Efficacité énergétique : Un puissant levier pour le développement économique de la Côte d’Ivoire
Efficacité énergétique : Un puissant levier pour le développement économique de la Côte d’Ivoire
Balma Ange, la quarantaine révolue et responsable d’une entreprise spécialisée dans l’énergie solaire, est tout heureux. La raison : il trouve des clients qui s’intéressent de plus en plus à l’efficacité énergétique. En effet, ceux-ci se tournent vers les énergies renouvelables pour réduire leur consommation énergétique.
« Grâce aux kits solaires domestiques intelligents que j’ai installés à la maison, avec l’éclairage LED basse consommation, j’ai réussi à ramener jusqu’à 20 % le coût de mes factures d’électricité.
Ce qui me fait un gain d’économie de 80 % et donc d’argent en termes de consommation d’électricité. Je m’en réjouis énormément », se pourlèche les babines Mian Alain, un consommateur qui déplore, cependant, que le coût d’installation reste toujours aussi énorme.
Avis partagé par Aissata Dembélé, qui a préféré utiliser un véhicule électrique plutôt que son ancien engin thermique.
« Je consommais beaucoup de carburant. Aujourd’hui, avec 8 500 à 9 000 FCFA, je fais le plein d’électricité pour une semaine, parfois même dix jours.
Ce qui me permet de parcourir 44 km, alors qu’en thermique, il me fallait entre 10 000 et 15 000 FCFA par semaine. C’est vous dire que le véhicule électrique est très économique. Outre cet avantage, je ne pollue pas l’air et contribue à rendre l’environnement plus sain », se félicite cet autre usager qui affirme avoir choisi un véhicule électrique pour des raisons à la fois économique et écologique.
Camara Kounady Moussa, associé-gérant d’une start-up spécialisée dans la valorisation des déchets, souligne que l’efficacité énergétique ouvre une perspective pour l’agriculture. Tout en soutenant la vision des pouvoirs publics sur la transition énergétique et le développement durable en Côte d’Ivoire, Camara estime que la biomasse, gaz produit à partir de déchets agricoles issus de cabosses de cacao, de coques d’anacardes, d’écorces d’arbres etc. permet de créer des Activités génératrices de revenus (AGR) pour les femmes et les jeunes du milieu rural.
Cela favorise le développement rural et l’économie circulaire (économie verte). « Nous créons des solutions décentralisées à partir de déchets agricoles transformés en biomasse ou en charbons écologiques. Ce qui réduit la pression sur les forêts et soutient l’économie locale », rassure cet entrepreneur qui décrit la biomasse comme un « levier puissant », une source d’énergie verte capable de contribuer à l’autosuffisance énergétique de la Côte d’Ivoire.
Même le secteur de l’aviation s’intéresse à la valorisation des déchets agricoles, dans le cadre de projets de carburants durables comme le biodiesel ou le bioéthanol, en substitution aux énergies fossiles pour les PME et les industriels.
Les énergies renouvelables sont en plein essor en Côte d’Ivoire et pourvoyeuses d’emplois. C’est le cas de Donald Silué, 32 ans, qui n’arrêtait pas de battre les pavés à la recherche d’un premier emploi après sa Licence en droit des affaires obtenue en 2020. Au sortir d’une formation en installation et maintenance de systèmes photovoltaïques, ce technicien solaire a décroché un emploi dans une firme.
« Le secteur des énergies renouvelables m’a permis de gagner ma vie et j’en suis fier. Je pense que c’est un secteur pourvoyeur de nouveaux métiers », se satisfait-il.
Pour le volet industriel, le gouvernement ivoirien a initié plusieurs projets d’envergure pour un avenir énergétique vert. Ce sont, entre autres, les projets Biovea et Biokala. Ces centrales à biomasse visent à réduire la dépendance du pays aux énergies fossiles, tout en exploitant les ressources agricoles locales.
Bien qu’il soit optimiste quant à l’autosuffisance énergétique, Kouakou Minan, chef d’une entreprise ivoirienne spécialisée dans l’énergie solaire, s’inquiète des freins majeurs à la promotion de ce secteur.
Ces défis sont une fiscalité étouffante des PME vertes, un manque de financement adapté, le coût élevé des installations ; sans oublier les difficultés d’accès aux fonds disponibles : « Les banques commerciales sont réticentes, car les modèles économiques liés à l’environnement sont nouveaux et risqués.
Les fonds verts existent, mais les PME ont du mal à remplir les critères administratifs exigés : bilans comptables, plans stratégiques, etc. », se désole Kouakou Minan.
Afin de relever ces défis, l’Etat a pris le taureau par les cornes en créant un Ministère dédié du Pétrole, de l'Énergie et du Développement des énergies renouvelables en 2017, dirigé par Thierry Tanoh qui œuvre à faire de la Côte d’Ivoire un hub en matière d’autosuffisance énergétique ; cela, par la mise en place du mix énergétique avec un objectif de 45 % d'énergies renouvelables d'ici 2030.
Yéo Lonigué Emmanuel, président de la Fédération ivoirienne des associations en efficacité énergétique, énergies renouvelables et Climat (FIAEERC)
200 milliards de francs CFA de perte, chaque année
Yéo Lonigué Emmanuel, président de la Fédération ivoirienne des associations en efficacité énergétique, énergies renouvelables et Climat (FIAEERC), affirme que l’efficacité énergétique constitue un levier stratégique pour assurer l’industrialisation de la Côte d’Ivoire.
Selon cet expert en énergie, l’efficacité énergétique implique un véritable changement de paradigme. Ce qui suppose que le consommateur d’aujourd’hui devienne également un producteur d’économies, à travers son implication directe dans les pratiques de consommation et le retour sur investissements, rapides et mesurables.
« Un citoyen peut, de manière volontaire, réduire sa consommation énergétique de 30 % ; ce qui aura un impact considérable sur la pression nationale liée à l’utilisation des énergies fossiles », explique-t-il.
En tant que chef d’entreprise engagé dans ce secteur, Yéo Emmanuel appelle à une forme de civisme énergétique, un engagement citoyen à adopter des gestes simples et concrets, tels que l’usage d’outils intelligents, pour contribuer à la stabilité énergétique du pays. Une démarche qu’il considère comme accessible à tous — citoyens, PME comme industries.
Parmi les solutions pratiques qu’il recommande, figure le covoiturage, qu’il présente comme un moyen efficace de lutter contre le gaspillage énergétique qui représenterait, selon lui, près de 30 % dans les ménages et entre 30 à 35 % dans les entreprises du secteur tertiaire et équivaudrait à une perte énergétique estimée à 200 mégawatts par an ; soit environ 200 milliards de francs CFA, regrette Yéo Emmanuel.
Patrick KROU
