Ouattara Abou, l'homme qui a fait de la mécanique une école de la vie

Ouattara Abou, l'homme qui a fait de la mécanique une école de la vie

26/07/2026 - 19:26
26/07/2026 - 19:58
Ouattara Abou, l'homme qui a fait de la mécanique une école de la vie
Ouattara Abou, l'homme qui a fait de la mécanique une école de la vie
Ouattara Abou, l'homme qui a fait de la mécanique une école de la vie
Ouattara Abou, l'homme qui a fait de la mécanique une école de la vie
Ouattara Abou, l'homme qui a fait de la mécanique une école de la vie

Les mains sont noircies par la graisse des moteurs, mais le regard reste lumineux. Dans son garage, Abobo-Anonkoi, Ouattara Abou ne répare pas seulement des voitures. Il façonne des trajectoires, transmet un savoir et rappelle, à chaque apprenti qui franchit sa porte, que la réussite peut naître d'un métier appris avec passion.

Son parcours n'était pourtant pas écrit d'avance. Enfant, il rêvait de poursuivre ses études. Mais les difficultés familiales en décident autrement. Son père interrompt sa scolarité alors qu'il n'a parcouru que les premières classes du primaire.

« Ça m'a fait mal parce que je voulais forcément partir à l'école. »

Cette blessure aurait pu devenir un frein. Elle deviendra un moteur, un viatique. À Bondoukou, il découvre la mécanique et choisit de s'y consacrer pleinement. « Je me suis forcé de rentrer dans ce métier-là pour pouvoir devenir quelqu'un. Il faut passer par quelque chose pour pouvoir devenir quelqu'un », confie-t-il. Une conviction qui ne l'a plus quitté.

En 1996, il débute réellement son parcours professionnel. Quelques années plus tard, il quitte Bondoukou pour Abidjan. Sans atelier, sans clientèle, il partage d'abord un garage avec d'autres mécaniciens avant de voler de ses propres ailes. Le temps, le travail et la confiance des clients feront le reste.

Aujourd'hui, il parle avec une fierté discrète de ce que ce métier lui a offert. « Grâce à ce métier, j'ai nourri ma famille », se réjouit-il. Plus encore, il a construit une maison pour sa mère, acquis des terrains et assuré l'avenir des siens. D’après lui, la réussite se mesure moins aux biens accumulés qu'à la capacité d'aider sa famille et son village.

Mais ce qui distingue surtout Ouattara Abou, c'est son attachement à la transmission. Son garage est devenu une pépinière de jeunes mécaniciens. Neveux, petits frères, jeunes du village : tous y apprennent un métier, mais aussi une manière de travailler.

« Quand les enfants viennent chez toi, tu leur apprends comment tu veux que les gens travaillent. »

L'exigence est au cœur de sa méthode. Il insiste autant sur la compétence technique que sur le comportement. « Il faut apprendre à accueillir les gens, il faut apprendre à recevoir ceux qui viennent vers toi », déclare-t-il. À ses yeux, un bon mécanicien est d'abord un homme de confiance.

Cette rigueur explique sans doute une confidence dont il est particulièrement fier : « Depuis que j'ai commencé ce travail jusqu'à aujourd'hui, je n'ai pas eu de problème avec un client », affirme-t-il avec fierté. Une réputation bâtie sur la patience, l'écoute, pragmatisme et le sérieux.

Malgré les mutations technologiques, il ne craint pas l'avenir. L'arrivée des véhicules électroniques représente pour lui une nouvelle étape plutôt qu'une menace. « Ce travail, on ne finit pas d'apprendre », affirme-t-il. Une phrase qui résume sa philosophie : rester humble, continuer à se former et ne jamais croire que l'on sait tout.

Lorsqu'il évoque ses anciens camarades devenus médecins, enseignants ou cadres, aucune jalousie ne transparaît. Seulement la satisfaction d'avoir trouvé sa propre voie. « Moi, en tout cas, je ne regrette rien », insiste-t-il avec le sentiment d’avoir réalisation sa destin.

À la jeune génération, son message est simple, presque paternel : « Ceux qui veulent apprendre la mécanique, il n'y a qu'à se concentrer et à se donner. Tout ce que tu veux faire, quand tu te donnes à fond, c'est toi-même qui en récoltes les fruits. »

Ouattara Abou n'est peut-être pas passé par les grandes écoles. Mais il a bâti, au fil des années, une autre forme d'école : celle du travail, de la persévérance et de la transmission.

Un homme qui a transformé une vocation en héritage et qui, derrière chaque moteur remis en marche, contribue aussi à remettre des vies sur la bonne voie.

Brou Wilson