Cancer du sein : Une boule n’est pas une condamnation, mais le silence peut l’être

Cancer du sein : Une boule n’est pas une condamnation, mais le silence peut l’être

02/11/2026 - 19:37
Cancer du sein : Une boule n’est pas une condamnation, mais le silence peut l’être
Cancer du sein : Une boule n’est pas une condamnation, mais le silence peut l’être

Octobre Rose : au micro de l’ONG C’7 ELLE, un médecin généraliste et un psychologue expliquent comment reconnaître les signaux d’alerte, se surveiller et affronter l’annonce d’un diagnostic.

 

Octobre Rose s’est achevé, mais le message reste d’actualité. Le jeudi 29 octobre 2026, l’ONG C’7 ELLE a consacré un podcast au dépistage du cancer du sein en Côte d’Ivoire. Au micro, la présidente de l’organisation, Dre Troh Kanni Florence Epse Dodo, entourée de la vice-présidente Faitè Makissi Tania Chanceline, a reçu un médecin généraliste et un psychologue pour répondre aux questions que se posent beaucoup de femmes, souvent à voix basse.

Dr Rama Tembely, médecin généraliste, a d’abord précisé ce qui doit alerter. Le signe le plus connu est l’apparition d’une boule dans le sein, mais il n’est pas le seul. Une modification de l’aspect du sein doit aussi attirer l’attention : « plis inhabituels sur la peau, ulcération, changement du mamelon, écoulement mamelonnaire ou rétraction du mamelon », a-t-elle alerté.

Une boule sous l’aisselle ou au niveau de la clavicule, a-t-elle indiqué, est un autre signal d’alerte, tout comme des douleurs persistantes dans le sein. Le principe est simple : toute anomalie qui dure justifie une consultation.

 

Une boule, ce n’est pas forcément un cancer

 

Le médecin a toutefois voulu rassurer : « Une masse dans le sein peut être bénigne ou maligne. Parmi les causes bénignes figurent notamment les kystes et les abcès. Seul un examen médical, complété si nécessaire par des examens complémentaires, permet de déterminer la nature de la masse ».

Le Dr Tembely a donc recommandé une double prudence : ne pas paniquer, mais ne pas banaliser non plus. Face à une boule, la bonne conduite est de se rendre dans un centre de santé.

 

Un cancer, des facteurs de risque

 

D’après elle, il n’existe pas une cause unique du cancer du sein, mais plusieurs facteurs de risque liés aux hormones, au mode de vie, aux antécédents personnels et familiaux, à la prédisposition génétique et à l’âge.

Côté hormonal et reproductif, des premières règles précoces, une ménopause tardive et certaines expositions hormonales ont été évoquées par le médecin. L’âge à la première grossesse peut aussi intervenir dans l’évaluation du risque, sans constituer un seuil automatique. Le mode de vie compte également : consommation d’alcool, manque d’activité physique, alimentation déséquilibrée et prise de poids après la ménopause peuvent influencer le risque.

Les antécédents familiaux méritent une attention particulière. « Lorsqu’une mère, une sœur ou une autre proche parente a développé un cancer du sein, le risque peut être accru, surtout en présence de certaines mutations génétiques. Une prédisposition ne signifie cependant pas qu’un cancer se développera nécessairement. Le risque augmente globalement avec l’âge, même si des femmes plus jeunes peuvent être touchées », a-t-elle expliqué.

 

L’autopalpation : un réflexe à adopter, pas un dépistage

 

Le médecin a détaillé les gestes de l’examen personnel des seins, qui se fait en deux temps : regarder, puis palper.

L’inspection. Devant un miroir, les bras le long du corps, on observe la forme, le volume et l’aspect des seins. On recommence ensuite les bras levés, en cherchant une boule, un changement de la peau, un écoulement ou une rétraction du mamelon.

La palpation. Allongée sur le dos, avec éventuellement un coussin sous l’épaule du côté examiné, on palpe doucement tout le sein avec la pulpe des trois doigts du milieu, en petits mouvements circulaires. Il ne faut pas oublier le dessous de l’aisselle.

L’autopalpation permet de repérer des changements, mais elle ne remplace ni le dépistage médical recommandé selon l’âge et le niveau de risque, ni la consultation. Une anomalie constatée doit conduire chez un professionnel de santé.

 

Des traitements adaptés à chaque patiente

 

Sur la prise en charge, le Dr Tembely a insisté sur son caractère individuel. Le choix dépend du stade de la maladie, de l’état général de la patiente et des caractéristiques biologiques de la tumeur.

« Les options comprennent la chirurgie, qui peut conserver le sein ou consister en son ablation (la mastectomie), ainsi que la chimiothérapie, la radiothérapie, l’hormonothérapie et les thérapies ciblées. Ces traitements peuvent être utilisés séparément ou associés. Le parcours d’une patiente n’est donc pas celui d’une autre », a-t-elle exposé.

Le médecin a aussi rappelé qu’un cancer peut toucher les deux seins, simultanément ou à des moments différents. Il faut distinguer un nouveau cancer dans l’autre sein d’une récidive du cancer initial, deux situations qui appellent chacune une évaluation médicale spécifique.

 

L’annonce du diagnostic : un moment qui ne s’improvise pas

 

Le podcast ne s’est pas limité au médical. La question de l’annonce d’un cancer a été posée au psychologue, le Dr Edoua Kassi Samuel, qui a insisté sur un point : l’annonce ne se fait pas de la même manière pour toutes les personnes.

Elle doit tenir compte de plusieurs éléments :

-le profil sociodémographique : âge, niveau socio-économique, situation matrimoniale, présence d’enfants à charge, niveau d’études, profession, appartenance ethnique et religieuse ;

-les antécédents médicaux (tension, problèmes cardiovasculaires), psychiatriques et psychologiques ;

-la personnalité, pour déceler les vulnérabilités individuelles ;

-l’histoire de vie de la personne ;

-les représentations mentales et sociales de la maladie.

 

Quand le choc s’installe

 

Le psychologue a décrit les répercussions possibles d’une annonce mal préparée, brutale ou mal vécue. « Il y a d’abord un stress chronique, la nouvelle continuant de résonner dans l’esprit de la personne. Peut ensuite s’installer une anxiété qui tend à se généraliser. La personne ne s’inquiète plus seulement pour sa santé, mais aussi pour le risque de rechute, pour sa famille, pour ses projets », a-t-il révélé.

À cela s’ajoute, la peur de mourir qui peut basculer en angoisse de mort. « Certaines patientes redoutent de fermer les yeux pour dormir, de peur de ne pas se réveiller, ou refusent de rester seules. Dans les cas les plus graves, une dépression liée à la maladie peut apparaître, avec des pensées suicidaires. Elle s’accompagne parfois d’une inobservance thérapeutique : la personne, gagnée par le fatalisme, ne voit plus l’intérêt de poursuivre ses médicaments et perd le goût de la vie », a-t-il confié.

« Ces propos rappellent que le suivi psychologique fait partie de la prise en charge. Si vous traversez une telle détresse, parlez-en à un professionnel de santé ou à un proche de confiance », a-t-il conseillé.

 

Après les traitements : reconstruire son image, sa féminité, son couple

 

Dr Edoua Kassi Samuel a aussi abordé un sujet encore tabou : la vie intime après la maladie. « Une vie de couple et une vie sexuelle épanouies restent possibles, mais cela demande du temps, une acceptation de soi et de sa nouvelle identité, et une réorganisation des pratiques sexuelles. Les traitements peuvent en effet entraîner une baisse de la libido et solliciter fortement l’organisme », a-t-il fait remarquer.

L’accompagnement, a-t-il déclaré, doit être pluridisciplinaire. Le médecin intervient face aux douleurs physiques et à l’inconfort lié aux traitements. Le psychologue et le sexologue travaillent sur la communication et la compréhension dans le couple, sur les difficultés psychologiques et sexuelles qui peuvent persister après les soins, et sur l’image de soi et la féminité, particulièrement éprouvées en cas d’ablation du sein.

À travers ce podcast, C’7 ELLE a tenu à rappeler qu’Octobre Rose ne s’arrête pas au 31 octobre. Informer, c’est déjà protéger : une femme qui sait quoi surveiller et à qui s’adresser a plus de chances d’être soignée à temps.

 

Une ONG au service du leadership féminin

 

Selon la présidente, Dre Troh Kanni Florence Epse Dodo, C’7 ELLE est une organisation à but non lucratif, à la vision à la fois ivoirienne et internationale. Elle promeut le leadership féminin et soutient les femmes et les jeunes filles, qu’elles soient mères, célibataires ou mariées, quelle que soit leur situation matrimoniale. Son ambition est d’aider chacune à surmonter ses difficultés pour devenir actrice de son développement et de sa réussite.

Ses activités s’articulent autour de trois domaines : l’éducation, l’autonomisation économique des femmes et la santé. C’est dans ce dernier cadre que s’inscrit le podcast. Pour Tania Chanceline, la mission de l’ONG est d’encourager les femmes à prendre conscience de leur potentiel et à s’engager pleinement dans leurs ambitions. Une femme ne peut pas réaliser ses projets si sa santé est menacée par une maladie détectée trop tard. La vice-présidente a interpelé les autorités compétentes, les ONG internationales et bien d’autres devraient donner des prises en charge psychologiques à tous les malades du cancer pour les accompagner dans l’acceptation de la maladie et pour leur réinsertion après la guérison.

 

Patrick KROU

 

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Ce qu’il faut retenir

 

1-Observez-vous régulièrement et connaissez vos seins.

2-Consultez sans attendre devant toute boule, modification de la peau ou du mamelon, écoulement, boule à l’aisselle ou douleur persistante.

3-Ne confondez pas boule et cancer : beaucoup de masses sont bénignes, mais seul un examen médical tranche.

4-Ne remplacez pas le dépistage par l’autopalpation : il est recommandé selon l’âge et le niveau de risque.

5-Ne négligez pas la santé mentale : un accompagnement psychologique, et si besoin sexologique, fait partie du parcours de soin.

P.K