Ouragahio : Seuls 164 admis au Bac 2026, le choc des chiffres et des larmes
Ouragahio : Seuls 164 admis au Bac 2026, le choc des chiffres et des larmes
À 17 kilomètres de Gagnoa, le lycée municipal de Ouragahio n’a pas seulement affiché des résultats. Il a livré un verdict. Brut. Net. Sans appel.
Dès les premières heures de l'après-midi, la cour s’est remplie comme un théâtre avant l’ouverture du rideau. Des visages tendus, des pas précipités, des regards fixés sur les panneaux d’affichage. Ici, on ne parlait plus, on attendait. On espérait. On redoutait.
Puis les listes sont tombées. Et tout a basculé.
Notre équipe de reportage de Le Scolaire et Infodirecte.net a constaté sur le terrain une scène saisissante : des cris qui éclatent sans prévenir, des jeunes qui s’effondrent de joie, d’autres qui s’éloignent sans un mot. Dans la même cour, le bonheur et la défaite se frôlent sans se regarder.
164 admis pour 558 présents : le verdict est tombé
Pour cette session, 569 candidats étaient inscrits en séries A1, A2, C et D, dont 243 filles et 326 garçons. Au total, 558 candidats ont effectivement composé.
Au terme des délibérations, 164 candidats ont été déclarés admis, dont 66 filles et 98 garçons. Le taux de réussite de l’établissement s’établit ainsi à 29,39 % (27,27 % pour les filles et 31,81 % pour les garçons). Un chiffre. Et derrière ce chiffre, des vies qui basculent.
Une performance au-dessus de la moyenne régionale
Dans la région, la réalité est encore plus rude. Selon les chiffres de la DRENAET de Gagnoa, sur 10 667 candidats inscrits au Bac 2026, 10 458 ont composé. Seuls 2 487 ont été admis, soit un faible taux de réussite de 23,78 % (23,94 % pour les garçons et 23,59 % pour les filles).
Dans ce contexte, le lycée municipal de Ouragahio fait mieux que la moyenne régionale. Mais ici, personne ne se contente des statistiques. On regarde les visages, pas les pourcentages.
Le jury parle, la réalité répond
Présidée par le Dr Coulibaly Lacina Fanlegue, assisté de Yao Kouadio Honoré, la proclamation s’est déroulée dans un silence presque solennel. Le président du jury a tenu à rappeler le sens de l’effort et la responsabilité de chacun :
« Les résultats proclamés aujourd’hui reflètent les efforts fournis par les candidats tout au long de l’année scolaire. Toutefois, au regard du taux de réussite enregistré au lycée municipal de Ouragahio, ces résultats ne sont pas satisfaisants et doivent interpeller l’ensemble de la communauté éducative, les parents d’élèves ainsi que les élèves eux-mêmes afin de redoubler d’efforts pour améliorer les performances lors des prochaines sessions. Je félicite les admis pour leur réussite et les invite à poursuivre leurs études avec sérieux et humilité. À ceux qui n’ont pas été déclarés admis cette année, je voudrais dire que cet échec n’est pas une fin en soi. Avec davantage de travail, de persévérance et de détermination, ils pourront revenir plus forts lors de la prochaine session. »
Des mots calmes. Mais dans la cour, les émotions, elles, bouillonnent.
Les visages de la réussite
Ils sont 164 à avoir franchi la ligne.
N’ga Yobouet Achille (Série D) :
« C’est une immense joie pour moi et pour toute ma famille… »
La voix tremble, mais le sourire est là.
Kafando Mariam (Série A2) :
« Voir mon nom sur la liste des admis est une immense fierté… »
Un instant suspendu, comme une respiration longtemps retenue.
Tinte Orcane Lisette (Série D) :
« Je suis très heureuse d’avoir obtenu mon baccalauréat… »
Et dans ses mots, des années de travail qui trouvent enfin leur issue.
Ceux qui restent sur le quai
À quelques mètres de là, l’histoire est tout autre. Une candidate malheureuse, sous couvert d'anonymat, confie simplement :
« J’avais vraiment espéré… Je vais reprendre et revenir l’année prochaine. »
Une autre voix, plus lourde encore, est celle d’un candidat qui en est à sa deuxième tentative :
« C’est la deuxième fois… Mais je ne vais pas abandonner. L’année prochaine sera la bonne. »
Dans ces phrases courtes, il y a plus que de la déception : il y a de la résilience.
Une cour, deux destins
Ce lundi 6 juillet 2026, le lycée municipal de Ouragahio ressemblait à une frontière invisible. D’un côté, ceux qui courent, crient et pleurent de joie. De l’autre, ceux qui repartent sans bruit. Entre les deux, un simple tableau d’affichage.
Notre équipe de reportage a vu ces scènes se répéter en boucle : une accolade, un effondrement, une main posée sur l’épaule, un regard perdu dans le vide.
Un chiffre, et après ?
164 admis. Un sésame qui ouvre les portes du supérieur. Et, en face, des centaines d’autres candidats qui devront tout recommencer.
Mais à Ouragahio, personne ne parle de fin définitive. On parle déjà de la "prochaine fois". Parce que le Bac ne clôt rien. Il reporte, il retarde, il relance. Et dans le silence qui s'installe après les cris, une certitude demeure : tout recommence bientôt.
DJACK ZOLA
