Fête du Cacao à Abidjan : Derrière le festin, le cri d'alarme pour 9 867 tonnes stockées sans acheteur
Fête du Cacao à Abidjan : Derrière le festin, le cri d'alarme pour 9 867 tonnes stockées sans acheteur
Alors que les acteurs de la filière s'apprêtent à célébrer les performances du secteur lors de la Journée nationale du cacao et du chocolat, un lourd malaise persiste sur le terrain.
Le Collectif des sociétés coopératives et acheteurs de Côte d'Ivoire remet au cœur du débat le dossier sensible des stocks résiduels non enlevés et exige des réponses urgentes de la part du Conseil du café-cacao.
9 867 tonnes : c'est le chiffre clé qui cristallise aujourd'hui la colère des sociétés coopératives et des acheteurs de cacao en Côte d'Ivoire.
Lors d'un point de presse animé ce lundi 31 août 2026 au Plateau, le président du collectif, Stéphane Takry, a tiré la sonnette d'alarme : cette quantité importante de fèves inventoriées dans les magasins des opérateurs n'a toujours pas été enlevée par le Conseil du café-cacao (CCC).
Une situation d'attente prolongée qui étouffe la trésorerie des acteurs locaux et fragilise la chaîne d'approvisionnement en amont. « Nous disposons encore de stocks résiduels de cacao qui sont entreposés dans nos locaux, sans qu'aucune solution ne soit véritablement apportée à cette situation », a dénoncé Stéphane Takry devant la presse.
Trésorerie asphyxiée et remise en cause des responsabilités
Pour le président du collectif, la crise actuelle dépasse le simple problème d'espace de stockage. Ses répercussions sont financières et touchent de plein fouet le maillon le plus sensible : le paiement effectif des producteurs ruraux.
Stéphane Takry refuse fermement que les coopératives et les acheteurs soient désignés comme responsables de cet engorgement : « Si le cacao n'a pas été acheté, est-ce nécessairement la faute des opérateurs ? Aujourd'hui, nous avons exactement 9 867 tonnes de cacao qui ont été inventoriées et qui n'ont jamais été enlevées par le Conseil du café-cacao. »
Face à cette impasse, le collectif indique avoir multiplié les alertes : rencontres avec les préfets et directeurs régionaux de l'Agriculture, démarches auprès du ministère de tutelle et correspondances adressées aux plus hautes autorités de l'État. « Nous avons cherché par tous les moyens à trouver une solution à cette situation », a fait savoir M. Takry.
Un dialogue institutionnel rompu ?
Le Conseil du café-cacao, principal organe de régulation, a également été saisi à travers son directeur général et le président de son conseil d'administration. Toutefois, le collectif déplore une absence d'échanges directs concluants. Une récente tentative de rencontre avec le premier responsable du régulateur n'a pu aboutir, ravivant les tensions. « Nous dénonçons cette manière de faire, car il existe un problème majeur dans la filière cacao qui demeure sans solution », a fustigé le président du collectif.
Calendrier modifié et promesses financières attendues
Outre les fèves en souffrance, une seconde pomme de discorde concerne la gestion du calendrier de campagne. Le collectif dénonce des réorientations unilatérales décidées en cours de route, au mépris des concertations préalables tenues entre les différents acteurs du secteur. « De façon unilatérale, le calendrier et certaines orientations ont été profondément modifiés », déplore le responsable coopératif.
Enfin, le collectif est revenu sur l'annonce faite en 2025 d'une enveloppe de 291 milliards de FCFA, censée contribuer à régler la situation d'environ 100 000 tonnes de cacao. Pour les opérateurs de terrain, il est désormais impératif que les actes suivent les annonces institutionnelles. « Nous estimons qu'il est nécessaire que les engagements pris et les mécanismes annoncés soient effectivement mis en œuvre afin de soulager les producteurs, les coopératives et l'ensemble des acteurs de la filière », a conclu Stéphane Takry.
Ce mardi 1er septembre 2026, pour la campagne café-cacao 2026-2027, le prix du cacao a été fixé à 1 200 FCFA le kilogramme, contre 1 300 FCFA pour celui du café.
Ce coup de gueule remet en lumière les fragilités opérationnelles de la filière. Entre coopératives sous tension financière et producteurs en attente de paiement, la balle est désormais dans le camp des autorités de régulation pour désamorcer la crise.
Patrick KROU
