Génétique des tilapias : Le Projet FONSTI révèle une origine inattendue dans la lagune Ebrié
Génétique des tilapias : Le Projet FONSTI révèle une origine inattendue dans la lagune Ebrié
Une avancée majeure dans la recherche halieutique ivoirienne. À l’École Normale Supérieure (ENS) de Cocody, des chercheurs ont présenté les résultats d’une étude consacrée à l’identification génétique des espèces de poissons présentes dans la lagune Ebrié.
Ces travaux, menés dans le cadre du Projet FONSTI Spécial Femme 2022 porté par Dre Koné Naminata épouse Yeo, conclu le mercredi 19 novembre 2025 viennent lever le voile sur une présence inattendue d’espèces non autochtones aux caractéristiques dominantes, avec des enjeux écologiques et économiques majeurs pour les communautés locales.
L’étude, financée à hauteur de 15 millions FCFA sur deux ans par le Fonds pour la Science, la Technologie et l’Innovation (FONSTI), s’est focalisée sur la caractérisation génétique des hybrides issus du croisement entre Coptodon guineensis et Coptodon zilli dans les secteurs IV et V de la lagune. Les résultats ont permis d’identifier précisément les espèces présentes, révélant des hybrides jusqu’ici non documentés et une espèce extérieure jusqu’alors confondue avec ceux-ci.
Les analyses ADN, réalisées notamment en France, ont permis de déceler qu’une espèce de poisson jusqu’alors assimilée aux hybrides ne provient ni du croisement attendu ni du milieu local.
Cette espèce extérieure, plus volumineuse et plus compétitive, colonise progressivement l’écosystème au détriment du tilapia guinéensis, espèce autochtone en déclin.
Selon Dre Koné, cette domination pourrait être liée à une forte compétition alimentaire et reproductive empêchant l’espèce locale de se nourrir et de se reproduire normalement.
Elle précise toutefois que des analyses complémentaires sont en cours afin de confirmer de manière définitive ces premiers résultats.
La raréfaction du Coptodon guineensis constitue non seulement un risque écologique majeur pour la biodiversité de la lagune Ebrié, mais aussi une menace pour les communautés de pêcheurs dont les revenus dépendent de cette ressource naturelle.
Si l’espèce étrangère est appréciée sur le marché en raison de sa taille plus importante, sa capture demeure difficile et ses stocks diminuent sous l’effet d’une pression de pêche accrue.
Les enquêtes menées montrent que 61,7 % des personnes interrogées consomment le Coptodon une fois par semaine, 20,7 % en consomment plus d’une fois par semaine, tandis que 10 % n’y ont accès qu’une fois par mois. La majorité estime que la baisse des stocks et les prix élevés réduisent leur consommation.
Intervenant pour le compte du Secrétaire général du FONSTI, Pr Konin Séverin a salué la rigueur scientifique du projet et encouragé le passage à une nouvelle phase orientée vers la valorisation économique des résultats.
Il a rappelé que le projet s’est déroulé conformément aux exigences scientifiques et qu’un financement additionnel pourrait être envisagé sur présentation d’un nouveau plan axé sur l’exploitation des résultats.
Afin de préserver le Coptodon guineensis, Dre Koné recommande la mise en place de programmes d’aquaculture et la réintroduction contrôlée de l’espèce dans les zones lagunaires concernées.
Elle souligne également la nécessité de poursuivre les recherches sur les mécanismes reproductifs et les interactions interspécifiques pour restaurer durablement l’équilibre écologique.
Sur le plan moléculaire, les travaux ont révélé que les poissons considérés comme hybrides issus du croisement entre C. guineensis et C. zillii possèdent en réalité l’ADN mitochondrial du Coptodon camerunensis, ce qui remet en question les premières hypothèses sur leur origine.
Cette recherche ouvre de nouvelles perspectives scientifiques pour la gestion durable des écosystèmes lagunaires ivoiriens.
Elle constitue un outil stratégique pour orienter les politiques de préservation, soutenir les communautés de pêcheurs et renforcer les capacités nationales en matière de recherche halieutique. Le projet a été supervisé par Dr N’Goran Edwards.
Ousseni Sawadogo
