Gagnoa : à 15 ans, Kouassi Ange fait de ses vacances une école du courage
Gagnoa : à 15 ans, Kouassi Ange fait de ses vacances une école du courage
Admis en seconde C, le jeune garçon préfère le bruit des jets d'eau et des moteurs à l'oisiveté des longues vacances. Au lavage automobile, il apprend déjà les premières leçons de la vie.
Les vacances scolaires ont leurs habitudes. Elles offrent du repos aux uns, des jeux aux autres, parfois de longues journées sans véritable objectif. Mais, à Gagnoa, un adolescent de 15 ans a choisi un autre chemin : celui du travail.
En face de la place Gbagbo, dans un service de lavage automobile où se succèdent voitures, motos et tricycles, Kouassi Ange ne porte ni uniforme scolaire ni cartable. À la place, il tient une éponge, un chiffon et un tuyau d'eau. Son regard reste pourtant celui d'un élève : celui d'un jeune qui sait que les vacances ne sont pas seulement faites pour attendre la rentrée, mais aussi pour apprendre.
L'équipe de reportage de LESCOLAIRE et d'INFODIRECTE.NET l'a rencontré ce lundi 13 juillet 2026. Sous un soleil généreux, le jeune garçon travaille avec application. Chaque véhicule reçoit la même attention, chaque client le même respect. Rien ne laisse penser qu'il découvre seulement le monde professionnel. Il agit avec une étonnante maîtrise.
Admis en seconde C après son année de troisième au Lycée Moderne 1 de Gagnoa, Kouassi Ange aurait pu choisir le repos. Il a préféré acquérir une autre richesse : l'expérience.
Du matin jusqu'à la fin de la journée, il enchaîne le lavage des automobiles, mais aussi celui des motos et des tricycles, nombreux dans cette partie de la ville. Les gestes se répètent, les efforts aussi. Pourtant, aucun signe de lassitude ne se lit sur son visage.
Au terme de chaque journée, son travail lui rapporte entre 1 000 et 1 500 francs CFA. Une somme modeste, certes, mais qui possède à ses yeux une valeur bien plus grande que son montant. Car derrière chaque billet gagné se cachent des heures d'effort, de patience et de persévérance.
Lorsque nous lui demandons pourquoi il a choisi de travailler pendant ses congés, sa réponse est simple, sans détour, avec cette sincérité propre à son âge.
« J'ai décidé de travailler pendant les congés scolaires parce que je veux apprendre, découvrir le monde du travail et occuper utilement mon temps. Cette activité m'aide à connaître la valeur de l'effort et du courage. Mais l'école reste ma priorité. Je veux réussir mes études et continuer à avancer pour réaliser mes projets », confie Kouassi Ange.
Ses paroles ne ressemblent pas à un discours appris. Elles traduisent une conviction profonde. À seulement 15 ans, il sait déjà que le travail n'est pas un obstacle aux études, mais une école qui enseigne autrement.
Autour de lui, les clients observent ce jeune garçon avec une admiration discrète.
Coulibaly Lacina, venu faire nettoyer son véhicule, ne cache pas son appréciation.
« Je suis heureux de voir un jeune de 15 ans qui profite de ses vacances pour apprendre et travailler au lieu de rester sans occupation. Kouassi Ange montre qu'il a le sens des responsabilités. Ce comportement mérite d'être encouragé, car le travail apprend la discipline et prépare les jeunes à affronter l'avenir. »
Un autre client, qui préfère garder l'anonymat, y voit le symbole d'une jeunesse qui refuse la facilité.
« Quand je vois un jeune élève qui choisit de travailler pendant ses vacances tout en gardant l'école comme priorité, cela me donne de l'espoir pour la jeunesse. Il faut encourager ces jeunes qui comprennent tôt que la réussite demande aussi des efforts et de la détermination. »
Au fil des heures, les véhicules repartent propres. Mais le véritable travail s'accomplit ailleurs. Il se construit dans le caractère d'un adolescent qui découvre, jour après jour, que la ponctualité, la discipline, le respect du client et le goût du travail bien fait sont des leçons qu'aucun manuel scolaire n'enseigne pleinement.
L'histoire de Kouassi Ange rappelle une évidence souvent oubliée : les vacances peuvent être un temps de repos, mais aussi une période de construction personnelle. Elles peuvent préparer l'avenir autant qu'une salle de classe.
Dans quelques semaines, il retrouvera les bancs de l'école avec, dans son cartable, les cahiers de la seconde C. Mais il y emportera aussi quelque chose que les examens ne mesurent pas : l'expérience d'avoir gagné, à la force de ses bras, ses premiers francs CFA et d'avoir compris, très tôt, que le courage est souvent le premier diplôme de la vie.
DJACK ZOLA
