Exposition /Jeunes talents d’arts visuels : quatre artistes réinventent la ville
Exposition /Jeunes talents d’arts visuels : quatre artistes réinventent la ville
Les quatre lauréats de la 4e édition du Concours Jeunes Talents d’Arts Visuels exposent leurs créations autour du thème « Tranches de villes ».
La Rotonde des Arts contemporains a accueilli, le jeudi 30 juillet 2026, à son siège d’Abidjan-Plateau, le vernissage de la 4e édition du ‘’Concours Jeunes Talents d’Arts Visuels’’. Ouverte jusqu’au 28 août prochain, cette exposition collective offre aux quatre lauréats l’occasion de présenter au public leurs nouvelles créations autour du thème central « Tranches de villes ».
« Le concours, exclusivement destiné aux jeunes, leur permet non seulement de montrer leurs œuvres, mais aussi de confronter leur travail au regard des autres. La sélection ne repose pas uniquement sur l’appréciation du jury, puisque le public est également invité à voter », explique-t-elle.
Fatima Doumbia, commissaire de l’exposition, souligne la progression artistique des jeunes talents de cette 4e édition.
Selon la commissaire, cette confrontation avec le regard extérieur est essentielle pour des artistes qui travaillent souvent seuls dans leurs ateliers. La Rotonde des Arts contemporains constitue ainsi un espace de découverte, de valorisation et de transmission. Les lauréats bénéficient non seulement d’une exposition, mais également de la réalisation d’un catalogue, véritable trace de leurs premiers pas dans le milieu artistique et outil susceptible de les accompagner dans leur évolution professionnelle.
Cette édition est également marquée, selon Fatima Doumbia, par une nette progression de la qualité des œuvres présentées. « Le jury a été agréablement surpris par le niveau de maturité artistique atteint par les jeunes. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est de constater l’évolution entre les premières œuvres proposées et les travaux présentés aujourd’hui », relève-t-elle. Les artistes, ajoute-t-elle, ne se sont pas contentés de reproduire leurs précédentes créations. Ils ont proposé de nouvelles œuvres, avec des démarches plus abouties et un véritable travail de recherche.
Entre numérique et matière
Toualy Nabil Ange, artiste numérique, explore une écriture artistique hybride en associant création numérique, matière et émotions.
Ses créations traduisent ainsi des émotions personnelles telles que la tristesse, la peur et le vécu. Son travail évolue progressivement d’une production exclusivement numérique vers une forme artistique hybride, où la technologie dialogue avec la matière et l’expression personnelle.
Hamien Yanick présente sa « photographie hybride », à la frontière entre photographie et peinture, avec l’enfance au cœur de sa réflexion.
Dans cette démarche, le thème de l’enfance occupe une place prépondérante. Dans l’un de tableau, l’artiste présente l’image d’un enfant derrière des barreaux, mais qui sourit. Une métaphore des barrières auxquelles chacun peut être confronté et de la capacité à les dépasser. « Quelles que soient les barrières qui nous ont été imposées, nous pouvons décider de les dépasser. Mais nous pouvons également choisir de rester enfermés dans ces barrières », souligne-t-il.
À travers cette réflexion, Hamien Yanick invite le public à interroger son propre parcours. Son travail photographique, entamé en 2014, s’est professionnalisé à partir de 2016, avec plusieurs expositions et une ouverture progressive à l’international, notamment en Espagne.
L’art comme quête de soi
Tamimy Guy Maurice propose une démarche artistique engagée autour de la quête de soi.
« À travers ces tableaux, je souhaite questionner l’homme sur sa véritable identité, sur sa spiritualité et sur tout ce qui l’entoure : la quête de performance, la situation sociale et sa véritable nature », explique-t-il.
Pour lui, l’homme possède avant tout une dimension spirituelle. Ses œuvres invitent donc à dépasser l’image sociale et les apparences pour interroger ce que chacun est réellement.
Le choix du figuratif répond à cette volonté. « J’ai choisi le figuratif parce que c’est, selon moi, le style artistique qui correspond le mieux au travail que je développe. Il me permet de proposer des œuvres qui peuvent avoir plusieurs lectures, selon la personne qui se trouve devant le tableau », affirme-t-il.
Son ambition est ainsi de provoquer, chez le visiteur, une véritable réflexion sur son identité et sa quête de soi.
Quand les déchets deviennent des œuvres d’art
Coulibaly Sangafolo Drissa, alias « Bob Zop », propose une démarche artistique engagée autour de la protection de l’environnement.
Après avoir travaillé avec le carton, l’artiste s’est tourné vers les bouteilles en plastique, dont la durée de vie particulièrement longue constitue, selon lui, un enjeu environnemental majeur.
Sa démarche repose sur deux leitmotivs : récupération et recyclage. Plutôt que de détruire les déchets, il entend leur donner une seconde vie en les transformant en œuvres d’art figuratif. « Je cherche également à donner une forme figurative aux matériaux que je récupère. Le figuratif me permet de rendre les objets plus lisibles et de faire apparaître des formes à partir de ces déchets », précise-t-il.
Même son nom d’artiste traduit cette philosophie. « Bob » renvoie, selon lui, à l’idée de bouger, d’ouvrir et de percuter, tandis que « Zop » signifie « zéro pollution ». Une identité qui résume sa volonté d’utiliser l’art comme moyen de sensibilisation à la protection de l’environnement.
Au-delà de la compétition, le Concours Jeunes Talents d’Arts Visuels apparaît ainsi comme un véritable espace de visibilité, d’accompagnement et de professionnalisation. En permettant aux jeunes artistes de confronter leurs œuvres au regard du public, de bénéficier de conseils et de disposer d’une première exposition accompagnée d’un catalogue, l’initiative contribue à poser les bases de leur parcours professionnel.
Patrick KROU
