective, à la hauteur de la dimension transnationale de la menace. « Aucun pays ne pourra vaincre seul un ennemi qui n’a pas de frontières. Il faut une coopération étroite à tous les niveaux : bilatéral, régional et international. »

Il interpelle la CEDEAO, qu’il estime trop effacée face à la gravité de la situation. « Dans ce contexte de reconfiguration géopolitique impitoyable, l’Afrique de l’Ouest a besoin d’un leadership fort. La CEDEAO doit redevenir un acteur central, capable de construire un front uni pour empêcher la désintégration de la région. »

L’intervention du Dr Diarra aura eu le mérite de replacer la crise sahélienne au cœur des enjeux mondiaux. Non seulement comme un défi sécuritaire, mais comme un test historique pour la conscience africaine et la solidarité internationale.

 

 

Ousseni avec sercom