Foncier, Coco et Karité : La Côte d’Ivoire active les leviers de sa nouvelle puissance agricole

Foncier, Coco et Karité : La Côte d’Ivoire active les leviers de sa nouvelle puissance agricole

30/04/2026 - 17:46
Foncier, Coco et Karité : La Côte d’Ivoire active les leviers de sa nouvelle puissance agricole
Foncier, Coco et Karité : La Côte d’Ivoire active les leviers de sa nouvelle puissance agricole

Ce jeudi 30 avril 2026, Bruno Koné, Ministre de l’Agriculture, du Développement Rural et des Productions Vivrières, a été auditionné par la Commission des Affaires Économiques et Financières (CAEF) du Sénat.

Sous l’égide du président de commission Cissé Mamadou, cette séance tenue à la Fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro portait sur l’examen de trois projets de loi de ratification d'ordonnances présidentielles.

Derrière le jargon administratif se cache une ambition claire : faire passer la Côte d'Ivoire d'une agriculture de cueillette à une puissance agricole moderne, numérisée et diversifiée.

Le SIFOR-CI : La fin du calvaire de la gestion foncière manuelle

Le constat dressé par le patron de l’Agriculture est alarmant : entre 2016 et 2024, la sécurisation des terres rurales a piétiné.

En cause ? Une gestion « essentiellement manuelle » entraînant des délais interminables, des coûts exorbitants et une opacité propice aux conflits sociaux.

Pour briser ce plafond de verre, Bruno Koné a présenté aux sénateurs l’ordonnance n° 2025-85 du 12 février 2025, qui crée officiellement le Système d’Information du Foncier Rural (SIFOR-CI). Plus qu’un simple logiciel, cet outil constitue un véritable registre numérique officiel.

« Désormais, 95 % des certificats fonciers seront numérisés. L’objectif est de garantir une transparence totale : de la demande d’acte à sa délivrance, tout sera automatisé », a rassuré le ministre.

En intégrant les terres coutumières à ce processus, l’État sécurise le patrimoine des paysans et rassure les investisseurs. 

C’est la pierre angulaire de la Stratégie Nationale de Sécurisation Foncière Rurale (SNSFR) qui vise, d’ici 2033, à éradiquer la pauvreté en milieu rural par la garantie du droit de propriété.

Le Coco : Le retour en force du « prince du littoral »

Autrefois fleuron de l’économie nationale sous l’ère de la PALMINDUSTRIE, la filière coco a subi de plein fouet la chute des cours de 1986 et les ravages du « jaunissement mortel ».

Pourtant, le potentiel reste immense : 60 000 hectares de plantations et des recettes d’exportation dépassant les 9 milliards de FCFA en 2023.

Face à ce gisement de richesse sous-exploité, l’ordonnance n° 2025-86 siffle la fin de la récréation. « Plutôt que de créer une nouvelle structure budgétivore, le Gouvernement a choisi l’efficacité : la filière coco est désormais rattachée au Conseil de régulation des filières Hévéa et Palmier à Huile », a révélé le ministre devant la Chambre Haute.

L’idée est pragmatique : capitaliser sur l’expertise de régulation existante pour redynamiser le coco sans alourdir les dépenses publiques.

Le Conseil d’Administration de cet organe sera d'ailleurs recomposé pour inclure deux représentants de l’interprofession coco. L’enjeu : transformer la noix brute localement pour capter la valeur ajoutée mondiale.

Le Karité : De l’ombre de la cueillette à la lumière industrielle

Dans le Nord, le Centre et l’Est du pays, le karité est le moteur économique de milliers de ménages. Jusqu’ici cantonné à la cueillette, le karité ivoirien souffrait de maux profonds : fuite des produits vers les pays voisins, absence de transformation locale et dégradation du parc naturel.

L’ordonnance n° 2025-259 du 23 avril 2025 change la donne. À l’instar du coco, le karité bénéficie désormais du bouclier réglementaire du Conseil du Coton et de l’Anacarde.

Ce rapprochement stratégique vise à transformer la noix de karité en un produit agricole structuré et industriel.

« L'objectif est de passer d'un potentiel de 200 000 tonnes à une production industrielle intensive. En encadrant la commercialisation et en luttant contre l'exportation frauduleuse, l’État espère voir les prix bord champ

— actuellement entre 125 et 150 FCFA/kg

— décoller au bénéfice direct des groupements féminins », a indiqué Bruno Koné.

Une vision globale : Rigueur budgétaire et efficacité sociale

Le dénominateur commun de ces réformes est l’optimisation. En rattachant les « petites » filières aux géants (Hévéa, Palmier, Coton, Anacarde), le Gouvernement fait preuve de clairvoyance. Il évite la multiplication des agences gouvernementales

— un signal fort envoyé aux partenaires financiers comme la Banque Mondiale

— tout en apportant une réponse concrète à la cherté de la vie par l'augmentation des revenus ruraux.

L’adoption de ces projets de loi par le Parlement marquera l’entrée définitive de la Côte d’Ivoire dans une ère de gestion foncière sécurisée par la donnée, tout en ancrant sa souveraineté économique sur la valorisation de chaque centimètre carré de sa terre.

La révolution verte ivoirienne n'est plus seulement dans les champs : elle est désormais dans les serveurs et les textes de loi.

Patrick KROU