Anyama : Une pyramide de serviettes menstruelles brise le tabou des menstrues
Anyama : Une pyramide de serviettes menstruelles brise le tabou des menstrues
Le 31 juillet 2026, sur la place publique d'Anyama, une pyramide pas comme les autres s'est dressée sous le regard ému des autorités, des chefs communautaires, des populations et de la presse. « Elle n'est pas faite de pierre, mais de serviettes menstruelles, de tissus usés, de coton, de feuilles de cahier, feuilles de papayer et de bien d'autres matériaux de fortune », a expliqué OUATTARA K. Pascal, Directeur Exécutif de l'Association Ivoirienne pour le Bien-Être Familial (AIBEF), dans son allocution au nom du Consortium Ratanga club composé de l’AIBEF, Association des Scouts Catholique de Côte d’Ivoire (ASCCI), Mission des jeunes pour la Santé, la Solidarité et l’Inclusion (MESSI), Sauvons 2 Vies (S2V) .
Et a ajouté avec un pincement au cœur : « c'est précisément cela qui nous bouleverse : chacun de ces objets raconte le quotidien de milliers d’adolescentes et jeunes filles de Côte d'Ivoire, qui n'ont d'autre choix, chaque mois, que d'improviser pour vivre dignement une réalité aussi naturelle que respirer. »
Cette pyramide symbolique est l'aboutissement du projet : Plaidoyer pour la Santé et la Dignité Menstruelle’’ (SDM) mis en œuvre dans le cadre du Projet C’est la Vie 2, financé par Equipop et porté par le Consortium Ratanga Club. Treize jeunes filles, Ambassadrices de la Santé et de la Dignité Menstruelle, venues de Yopougon, Bingerville, Anyama et Bonoua - dont cinq vivent avec un handicap - ont porté ce jour-là une voix trop longtemps réduite au silence. Comme l'a résumé le Directeur Exécutif, elles « nous ont rappelé une vérité simple : les menstruations ne sont pas un problème individuel, ce sont les tabous, les inégalités et le manque d'accès aux services qui en font un problème. »
Des Ambassadrices de la Santé et de la Dignité Menstruelle posant aux côtés de la pyramide de serviettes menstruelles
Des chiffres qui interpellent
Au nom du consortium, Mme AKROMAN Hortense, Responsable des Projets Spécifiques, Point Focal du Projet SDM à l'AIBEF a souligné que les données présentées, issues de deux enquêtes conduites en 2025 par FOS Feminista, sont sans appel : 93 % des jeunes filles interrogées déclarent avoir déjà subi une moquerie ou une discrimination liée à leurs règles.
Moins de 15 % ont un accès régulier à des produits menstruels de qualité, un taux qui chute à seulement 10 % chez les moins de quinze ans. Derrière ces pourcentages se cachent des filles qui manquent l'école, perdent confiance en elles, et grandissent en pensant que leur corps est une honte à dissimuler.
Pourtant, comme l'a rappelé le Directeur Exécutif, « En Côte d'Ivoire, pays qui a ratifié le Protocole de Maputo et la Convention sur l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’égard des Femmes (CEDEF), cela ne devrait plus être une fatalité. » Poursuivant, le Consortium enfonce le clou en soulignant que ces chiffres « traduisent un déficit persistant d'infrastructures, d'information et de politiques publiques. »
Les différentes interventions ont été traduites en langue malinké par M. Doumbia Kassoum, Chargé de Programme, Point Focal du Projet SDM à l’ONG Sauvons 2 Vies.
Par ailleurs, la cérémonie a été animée de main de maître par M. Jean Emmanuel Takutchie de l’ONG MESSI.
Une pyramide, une pédagogie
Loin d’être un simple symbole, la pyramide raconte une méthode. Formées à la Santé et à la Dignité Menstruelle, animation radio, aux droits des filles et au plaidoyer, les treize Ambassadrices ont produit trois émissions radio interactives, tissé des alliances avec les femmes leaders de leurs localités, et animé des dialogues communautaires intergénérationnels. Le Consortium le décrit ainsi : « la pyramide que vous voyez derrière nous, est l’aboutissement visuel de cette démarche : chaque objet qui la compose, matériaux inadaptés comme produits adaptés, illustre concrètement l’écart entre ce que vivent nos filles et ce à quoi elles ont droit. »
Cinq demandes concrètes
Le Consortium a profité de la cérémonie pour remettre une note de plaidoyer portant cinq recommandations : intégrer la Santé et la Dignité Menstruelle au Programme National Santé Scolaire et Universitaire Santé Adolescent.e.s et Jeunes (PNSSU SAJ) ; réhabiliter les infrastructures sanitaires scolaires, notamment à Anyama ; rendre disponibles des produits menstruels adaptés dans les écoles ; soutenir des dialogues communautaires réguliers incluant pleinement les filles en situation de handicap ; et mobiliser l’autorité morale des chefferies pour lever durablement les tabous. Le Consortium insiste : « ces recommandations ne sont pas de simples vœux : elles sont la traduction directe de ce que les filles elles-mêmes ont identifié comme prioritaire. »
Il faut noter que la note de plaidoyer a été remise au Directeur Coordonnateur du Programme National Santé Scolaire et Universitaire Santé Adolescent.e.s et Jeunes, Dr Seydou OUATTARA, qui a réhaussé l’activité de sa présence.
Le PNSSU a participé activement à toute l’activité.
Des engagements pris en public
La particularité de cette journée, c’est qu’elle fonde une volonté ferme. Les engagements pris par les autorités et les chefs communautaires l’ont été devant témoins, sur la place publique. « Vous avez été entendues », a lancé le Directeur Exécutif aux Ambassadrices. OUATTARA K. Pascal les a rassurées : « les engagements pris ici, devant vous, par nos autorités et nos chefs communautaires, nos guides religieux sont désormais publics, et nous veillerons, avec vous, à ce qu’ils se traduisent en actes concrets dans vos écoles et vos quartiers. »
Patrick KROU
