Vridi/Déguerpissement : La paroisse Cœur Immaculé de Marie rasée, le cri du cœur du Père Patrice Ehouman

Vridi/Déguerpissement : La paroisse Cœur Immaculé de Marie rasée, le cri du cœur du Père Patrice Ehouman

08/06/2026 - 20:41
Vridi/Déguerpissement : La paroisse Cœur Immaculé de Marie rasée, le cri du cœur du Père Patrice Ehouman
Vridi/Déguerpissement : La paroisse Cœur Immaculé de Marie rasée, le cri du cœur du Père Patrice Ehouman

Père Patrice Ehouman Say, curé de la paroisse : « Les gouvernants doivent traiter les populations avec humanité »

L'opération de déguerpissement conduite par le District autonome d'Abidjan a profondément bouleversé les populations de Vridi 3 Zimbabwé.

Lancée le vendredi 5 juin 2026 aux environs de 15 heures, elle a été suspendue vers 19 heures avant de reprendre le lendemain, samedi 6 juin, dès 7 heures du matin.

Parmi les infrastructures détruites figurent la paroisse Cœur Immaculé de Marie et l'église méthodiste voisine, toutes deux entièrement rasées. Rencontré au presbytère de Vridi Canal, rue de la Fortune, le Révérend Père Patrice Ehouman Say, curé de la paroisse catholique, revient sur cette douloureuse épreuve. Visiblement marqué par les événements, le prélat dénonce notamment les conditions dans lesquelles l'opération a été menée.

« Nous n'avons reçu aucun avertissement immédiat »

Votre paroisse a été démolie dans le cadre de l’opération de déguerpissement. Comment avez-vous vécu cette situation ?

Il est vrai que nous avions reçu une mise en demeure il y a environ deux ans. Toutefois, depuis lors, aucune suite concrète n'avait été donnée. L'Église accompagne les hommes partout où ils vivent ; tant que les populations étaient présentes dans cette zone, notre mission pastorale se poursuivait naturellement.

Mais ce vendredi 5 juin 2026, nous n'avons reçu aucun avertissement immédiat, aucune sommation préalable. C'est le jour même que nous avons appris que les engins se trouvaient déjà à l'entrée du quartier. Ils ont commencé à détruire les habitations, puis les lieux de culte.

« Un sentiment de profonde désolation »

Quels sentiments vous animent quelques jours après la destruction de votre paroisse ?

C'est avant tout un sentiment de désolation. Nous sommes des êtres humains et nous méritons d'être traités avec dignité. Ce qui nous a particulièrement choqués, c'est la manière dont les choses se sont déroulées.

Nous avons supplié les agents de nous accorder quelques minutes supplémentaires afin de sauver les bancs et une partie du mobilier de l'église. On nous a répondu qu'il était déjà trop tard. Je me demande encore quelle était l'urgence qui empêchait de nous accorder au moins une journée pour déménager nos biens. C'est cela qui me peine profondément. J'ai eu le sentiment que les populations concernées n'étaient pas considérées avec l'humanité qu'elles méritent.

« Nous savions que nous partirions un jour, mais pas de cette manière »

Quel bilan matériel dressez-vous aujourd'hui ?

Nous étions heureux d'exercer notre mission sur ce site. Certes, le terrain appartient au Port autonome d'Abidjan (PAA). Nous disposions toutefois d'autorisations délivrées par la mairie et nous occupions cet espace à titre provisoire.

Nous savions qu'un départ finirait par intervenir un jour ou l'autre. Mais nous ne pensions pas que cela se ferait dans de telles conditions. Ce qui nous fait mal, c'est surtout l'absence de dialogue et de préavis suffisant.

« Dès que l'église méthodiste a été détruite, nous avons compris notre sort »

Comment les événements se sont-ils déroulés concrètement ?

Lorsque les engins sont arrivés à l'entrée du quartier, je ne pensais pas qu'ils iraient jusqu'à détruire l'église catholique. À côté de notre paroisse se trouvait une église méthodiste. Quand cette dernière a été démolie, j'ai compris que notre tour viendrait également.

Dès qu'ils ont terminé avec l'église méthodiste, ils se sont dirigés vers notre paroisse. Nous n'avons bénéficié que de quelques minutes de répit pour récupérer certains effets. Nous n'avons malheureusement pas pu sauver une grande partie du matériel.

Cependant, grâce à Dieu, nous avons réussi à mettre à l'abri les objets liturgiques et les éléments essentiels au culte. En revanche, plusieurs équipements et de nombreux mobiliers ont été perdus dans l'opération.

Un appel à plus d'humanité

Au-delà des pertes matérielles, le Père Patrice Ehouman Say lance un appel pressant aux autorités afin que les futures opérations de déguerpissement prennent davantage en compte la dimension humaine.

« Nous comprenons les impératifs d'aménagement et de développement. Mais nous demandons simplement que les populations soient traitées avec respect, qu'elles soient informées à temps et qu'elles puissent s'organiser dignement avant toute intervention », conclut le prélat.

 

Serge Amani