Samori Touré à Bondoukou : enquête sur un mystère vieux de 130 ans

Samori Touré à Bondoukou : enquête sur un mystère vieux de 130 ans

11/09/2026 - 14:00
Samori Touré à Bondoukou : enquête sur un mystère vieux de 130 ans
Samori Touré (v. 1830-1900), résistant anticolonial et empereur du royaume du Wassoulou, dont l’ombre plane encore sur Bondoukou plus d’un siècle après son passage supposé dans la région

Entre tradition orale, artefacts muséaux et archives historiques, la présence de Samori Touré à Bondoukou divise depuis plus d’un siècle. Certains jurent que le conquérant a foulé le sol de la « ville aux mille mosquées », d’autres assurent qu’il n’y est jamais entré. Enquête sur une controverse qui oppose mémoire locale, enjeux touristiques et rigueur historique.

Samori Touré (v. 1830-1900), résistant anticolonial et empereur du royaume du Wassoulou, dont l’ombre plane encore sur Bondoukou plus d’un siècle après son passage supposé dans la région.

Selon Ouattara Béma, directeur du musée des Arts et des Traditions de Bondoukou, le passage du conquérant est attesté par la tradition orale, par des artefacts conservés au musée et par une maison qui porte son nom. 

« Parmi ces objets figurent deux carquois datant de la fin du XIXᵉ siècle, attribués à Samori Touré et à ses fils, Sarankéné-Mori et Bakary. Ils contenaient des flèches de guerre, parfois enduites de poison. Selon la tradition, Samori Touré aurait confié ces objets à une famille locale, la famille Touré, avant de poursuivre son itinéraire », indique-t-il. 

Le directeur du musée soutient par ailleurs que Bondoukou fut le dernier refuge de l’Almamy avant son arrestation, et qu’un pacte de non-agression y aurait été conclu avec les représentants français avant que les combats ne reprennent.

Quant à la maison dite « de Samori Touré », bien que construite avant son arrivée, vers 1753, elle porte son nom parce qu’il y aurait séjourné, ce qui contribue aujourd’hui à sa valorisation touristique.

Au quartier Malagasso, un édifice à l’architecture soudanaise appartient à la famille Touré. Nous y rencontrons son chef, Touré Seydou, qui affirme d’emblée que l’édifice a été construit par son grand-père, Aboubakar Touré, riche commerçant, et non par Samori Touré.

« L’édifice que l’on appelle aujourd’hui la “Mosquée de Samori Touré” a été construit par mon grand-père. C’était une maison d’hôtes destinée à accueillir les voyageurs venus solliciter son aide », précise-t-il.

Touré Seydou va jusqu’à affirmer que Samori Touré n’a jamais séjourné dans cette maison. « J’affirme avec conviction qu’il n’a jamais résidé ici, et qu’il n’est pas entré dans la ville de Bondoukou. Il serait resté à l’entrée de la ville, aux abords de la rivière Wamoh, avant de poursuivre son chemin vers Bouna », persiste-t-il. Pour ce vieillard de 70 ans, l’association entre la bâtisse et Samori Touré résulterait d’une simple confusion : son grand-père et le conquérant portaient le même patronyme, « Touré », ce qui aurait, au fil du temps, brouillé la mémoire collective.

 

À Koumalasso – un autre quartier de la ville –, Gbané Bacary, 79 ans, tient de sa grand-mère le récit selon lequel Samori Touré serait arrivé dans la région après avoir traversé plusieurs contrées, notamment par l’axe de Dimbokro et de Barbô (localité de Sandégué).

Le père de Samori, Lanfia Touré, lui avait interdit d’attaquer Kong. Arrivé dans cette cité, Samori aurait demandé aux autorités locales de lui indiquer d’autres territoires à conquérir. Les habitants de Kong lui auraient désigné Bondoukou, en lui cachant leurs véritables motivations : « Certains ont été attirés par la réputation des femmes de Bondoukou – on disait qu’elles étaient belles, attentionnées et courageuses, tandis que les proches de Samori espéraient capturer des esclaves », confie-t-il.

Fidèle à sa réputation de stratège, Samori n’aurait pas pénétré immédiatement dans la ville : il aurait établi son camp près de la rivière Wamoh et envoyé des émissaires négocier avec les sages musulmans. « Samori Touré utilisait parfois une ruse : il présentait un coffret qu’il disait contenir un Coran sacré, puis invitait ses interlocuteurs à prêter serment de non-agression en posant la main dessus. L’objet ne contenait pas réellement un Coran, ce qui lui permettait ensuite de revenir sur son engagement pour lancer une attaque par surprise », décrit-il.

Le stratagème aurait toutefois été éventé par un soldat de Samori, séduit par une habitante de la ville. Prévenus, les musulmans de Bondoukou auraient alors exigé que Samori prête serment sur leur propre Coran, à la mosquée de Kôkô, la plus ancienne de la ville.

Confronté à un véritable Coran, Samori aurait finalement respecté son engagement et renoncé à attaquer la ville, scellant ainsi un pacte de non-agression. Ayant appris que les motivations réelles de l’expédition – s’emparer des femmes de Bondoukou 

– lui avaient été cachées, et se souvenant de l’interdit paternel visant Kong, Samori aurait renoncé à toute attaque. « Il faut dire la vérité : Samori Touré n’a pas laissé beaucoup de choses ici. Mais ces récits participent aujourd’hui à l’attractivité touristique de Bondoukou », nuance le doyen Gbané.

Portrait de Sié Koffi Akomi, chef nafana établi à Bondoukou avant ou au début de l’essor du royaume abron-gyaman.

À la cour royale des Nafana, Kouabenan Anderson, sacrificateur et émissaire du chef de terre Nafana Katogo, précise d’emblée qu’il n’existe aucune preuve matérielle du passage de Samori Touré : les récits reposent essentiellement sur la tradition orale. Selon lui, le conquérant ne serait pas véritablement entré dans la ville ; seuls ses sofas – quelques éclaireurs –, y seraient arrivés, installant un cantonnement le long de la rivière Wamoh. Leur présence aurait suscité une vive inquiétude parmi la population, Nafana comme musulmans, qui se seraient alors préparés sur le plan mystique – les musulmans déposant des talismans dans la rivière.

À leur arrivée, les sofas auraient constaté que l’eau était devenue impropre à la consommation, comme empoisonnée. « Ni les hommes ni les chevaux n’en ont bu. D’ailleurs, jusqu’à aujourd’hui, les habitants ne consomment toujours pas l’eau de cette rivière », affirme-t-il.

Les Nafana auraient surnommé Samori « Faraman », « le tueur impitoyable » en langue nafana. Lorsqu’il rencontra le grand chef Sié Koffi Akomi, réputé pour ses pouvoirs mystiques, les deux hommes auraient conclu un pacte de non-agression scellé par un serment de sang sous un arbre, qui se serait immédiatement desséché – preuve, selon le sacrificateur, de la puissance mystique de l’acte. Impressionné, Samori aurait alors renoncé à s’en prendre à Sié Koffi Akomi et respecté le pacte. Pour Kouabenan Anderson, Samori Touré n’a donc ni combattu ni tué à Bondoukou ; lui et ses soldats auraient ensuite poursuivi leur route vers Kouassi N’Dawa, sur l’axe de Bouna.

Deux carquois contenant leurs flèches, réputées empoisonnées, attribués à Sarankéné-Mori et Bakari-Sanasi, sont exposés au musée des Arts et des Traditions de Bondoukou depuis le 13 janvier 2026.

 

Daouda Ouattara, arrière-petit-fils de Sié Koffi Akomi, tient son récit de la tradition orale et d’archives historiques. Selon lui, Samori Touré serait venu à Bondoukou chercher une protection politique auprès de son aïeul, réputé pour assurer la sécurité de la route de l’or et des caravanes – un principe inscrit, selon lui, dans la Charte du Mandé.

Sous la pression des Britanniques dans l’ouest de l’actuelle Côte d’Ivoire, Samori Touré, à l’instar de son inspirateur Ousmane Dan Fodio, menait par ailleurs des razzias d’esclaves. Bondoukou, carrefour du commerce transsaharien, aurait vu Samori y vendre des captifs sur le marché – aujourd’hui occupé par le Jardin des Droits de l’Homme –, avant de les revendre à Sampa, au Ghana actuel, pour financer l’achat d’armes.

En contrepartie de la protection dont il bénéficiait, Samori aurait promis de ne jamais attaquer les territoires accueillant sa famille. En quittant la ville, il aurait laissé au quartier Malagasso sa première épouse, Sira, et deux de ses fils, Sarankéné-Mori et Bakary.

 

Daouda Ouattara affirme donc que Samori Touré est bel et bien entré à Bondoukou et y a acheté des esclaves – une mémoire confirmée, selon lui, au comptoir britannique de la ville. « À son arrivée, les Britanniques étaient déjà présents, alors que les Français ne s’y étaient pas encore installés. Samori entretenait d’abord un pacte d’amitié avec eux, avant que leurs relations ne se détériorent. Son départ forcé se situe en 1885 », indique-t-il.

Concernant 1897, il conteste que Bondoukou ait été incendiée au départ des sofas, évoquant plutôt des affrontements entre Français et Britanniques ; un officier français aurait même épousé une princesse de la famille royale, alliance qui aurait convaincu Sié Koffi Akomi d’accepter l’installation des Français. Le fort de Bondoukou fut construit en 1899 à l’emplacement de l’actuel bureau de la Poste de Côte d’Ivoire.

 

Toujours selon lui, Samori achetait des armes aux Britanniques avant de les faire reproduire par les forgerons locaux. Avant son départ, plusieurs sofas, esclaves et ânes auraient été sacrifiés, et l’eau de la rivière Wamoh empoisonnée ; les habitants auraient ensuite juré n’avoir jamais vu Samori Touré, pour éviter que Bondoukou ne soit détruite comme auraient pu l’être Kong ou Bouna.

Après son passage, ses fils Sarankéné-Mori et Bakary seraient revenus dans la ville, où le roi leur aurait offert or et esclaves avant leur départ définitif. « Deux carquois garnis de flèches, attribués à Sarankéné-Mori et Bakary après leur arrestation par les Français, avaient été conservés en France comme trophées de guerre. Je les ai retrouvés lors d’une vente aux enchères et acquis, il y a plus de dix ans », se réjouit-il.

 

 Vue d’un pilier, vestige de la mosquée Kôkô, présentée comme la première mosquée construite à Bondoukou, en 1616

À la Grande Mosquée de la ville, l’imam El Hadj Timité Ismaël indique que Samori Touré serait arrivé à Bondoukou à l’époque de l’imam Ibrahim Timité. « À son arrivée, il a demandé à l’imam Ibrahim de prêter serment sur son Coran – lequel n’était en réalité pas un véritable Coran, puisqu’il ne comportait aucune écriture », révèle-t-il. Son aïeul aurait refusé et proposé à Samori de prêter serment sur un exemplaire authentique du Saint Coran. « Samori Touré a alors été contraint d’y prêter serment et de signer le pacte de paix, avant de repartir », déclare-t-il. Interrogé sur le lieu exact de cette cérémonie – la mosquée de Kôkô, selon une opinion locale –, l’imam se montre toutefois prudent : « Je ne sais pas si cet événement s’est déroulé à la mosquée de Kôkô ou dans un autre lieu. »

 

À quinze kilomètres de Bondoukou, à Sorobango, une mosquée à l’architecture soudanaise serait, selon la légende urbaine, celle de Samori Touré. « C’est archifaux ! », martèle l’imam Mama Ouattara, recteur des lieux. « Ce n’est pas la mosquée de Samori. D’ailleurs, il n’y a jamais prié. C’est plutôt son fils Sarankéné-Mori qui y est venu prier », persifle-t-il. Des émissaires de Samori Touré, dont son fils, seraient venus à Sorobango, où les aïeux du village leur auraient adjoint des hommes pour accompagner leur conquête et l’expansion de l’islam. La mosquée existait déjà à leur arrivée, la région étant, selon l’imam, déjà convertie à l’islam – ce qui explique, dit-il, l’absence de bataille à Sorobango.

 

Le directeur régional du Tourisme du Gontougo, Saraka Jules Damas, estime pour sa part que Samori Touré n’est pas entré dans la ville. Il juge néanmoins nécessaire, en sa qualité de responsable local du tourisme, d’intégrer les symboles attribués au conquérant dans un projet de tourisme urbain : aménagement de la maison ou de la mosquée de Samori Touré, création d’un musée dédié, restauration complète du site géré par un comité de gestion.

Ce que disent les historiens

 Le Noir de Bondoukou. Koulangos-Dyoulas-Abrons, etc., de Louis Tauxier (éditions Ernest Leroux, 1921), l’un des premiers ouvrages à documenter le passage des forces de Samori Touré dans la région.

 

À l’université de Bondoukou, le Dr Ouattara Mamadi Noumtchè, historien et enseignant-chercheur, nous recommande le livre Le Noir de Bondoukou. Koulangos-Dyoulas-Abrons, etc., de Louis Tauxier (Ernest Leroux, 1921). Dans cet ouvrage, l’administrateur des colonies confirme le passage des forces de Samori Touré dans la région, en s’appuyant sur des témoignages locaux et des rapports français.

Sur l’occupation de 1895, le capitaine Tauxier ne décrit pas Samori Touré comme personnellement présent à Bondoukou : c’est son fils Sarankéné-Mori qui dirige l’expédition en septembre de la même année. « Se tournant vers l’est, il envoya son fils Sarankyé-Mori […] s’emparer de Bondoukou. […] Sarankéné-Mori entra dans la ville abandonnée, la pilla, et établit son camp […] », rapporte l’auteur. Il s’agit, selon lui, d’une conquête militaire s’inscrivant dans l’expansion de l’empire samorien vers l’est, après des revers contre les Français : les sofas pillent la ville, installent un lieutenant nommé Bakari et exploitent les divisions locales, tandis que la population dyoula et abron se réfugie souvent en Gold Coast – actuel Ghana.

 

À Abidjan, Jean-Noël Loucou, professeur d’histoire contemporaine, nous oriente vers la thèse d’Yves Person, Samori, une révolution dyula (IFAN, Dakar, 1968-1975), et vers l’ouvrage d’Emmanuel Terray, Une histoire du royaume abron du Gyaman (Karthala, 1995).

 

Person y détaille l’implantation samorienne dans le pays kulango-abron entre 1895 et 1897 : après la conquête rapide du Gyaman et l’entrée à Bondoukou en juillet 1895, l’almamy y déploie plusieurs milliers de sofas, impose sa domination aux autorités abron et relance les circuits commerciaux. Cette implantation se heurte cependant à la résistance des autorités abron, qui chercheront finalement l’appui britannique. Pour Person, Samori convoite Bondoukou parce que la ville se situe sur l’axe de son expansion vers l’est et la Gold Coast, lui permettant d’accéder à des captifs, des marchés, des armes, des chevaux et des munitions.

 

Emmanuel Terray, de son côté, n’apporte pas de réponse catégorique à la question de la présence personnelle de Samori à Bondoukou dans son ouvrage principal, issu d’une thèse d’État soutenue en 1984. Son livre retrace avec précision la conquête du Gyaman par les armées samoriennes, sans permettre d’affirmer avec certitude que Samori lui-même est entré dans la ville – une question qui demeure débattue. Terray situe l’invasion du royaume par les sofas au printemps 1895, avant l’occupation française de 1897-1898. Il rappelle qu’avant la conquête samorienne, Bondoukou appartenait à un système politique plus vaste, le royaume du Gyaman, fondé vers 1690. Prudent, Terray ne peut être invoqué comme une preuve formelle de l’entrée de Samori dans la ville. Toutefois, dans un résumé plus tardif de ses recherches, l’historien se fait plus affirmatif : « Samori entre à Bondoukou le 10 juillet 1895. » Une formulation plus explicite que celle des extraits accessibles de Person.

 

Un troisième texte mérite d’être cité : l’article d’Akbar Muhammad, « The Samorian Occupation of Bondoukou : An Indigenous View » (The International Journal of African Historical Studies, 1977), appuyé sur un manuscrit arabe local. L’auteur décrit l’occupation de la ville par les forces de Samori Touré, sans affirmer explicitement que le conquérant y est entré physiquement ; il détaille en revanche la conquête de Bondoukou, achevée en 1895, avant que les Français n’en prennent possession en décembre 1897. Or, « Samori conquiert » ou « occupe » Bondoukou ne signifie pas nécessairement que « Samori entre lui-même » dans la ville – une nuance que les archives militaires françaises entretiennent également, évoquant tour à tour « la prise de Bondoukou par Samori » ou « Bondoukou tombée aux mains de Samori », sans toujours préciser si l’almamy était lui-même présent.

 

 

 

Conquérir n’est pas entrer : la nuance qui divise

 

Au terme de cette enquête, une distinction s’impose entre l’occupation du Gyaman par les sofas et la présence physique de Samori Touré dans la ville de Bondoukou. Les traditions orales recueillies sur place sont profondément divergentes : certains témoins affirment que Samori est venu en personne jusqu’à Bondoukou ; d’autres soutiennent avec la même conviction qu’il est resté aux abords de la ville, ses sofas seuls pénétrant dans la région.

Du côté des historiens, la nuance est tout aussi déterminante. Les campagnes militaires menées « au nom » de Samori étaient souvent exécutées par ses généraux, sans que ses propres déplacements coïncident nécessairement avec ceux de toutes ses colonnes. Les historiens écrivent fréquemment que « Samori attaque », « Samori marche sur » ou « Samori prend » telle ou telle ville – des formulations qui désignent tantôt sa présence physique, tantôt le simple fait qu’il commandait l’opération à distance. Il faut donc distinguer le sujet grammatical et militaire d’une phrase – « Samori prend Bondoukou » – de la réalité d’une présence physique dans la ville.

Sur ce point précis, seul Emmanuel Terray apporte une réponse aussi nette que possible : « Samori entre à Bondoukou le 10 juillet 1895. » Une date, une formule, qui tranche – provisoirement – un débat vieux de plus d’un siècle. Mais elle ne dissipe pas pour autant la controverse locale : entre mémoire collective, enjeux touristiques et rigueur des sources, Bondoukou continue d’écrire, jour après jour, sa propre histoire de Samori Touré.

 

 

Patrick KROU, envoyé spécial à Bondoukou.

 

 

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Samori Touré, l’enfant de la prophétie

 

Né vers 1830 en Guinée, Samori Touré fonde l’empire du Wassoulou, un État mandingue musulman qui s’étend sur les actuels territoires de la Guinée, du Mali, de la Sierra Leone et du nord de la Côte d’Ivoire. Résistant farouche à la colonisation française dès 1882, il mène une guerre mobile jusqu’à sa capture à Guélémou, en 1898, près de la rivière Cavally. Il est ensuite exilé au Gabon, où il meurt le 2 juin 1900, à l’âge de 77 ans. Surnommé le « Napoléon africain », il demeure une figure majeure de la résistance anticoloniale.

Selon un récit transmis de génération en génération jusqu’à Gbané Bacary, la naissance de Samori est annoncée par un oracle, à Kong, cité alors réputée pour son savoir et son rayonnement religieux. Un enfant au destin exceptionnel, à la fois grand et redoutable, doit y naître.

Craignant cette prophétie, les sages éloignent de la ville le jeune homme, Lanfia Touré, qui s’installe à Kankan, en Guinée. Il y consolide son éducation religieuse avant d’épouser Sogonan Kadjan, avec laquelle il a un fils : Samori Touré.

Très jeune, celui-ci se distingue par son intelligence et son goût pour la religion. Il se lie d’amitié avec Alpha Yaya Diallo, futur roi peul de Labé, qui devient l’un de ses plus fidèles soutiens logistiques.

C’est fort de cette formation que Samori Touré entreprend, quelques années plus tard, ses campagnes de conquête à travers la sous-région.

 

P.K

 

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Les carquois de Samori : artefacts ou trophées ?

 

Le musée des Arts et des Traditions de Bondoukou expose, depuis le mardi 13 janvier 2026, deux carquois – des étuis en tubes de bois recouverts de cuir patiné – ainsi que des flèches aux pointes acérées en fer forgé, réputées empoisonnées. Ces objets, datant des années 1880, auraient appartenu à deux combattants : Sarankényi-Mori, fils de Samori Touré, et son lieutenant Bakari-Sanasi.

Selon les informations recueillies au musée, ces pièces auraient été acquises au début du XXᵉ siècle, lors d’une vente aux enchères, par Jules François Marie Joseph Larcher (1884-1920), peintre français, ancien directeur de l’École des Beaux-Arts puis du Musée des Beaux-Arts de Nancy, et membre fondateur de l’École de Nancy. Conservées ensuite en France comme trophées de guerre après l’arrestation des deux hommes par les troupes coloniales, elles auraient été retrouvées et rachetées, il y a plus de dix ans, par Daouda Ouattara, descendant Nafana, soucieux de préserver cette mémoire, avant de rejoindre les collections du musée de Bondoukou.

Au-delà de leur valeur patrimoniale, ces artefacts sont aujourd’hui au cœur de la controverse locale : pour certains, ils prouvent la présence de la famille de Samori Touré à Bondoukou ; pour d’autres, ils attestent seulement du passage de ses fils, sans démontrer que le conquérant y a lui-même séjourné.

 

P.K

 

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La « mosquée de Samori » en ruine : une course contre le temps

Le défi pour la restauration de l’édifice établi par l’ouvrier Mahamadou Nioumanta

 

La maison des hôtes du quartier Malagasso, patrimoine de la famille Touré traditionnellement associée par la légende urbaine à Samori Touré, tombe aujourd’hui en ruine. Touré Seydou, chef de famille, s’est engagé dans sa restauration et a fait appel aux services de Nioumanta Mahamadou, artisan maçon venu de Djenné, au Mali. Selon le devis établi par ce spécialiste, l’ensemble des travaux – restauration et main-d’œuvre comprises – représenterait un coût d’environ 4 millions de francs CFA. Au 2 février dernier, un premier devis portant sur sept postes de travaux, dont l’achat et le concassage de banco et la réparation du bâtiment, s’élevait déjà à 2 522 500 francs CFA.

Faute de pouvoir réunir une telle somme – la famille Touré, aujourd’hui modeste famille de bijoutiers, étant loin d’être riche comme Crésus –, chaque membre contribue selon ses moyens au financement du chantier, entamé le 10 février. « Chaque membre apporte une participation modeste, mais ces contributions restent insuffisantes pour financer un chantier d’une telle ampleur », déplore le patriarche Touré Seydou.

Il précise ne pas vouloir attendre exclusivement un financement de l’État ou d’une institution comme l’Unesco. « Toute personne ou structure qui souhaite contribuer est la bienvenue. L’essentiel est de mobiliser des soutiens afin de lancer les travaux. »

 

P.K

 

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L’empire du Wassoulou et son expansion vers l’est

 

Fondé vers 1860 par Samori Touré, l’empire du Wassoulou s’étend rapidement sur les actuels territoires de la Guinée, du Mali, de la Sierra Leone et du nord de la Côte d’Ivoire. Cet État mandingue musulman, structuré autour d’une armée professionnelle (les sofas) et d’un réseau commercial transsaharien, devient l’un des principaux obstacles à la colonisation française en Afrique de l’Ouest.

Entre 1895 et 1897, les armées samoriennes conquièrent le royaume du Gyaman (dont Bondoukou est la capitale), contrôlant ainsi les routes de l’or et des caravanes. Cette expansion vers l’est vise à sécuriser l’accès aux armes, aux chevaux et aux munitions, notamment via les comptoirs britanniques de la Gold Coast (actuel Ghana).

 

 

P.K