Traite des mineurs en Côte d’Ivoire : le piège de l’or, de Gagnoa aux mines clandestines du Mali

Traite des mineurs en Côte d’Ivoire : le piège de l’or, de Gagnoa aux mines clandestines du Mali

10/09/2026 - 10:28
Traite des mineurs en Côte d’Ivoire : le piège de l’or, de Gagnoa aux mines clandestines du Mali
Monnet Ngbesso Christelle, responsable du centre social du complexe socio-éducatif de Gagnoa, entourée des six mineurs de Nagadoukou, lors de leur remise à leurs parents, le lundi 23 février 2026, dans les locaux du service régional de la Police judiciaire à Gagnoa.

Ce mercredi 4 février 2026, à Nagadoukou, petit village enclavé de la sous-préfecture de Yopohué, dans le département de Gagnoa (région du Gôh), six enfants âgés de 11 à 17 ans quittaient leurs maisons avant l’aube, persuadés de partir « ramasser des noix de cajou à Yamoussoukro ». Que nenni ! Leur route devait les mener vers les mines d’or clandestines du Mali. Nous sommes allés à la rencontre de ces miraculés du sort. Reportage.

Le soleil a tenu sa promesse ce mardi 10 mars 2026, lors de notre visite à Nagadoukou. La veille, une averse s’était abattue dru sur ce village discret de la sous-préfecture d’Ouragahio, dans la région du Gôh. La terre rouge était gorgée d’eau. Des flaques d’eau parsemaient le chemin en latérite qui serpente vers l’école primaire.

Sur ce chemin, un garçon avance. Cartable au dos, uniforme impeccable, TB a 15 ans et l’air de quelqu’un qui réfléchit trop pour son âge. Il a occupé le troisième rang à la dernière composition. Il a une vie devant lui.

Et pourtant, le mercredi 4 février dernier, cette vie a failli s’arrêter net.

Tout a commencé par un nom : DK. Ressortissant malien, de 5 ans son aîné, DK connaissait les mots qu’il fallait. Il n’a pas dit « Mali ». Il n’a pas dit « mine ». Il a dit « Yamoussoukro ». Il a dit « travail ». Il a dit « ramasser des noix de cajou ». Et surtout, il a dit : « Je vous paierai sur place, dès que vous aurez commencé. »

« Je ne savais pas que c’était au Mali. DK m’a dit qu’on allait à Yamoussoukro pour travailler. Il n’a pas précisé le travail. Juste “travailler”. Ramasser des noix de cajou. Il a dit qu’on serait payé sur place après avoir commencé », confie le jeune Ivoirien, la voix en trémolo, la tête entre ses deux mains.

Si ce natif de Seizra, dans la localité de Gohitafla, a répondu aux sollicitations du présumé recruteur, c’est par amour : celui d’un fils qui voulait arracher sa famille à la pauvreté. Pas par vice. Il n’en a soufflé mot à personne. Surtout pas à son oncle, Tra Bi Irié Jonas, fils du grand frère de sa mère, agent d’Anader à Sinfra, qui veille sur lui depuis 2022 et finance ses études. Alors que ses parents biologiques, dépourvus de ressources financières, avaient déjà tracé pour lui la voie de la mécanique automobile. C’est cet homme, son tuteur, qui a reçu l’appel ce soir-là. « Le soir, son maître m’a appelé pour dire qu’il n’était pas à l’école. J’ai contacté sa mère, qui n’avait pas vu l’enfant depuis le matin. Puis on m’a dit que des enfants avaient été arrêtés à Gagnoa. C’est comme ça que j’ai su », raconte Tra Bi Irié Jonas, la voix hésitante.

À quelques maisons de là, KY, 13 ans, avait lui aussi mordu à l’hameçon. Déscolarisé depuis le CP2, sans emploi, il attendait que la vie lui propose quelque chose. La vie ne lui a rien proposé. DK, si. « Quand on arrive à Yamoussoukro, je te dirai combien je te paie », promet le présumé rabatteur.  

Lorsque la police lui révèle la destination réelle - le Mali, les mines clandestines, l’orpaillage forcé -, le jeune burkinabé a l’impression que le monde s’effondre. Des visions l’envahissent : exploitation, travail forcé, et ces histoires de sacrifices rituels que murmurent les adultes. « J’ai vu la mort dedans », dit-il aujourd’hui, la main sur le cœur. Son oncle, Kabré Jean-Pierre, pointe un index accusateur vers DK : « Les messages sur le téléphone portable de DK montraient qu’il partait vers le Mali. Les enfants ont réalisé là-bas que c’était pour le Mali, pas pour Yamoussoukro. C’est là que la peur est arrivée. »

DM, lui aussi 12 ans, déscolarisé après trois échecs successifs à l’entrée en 6e, rêvait de mécanique. Il avait confié ce désir à son frère aîné, qui l’avait écouté distraitement, espérant que le cadet finirait par retrouver le chemin de l’école. La nuit du départ, ce jeune burkinabé quitte le domicile familial vers 23 heures, direction la bicoque de DK. Là, les six comparses passent le temps devant des vidéos TikTok. Puis, à 4 heures du matin, sans crier gare, sans adieu, ils partent.

Personne n’a parlé de salaire concret. Personne n’a posé la question. « On n’a jamais parlé du salaire », reconnaît DM.

Quand les forces de l’ordre interviennent, il découvre la vérité : il aurait fini lampiste, hercheur ou traîneur dans une mine de fortune quelque part au pays de Modibo Keïta. Les larmes perlent sur ses joues : « J’ai eu peur parce que j’ai compris que DK ne nous disait pas la vérité. »

Pour s’assurer que ses proies ne rebroussent pas chemin, DK avait soigné l’investissement. Soixante mille francs CFA sortis de sa poche : les transports du village Nagadoukou jusqu’à Gagnoa - mille trois cents (1300) francs par tête -, un déjeuner de riz et pâte à mille (1000) francs, les tickets de car pour Yamoussoukro à quatre mille (4000) francs chacun.

SK, 17 ans, d’origine nigérienne, voyait en DK un grand frère. Ils fréquentaient la même école franco-arabe du village. Il lui faisait confiance les yeux fermés. Ses notes au CM2 n’étaient guère reluisantes, et l’argent promis représentait « un espoir ».

Son tuteur, Mahamadou Bassirou Younoussa, s’était levé à 5 heures du matin pour la prière, comme chaque jour. Il avait voulu réveiller l’enfant. La chambre était vide. Il a pris une moto, vérifié les camions qui partent tôt, cherché partout. Rien. Ce n’est qu’à 13 heures qu’un appel lui annonce que des enfants ont été interceptés à Gagnoa. « L’enfant allait bien à l’école. On avait même payé une deuxième partie des frais de scolarité récemment. Je ne sais pas ce qui l’a poussé à partir. Peut-être les autres enfants l’ont influencé », rejette-t-il la faute.

GI, Burkinabé de 11 ans, lui, s'est recroquevillé sur lui-même depuis l'incident. Il ne sort plus. Il ne parle plus beaucoup. Son père, Danébé Ichaka, avait pourtant tout fait - jusqu'à payer soixante mille (60 000) francs CFA pour apprendre la mécanique chez un particulier. L'enfant n'y avait jamais mis les pieds. « La cupidité, l’avidité de l'argent rapide », dit le père avec douleur.

Quant au sixième enfant, SI, Ivoirien de 15 ans, orphelin de père, dont le grand frère aîné veillait sur lui - il n'a pas pu être interviewé en son absence (respect des droits des enfants, accord parental, oblige). Mais cet aîné, Sangaré Souleymane, témoigne au téléphone : « Jamais cela n'était arrivé auparavant. Il ne sortait jamais. Le soir-là entre 18 et 20 heures, il était à la maison. Et le matin, il n'était plus là. » L'effet de groupe. Les mauvaises fréquentations. DK avait parlé. Et SI avait suivi. Aujourd'hui, dit son frère, son petit frère regrette : « Il m'a dit qu'il n'avait jamais prévu de voyager. Il m'a dit qu'il ne veut plus repartir. »

Dix-neuf jours de détention, puis le retour à la vie normale

Vue des locaux du service régional de la Police judiciaire de Gagnoa, où les mineurs interceptés ont séjourné le temps de l’enquête

Après dix-neuf jours de détention provisoire dans les locaux de la police judiciaire, et sur instruction du parquet, le service régional de la Police judiciaire de Gagnoa a remis, le lundi 23 février 2026, les six mineurs aux services sociaux de la ville.

Selon Monnet Ngbesso Christelle, responsable du centre social du complexe socio-éducatif de Gagnoa, son service est parvenu à retrouver les parents des enfants et à procéder à leur remise officielle dans les règles de l’art.

L’assistante sociale qui les avait découverts à la gare, avant leur embarquement, décrit des enfants dans un état psychologique particulier. « Les enfants semblaient enthousiastes. Ils disaient qu’ils partaient travailler pour gagner de l’argent. Certains parlaient d’un contrat de deux ans, sans réellement comprendre ce que cela impliquait. Ils paraissaient convaincus qu’ils allaient gagner de l’argent facilement. Cependant, ils étaient dans un état négligé : sales et visiblement livrés à eux-mêmes, ce qui a également attiré notre attention », précise la responsable du centre social.

Si la plupart n’avaient pas conscience d’être victimes de traite de personnes et piaffaient d’impatience de partir travailler, un détail retient l’attention. « Seul l’un d’entre eux semblait avoir compris qu’il y avait quelque chose d’anormal. Les autres étaient persuadés qu’il s’agissait d’un travail temporaire », relève Monnet Ngbesso Christelle.

La responsable assure qu’un accompagnement psychosocial a été dispensé aussi bien aux mineurs qu’à leurs familles. « Avant de remettre les enfants à leurs parents, ils ont bénéficié d’un accompagnement psychosocial, avec des séances de sensibilisation et de conseil. Nous avons également échangé avec les parents pour leur expliquer les dangers de la traite des enfants et l’importance de surveiller les déplacements des mineurs », rassure-t-elle.

La responsable du centre social du complexe socio-éducatif ne cache pas son inquiétude face à l’ampleur du phénomène dans la région du Gôh. « Selon les informations recueillies auprès des populations, ce phénomène existe déjà dans certains villages. Des individus viennent convaincre les enfants de partir travailler ailleurs », prévient-elle. Pour y faire face, des mesures concrètes sont envisagées, notamment des campagnes de sensibilisation dans les villages afin d’informer parents et jeunes sur les risques liés à la traite des enfants.

Enfin, pour fédérer les énergies autour de cette problématique et mobiliser l’ensemble de la population ivoirienne, Monnet Ngbesso Christelle sonne le tocsin : « Il est important que les populations signalent rapidement toute situation suspecte aux autorités. Dans ce cas précis des six mineurs, si l’alerte n’avait pas été donnée à temps, les enfants auraient déjà quitté la ville. Notre mission reste la protection des enfants et la lutte contre la traite des mineurs ».

Le même jour (lundi 23 février), les deux suspects – DK et son complice TS, Ivoirien de 47 ans - ont été déférés devant le procureur de la République près le Tribunal de Gagnoa pour répondre des faits de traite d’enfants en association à des fins d’exploitation économique.

 

Un système bien plus vaste qu'un seul homme

 

Majesté Tchiffy Ménésso Zahui Bernardin, chef du village de Nagadoukou.

Le chef du village de Nagadoukou, Sa Majesté Tchiffy Ménésso Zahui Bernardin, à la tête d’une communauté forte d’environ treize mille (13 000) habitants, reconnaît son impuissance face à un phénomène qu’il observe depuis environ deux ans. Les jeunes reviennent des mines ramènent souvent de l’argent ou des motos. C’est un spectacle qui exerce une force d’attraction considérable sur leurs camarades, alimentant l’attrait pour ce mode de vie, malgré les nuisances que ces engins causent au village : bruit nocturne, accidents mortels à répétition. Pour tenter d’enrayer ce phénomène, le chef organise régulièrement des réunions avec les communautés et les chefs de famille, et sollicite les responsables religieux pour relayer des messages de sensibilisation. Mais il l’admet avec une certaine amertume : certains jeunes n’écoutent pas toujours les conseils des adultes, et continuent de s’organiser pour quitter le village en toute discrétion.

 

Une Brigade des mineurs en projet à Gagnoa

 

À Gagnoa, l’interception de six mineurs à la gare a révélé l’efficacité d’une chaîne d’alerte bien rodée. Un agent du service social, remarquant des enfants s’apprêtant à voyager sans accompagnement parental, donne l’alerte. Le commissariat du 2e arrondissement prend le relais, avant que le dossier ne soit transmis à la police criminelle, plus outillée pour ce type d’enquête. « C’est du ressort de la brigade des mineurs, mais comme elle n’était pas disponible, nous nous sommes dit que la police criminelle, formée à la même matière, pouvait aussi mener l’enquête », explique le Colonel Gbeu Bamba, chef du service de la Police judiciaire régional du Gôh (Police économique, BRI et Police judiciaire).

L’exploitation du téléphone du jeune convoyeur (DK), combinée à la collaboration des enfants, permet aux enquêteurs d’anticiper l’opération et d’interpeller les personnes impliquées à Tingréla, dans le nord du pays. « Nous travaillons en synergie, et ça marche bien », résume le Colonel-commissaire.

Cette réussite opérationnelle intervient toutefois dans un contexte où les dispositifs spécialisés restent insuffisants : le District du Gôh-Djiboua ne dispose encore d’aucune section de la Brigade des mineurs, un manque comblé jusqu’ici par les agents de la BRI, alors même que le phénomène est en pleine croissance. Face à ce constat, les autorités locales annoncent l’ouverture prochaine d’une antenne dédiée à Gagnoa.

Le Colonel Gbeu Bamba appelle par ailleurs à une co-responsabilité civile : parents, enseignants et leaders communautaires doivent devenir des relais actifs de vigilance, et non de simples témoins. « La Police nationale se veut une police de proximité », rappelle-t-il, invitant chacun à signaler tout cas suspect et à sensibiliser les enfants à dénoncer eux-mêmes les trafiquants.

Cette mobilisation de terrain s’inscrit dans un arsenal juridique national conséquent, porté notamment par la loi n° 2010-272 et le Plan d’action national 2025-2029 - un cadre solide qui doit désormais s’accompagner de moyens humains et matériels renforcés sur le terrain.

 

La compagnie UTB se défend de tout manquement

 Vue des autocars de la gare UTB de Gagnoa, principal point de départ et d’arrivée des voyageurs.

Du côté de la compagnie de transport, on se défend de tout manquement. Le chef de gare de la compagnie UTB à Gagnoa, Yoboué Ettien, explique que les enfants étaient accompagnés d’un jeune homme qui s’est présenté seul au guichet pour acheter l’ensemble des billets, avant que les mineurs ne se glissent simplement dans la file d’attente au moment de l’annonce du départ. Rien, défend-il, ne permettait alors de présumer une situation anormale. Les agents de gare, rappelle-t-il, ne peuvent pas systématiquement suspecter les intentions de chaque passager : des mineurs voyagent fréquemment seuls, y compris des adolescents de 12 ou 15 ans, parfois même à la demande explicite de leurs propres parents souhaitant qu’ils rejoignent un membre de la famille ailleurs dans le pays.

Pour ce responsable, il serait difficile, voire injuste, d’exiger des agents de transport qu’ils considèrent automatiquement comme suspect le déplacement d’un groupe de jeunes munis de billets en règle. La vocation première d’une compagnie de transport, insiste-t-il, est d’assurer le déplacement des passagers, non de contrôler leur situation familiale. Il se dit néanmoins ouvert au dialogue, invitant chercheurs et enquêteurs à venir observer directement le travail quotidien des agents de gare.

Le cas de Nagadoukou n’est pas isolé. Selon l’UNICEF, des milliers d’enfants ouest-africains sont chaque année victimes de traite à des fins d’exploitation minière, notamment vers le Mali, le Burkina Faso et la Guinée.

L’Organisation internationale du Travail (OIT) estime que près de 20% des enfants travaillant dans les mines artisanales d’or en Afrique de l’Ouest sont âgés de moins de 15 ans, exposés à des conditions dangereuses : manipulation de mercure, effondrements de galeries, maladies respiratoires. 

Face à cette crise régionale, les États de la CEDEAO ont multiplié les accords de coopération transfrontalière, mais les trafiquants, eux, adaptent leurs méthodes, recrutant désormais via des intermédiaires locaux et les réseaux sociaux. Comme le souligne Monnet Ngbesso Christelle : « Seule une mobilisation collective, des villages aux institutions internationales, permettra d’enrayer ce phénomène. »

 

Patrick KROU, envoyé spécial à Gagnoa.

 

 

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La gare qui a tout changé

 

À 6h45, ce mercredi 4 février 2026, la gare UTB de Gagnoa grouille de monde : cars alignés en rang d’oignons, moteurs qui vrombissent, klaxons qui déchirent l’air humide du matin, ballet incessant de voyageurs. Six mineurs s’y présentent, accompagnés d’un seul jeune homme d’une vingtaine d’années. Leur enthousiasme, presque trop visible pour des enfants, attire l’attention d’un voyageur inconnu, en attente du même car pour Yamoussoukro.

Ce qui l’interpelle : six enfants, un seul adulte, aucun parent en vue. Quand il voit le jeune homme s’avancer au guichet, réclamer sept titres de transport et régler 28 000 FCFA en liquide, ses soupçons se transforment en certitude. Sans hésiter, bien qu’il soit encore très tôt, il alerte sa connaissance Kouassi Arthur Franck, chargé de la planification, de l’information et de la documentation à la Direction Régionale de la Famille, de la Femme et de l’Enfant (DRFFE). Celui-ci réveille à son tour sa responsable hiérarchique pour lui rendre compte de l’information. En l’espace d’une dizaine de minutes, la machine institutionnelle se met en ébranle : l’agent de DRFFE se rend sur place dès 7h15, Monnet Ngbesso Christelle, assistante sociale et responsable du centre social de Gagnoa, le rejoint dans la foulée.

L’assistante sociale s’approche de l’accompagnateur (DK). « Nous venons de Nagadoukou. Avec mes amis, je pars à Yamoussoukro pour travailler dans un champ d’anacarde du père de l’un de mes camarades, pour deux jours », tente d’expliquer DK. Drabo Mahamadou, plus loquace, confirme : transit pour Yamoussoukro, travaux champêtres dans une plantation. Mais les regards fuyants, les incohérences entre les récits, ne trompent pas une personne avertie. Le diagnostic tombe, net : cas typique de traite d’enfants déguisée en opportunité de travail. La DRFFE saisit la direction régionale de la solidarité et de la lutte contre la pauvreté qui a, à son tour, alerté la police.

Une patrouille du commissariat du 2e arrondissement intercepte le groupe avant l’embarquement. L’examen du téléphone de DK révèle la vérité crue dans des échanges WhatsApp : la destination réelle n’était pas Yamoussoukro, mais Tingréla, ville frontalière du nord du pays, où un complice attendait pour acheminer les enfants jusqu’au Mali - vers les sites d’orpaillage clandestins, et l’exploitation qui les accompagne.

P.K

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Le calvaire d'un père

 

Dougnon Liasse raconte l’arrestation de son fils DK. Selon lui, son fils est âgé de 15 ans. Il a été intercepté à la gare de Gagnoa avec d’autres enfants sans accompagnement d’adulte. Cinq mois après les faits, DK reste incarcéré : « Il est en prison sous mandat de dépôt, mais son procès n’a pas encore eu lieu. »

Le père décrit un recrutement organisé par OS, un homme originaire du Burkina Faso vivant à Zégripa, actif dans les mines d’or au Mali, qui « avait montré aux enfants des vidéos des sites où ils travaillaient afin de les convaincre. » « Aucun parent n’avait été prévenu. Moi, Je ne savais absolument rien », jure-t-il.

Dougnon Liasse insiste sur l’innocence de son fils : « DK n’était ni un délinquant, ni un habitué de ce genre de situation », ajoutant qu’il « a simplement été manipulé. »

Il attribue ce phénomène à l’attrait de l’argent facile : les jeunes « voient ceux qui reviennent avec de l’argent ou une moto neuve et veulent faire comme eux. »

Il lance un appel pressant : « Je demande aux autorités de renforcer les campagnes de sensibilisation dans les villages, les mosquées, les églises pour protéger les enfants des filières de traite et d’exploitation minière. »

P.K

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Le CNDH tire la sonnette d'alarme sur la traite des enfants dans le Gôh

 

Diarrassouba Daouda Moussa, représentant régional de la CNDH dans le Gôh, alerte sur les nouvelles stratégies des trafiquants de migrants et la vulnérabilité des jeunes.

 

Diarrassouba Daouda Moussa, président local du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) pour la région du Gôh, confirme l’existence de réseaux transfrontaliers structurés. Il explique que le processus « commence souvent par un recruteur qui s’appuie sur des personnes de confiance au sein de la communauté pour identifier des individus vulnérables. »

Les familles les plus pauvres sont les premières ciblées. Les trafiquants ou les recruteurs leur proposent un salaire pour l’enfant, dont « une partie, par exemple 15 000 FCFA, serait envoyée aux parents » - une offre qui, pour des ménages en grande difficulté, « peut sembler avantageuse. »

Les méthodes de recrutement se sont sophistiquées. Désormais, « ils recrutent un jeune majeur, souvent âgé d’environ 18 ans, qui devient un intermédiaire », rendant le trafiquant principal difficile à identifier. Les mineurs exploités se retrouvent notamment « dans les sites d’orpaillage clandestins », des zones où prolifèrent aussi « la prostitution, le trafic de drogue, les braquages. »

Diarrassouba Daouda Moussa pointe également la responsabilité du manque de surveillance familiale : « les parents n’étaient pas informés du départ de leurs enfants », un défaut de suivi qui « facilite malheureusement le départ des enfants vers des aventures dangereuses. »

Face à ce fléau, la CNDH mise sur la prévention. L’organisation concentre ses efforts sur « la sensibilisation des populations, l’information des jeunes sur les dangers de la migration irrégulière et la coordination avec les acteurs judiciaires et sociaux pour la prise en charge des victimes », convaincue que seule une mobilisation collective permettra d’enrayer ce phénomène.

 

P. K

 

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Un cadre juridique complet pour lutter contre la traite des enfants

Visuel du CNS montrant un enfant éboueur. Photo DR.

 

La Côte d’Ivoire s’est dotée d’un arsenal législatif conséquent pour lutter contre la traite et le trafic des mineurs à des fins d’exploitation économique. Parmi les principales mesures figurent le Comité National de Surveillance des actions de lutte contre la Traite, l’Exploitation et le Travail des Enfants (CNS), créé par décret en 2011 et piloté par la Première Dame Dominique Ouattara, l’arrêté de 2017 fixant la liste des travaux légers autorisés aux 13-16 ans, ainsi que la loi n° 2010-272 interdisant la traite et les pires formes de travail des enfants. Les principales missions du CNS sont de suivre et évaluer les actions du gouvernement et des acteurs nationaux, en matière de lutte contre la traite d’enfants et les pires formes de travail des enfants en Côte d’Ivoire.

La mesure phare reste le Plan d’action national (PAN) 2025-2029, qui définit trois priorités : améliorer l’accès des enfants aux services sociaux de base et à un travail décent, réduire la vulnérabilité socio-économique des familles, et renforcer les cadres institutionnels et juridiques de lutte contre le travail des enfants.

Sur le plan international, le pays a ratifié plusieurs conventions de l’Organisation internationale du Travail (OIT). Conformément à l’article 7 de la convention n° 138, les travaux légers autorisés aux 13-16 ans sont ceux qui ne nuisent ni à la santé, ni au développement, ni à la scolarité de l’enfant - à l’exclusion des activités liées à l’apprentissage ou à la formation professionnelle agréée.

À l’inverse, les travaux dangereux sont strictement interdits. Selon la recommandation n° 190 de l’OIT, cela inclut les travaux exposant à des sévices physiques ou sexuels, ceux effectués sous terre, sous l’eau ou en espace confiné, ceux impliquant des machines ou le port de lourdes charges, ainsi que ceux réalisés de nuit, sur de longues heures ou dans un environnement dangereux.

 

P.K