Sécurité aux frontières nord : Korhogo au cœur de la riposte ivoirienne contre l’extrémisme violent
Sécurité aux frontières nord : Korhogo au cœur de la riposte ivoirienne contre l’extrémisme violent
Le septentrion ivoirien renforce ses défenses face aux menaces venues du Sahel. Les 15 et 16 septembre 2026, Korhogo accueille un séminaire de haut niveau consacré à la gestion des frontières septentrionales, dans un contexte régional marqué par la persistance du terrorisme et de l’extrémisme violent.
Depuis plus d’une décennie, le Sahel central est confronté à un terrorisme insurrectionnel qui s’est progressivement territorialisé et dont les effets dépassent désormais les frontières des pays directement touchés.
Située à proximité du Mali et du Burkina Faso, la partie septentrionale de la Côte d’Ivoire est particulièrement exposée à plusieurs vulnérabilités, notamment les incursions armées, les trafics transfrontaliers et les mouvements de populations.
Face à cette situation, la Côte d’Ivoire mise sur une approche globale combinant dispositifs sécuritaires, développement local et amélioration de la gouvernance des espaces frontaliers. Cette stratégie s’inscrit notamment dans le cadre de la Politique nationale de gestion intégrée des frontières de la Côte d’Ivoire (PNGIF-CI), adoptée le 12 juin 2024.
À Korhogo, l’État veut renforcer la synergie sur le terrain
C’est dans cette dynamique que l’Institut de Recherche Stratégique (IRS) de l’Académie Internationale de Lutte contre le Terrorisme (AILCT), en collaboration avec le Secrétariat exécutif de la Commission nationale des frontières de Côte d’Ivoire (CNFCI), organise à Korhogo un séminaire de renforcement des capacités des autorités préfectorales, des commandants d’unités et des leaders communautaires des régions du Nord.
Placées sous le thème « Gestion des frontières septentrionales : entre antiterrorisme et prévention des crises », ces assises se veulent à la fois un espace d’évaluation fonctionnelle, de partage d’expériences et de réflexion scientifique sur les défis sécuritaires auxquels sont confrontées les zones frontalières.
L’objectif est clair : rapprocher davantage les acteurs administratifs, sécuritaires et communautaires afin de mieux anticiper les crises et prévenir l’extrémisme violent.
Le séminaire réunit notamment des représentants du Conseil national de sécurité, des autorités préfectorales, des commandants des unités militaires et de gendarmerie, des chefs coutumiers ainsi que les responsables des Cellules civilo-militaires des six régions du Nord : le Bounkani, le Tchologo, le Poro, la Bagoué, le Folon et le Kabadougou.
Cette mobilisation vise également à optimiser le maillage sécuritaire, renforcer la confiance entre les populations et les forces de sécurité et préserver la cohésion sociale dans les espaces frontaliers.
« La sécurité d’une frontière se construit en amont »
Représentant le ministre Fidèle Sarassoro, secrétaire exécutif du Conseil national de sécurité (CNS), le préfet hors grade Diakalidia Konaté a souligné la pertinence du thème retenu, qui traduit, selon lui, l’évolution de l’approche de l’État ivoirien face aux défis des zones frontalières.
« La sécurité d’une frontière ne se situe pas uniquement lorsque la menace se manifeste. Elle se construit en amont », a-t-il déclaré.
Cette approche repose, a-t-il expliqué, sur l’anticipation, la présence effective de l’État, la confiance des populations, la coopération entre les différents acteurs et la capacité à identifier les vulnérabilités avant qu’elles ne dégénèrent en crises.
Une vision qui place donc la prévention au cœur de la stratégie sécuritaire et qui accorde une importance particulière au rôle des communautés vivant dans les zones frontalières.
Des partenaires internationaux aux côtés de la Côte d’Ivoire
La lutte contre le terrorisme bénéficie également du soutien de partenaires internationaux.
Au nom de l’Allemagne, le diplomate Robin Schroeder a réaffirmé l’engagement de son pays aux côtés de la Côte d’Ivoire dans la lutte contre le terrorisme, en mettant l’accent sur une approche fondée notamment sur la prévention, la résilience et la coopération.
Cette dynamique de coopération internationale a également été évoquée par l’ambassadrice Sandra Choufani, qui a insisté sur l’importance du renforcement des capacités des États partenaires afin de mieux prévenir les menaces terroristes.
Pour les participants, la réponse au phénomène ne peut donc être exclusivement militaire. Elle doit également intégrer les dimensions sociale, institutionnelle, communautaire et territoriale.
Six communications pour mieux comprendre et anticiper les crises
Pendant deux jours, experts, universitaires, responsables sécuritaires et acteurs institutionnels se pencheront sur plusieurs problématiques majeures.
Au programme figurent notamment :
- « Cartographie, typologie et analyse sociologique des crises dans le septentrion ivoirien », présenté par le professeur Francis Akindès ;
- « Territorialité du terrorisme ouest-africain et état de la menace en Côte d’Ivoire », avec Abdel Nasser Ethmane Elyessa ;
- « Réponse de la Côte d’Ivoire face au terrorisme et à l’extrémisme violent », présenté par le commissaire Djézou Hyacinthe ;
- « Judiciarisation des actes de terrorisme et protection des sources », avec Adou Richard ;
- « La responsabilité des collectivités territoriales et communautaires dans la lutte et la prévention des crises », présenté par le directeur de cabinet du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité ;
- « La gestion coopérative et sécuritaire des frontières septentrionales », exposé par le général de brigade Ouattara Zoumana.
Au-delà des communications, ces échanges devraient permettre aux acteurs de terrain de confronter leurs expériences et de dégager des pistes de collaboration pour une meilleure anticipation des risques dans les zones frontalières.
À Korhogo, l’enjeu dépasse donc le cadre d’un simple séminaire. Il s’agit de renforcer, autour des frontières nord, une chaîne de prévention associant l’État, les forces de défense et de sécurité, les collectivités et les communautés, face à l’évolution des menaces dans la sous-région.
Les travaux s’achèveront par la remise des attestations aux participants.
ACHILLE LAH KADO
Correspondant
