Tonkpi politique : Quand les urnes fissurent le mythe de l’homme fort Mabri Toikeusse

Tonkpi politique : Quand les urnes fissurent le mythe de l’homme fort Mabri Toikeusse

03/01/2026 - 12:06
Tonkpi politique : Quand les urnes fissurent le mythe de l’homme fort Mabri Toikeusse
Tonkpi politique : Quand les urnes fissurent le mythe de l’homme fort Mabri Toikeusse

Les élections législatives du 27 décembre 2025 dans la région du Tonkpi se sont déroulées dans un climat globalement apaisé, après une pré-campagne et une campagne marquées par des sorties tantôt timides, tantôt très animées, dans les dix circonscriptions pour douze sièges de députés.

À la tête du dispositif politique du RHDP dans la région, Albert Mabri Toikeusse, ministre conseiller à la Présidence, coordonnateur régional du parti au pouvoir et directeur régional de campagne, s’était personnellement engagé auprès du Président Alassane Ouattara à livrer les douze sièges du Tonkpi au RHDP.

Sûr de lui, sûr de son appareil politique, Albert Mabri Toikeusse n’avait cessé de marteler, notamment lors du grand meeting du 25 décembre 2025 à la Place de la Paix de Man, en présence du ministre d’État, ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, que le chef de l’État pouvait « dormir tranquillement », la victoire du RHDP dans le Tonkpi étant, selon lui, acquise.

Une assurance affichée avec force, qui laissait peu de place à une quelconque paternité partagée de cette victoire annoncée. Ce jour-là, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Vagondo Diomandé, pourtant directeur de campagne associé du RHDP dans le Tonkpi, s’était contenté d’annoncer les dons du ministre d’État, donnant l’impression d’un rôle volontairement secondaire. Pour Mabri, l’objectif était clair : rester l’unique maître du jeu politique régional.

Il avait d’ailleurs lui-même justifié, lors d’un meeting de pré-campagne le 30 novembre 2025 à Binhouyé, la mise à l’écart du ministre Vagondo Diomandé, arguant de son statut militaire et de l’interdiction qui lui serait faite de faire de la politique.

Mais le verdict des urnes est venu refroidir les certitudes du « grand coq » du Tonkpi. Le mythe de l’homme qui contrôlait jadis 11 députés sur 12 à travers l’UDPCI et ses cadres s’est brisé. À l’arrivée, le RHDP ne décroche que huit sièges sur les douze que compte la région.

Et parmi ces huit députés, seuls cinq peuvent être considérés comme de véritables poulains et choix assumés de Mabri Toikeusse : Dr Flindé Albert, Wohi Mela Gaston, Guéhi Mireille, Kokousseu Alexis et Mabri lui-même. Les trois autres élus RHDP — Mamadou Bamba à Man commune, Dion Rémi dans les sous-préfectures de Man et Kégban Kégban Bernard à Mahapleu — échappent clairement à son leadership direct.

Plus significatif encore, l’élection de quatre députés indépendants vient sonner comme un coup d’arrêt au règne politique de l’héritier revendiqué du Général Guéï Robert.

À Sipilou, Diomandé Dro Joël a infligé un sérieux revers au camp Mabri, réduisant au silence le cinquième vice-président du Conseil régional, Tokpa Maniga. À Logoualé, la maire Ouéhi Gisèle épouse Koffi a pris une revanche politique retentissante, infligeant à Mabri une véritable douche froide.

À Danané, le duo Guillaume Gbato et Soumahoro Souleymane a franchi sans trembler le mur de l’UDPCI version Mabri pour s’adjuger les sièges, loin de tout calcul ou plan B du politicien du Tonkpi.

Ce tableau électoral met en lumière une réalité difficile à masquer : la popularité d’Albert Mabri Toikeusse est en nette baisse. À Biankouma, malgré sa présence aux côtés du ministre Vagondo Diomandé à Mangouin et des rencontres avec les populations de Kabacouma en compagnie de Mireille Guéï, le malaise était palpable.

Le jour du scrutin, les populations ont majoritairement choisi l’arme du boycott. Jusqu’à 16 heures, la consigne de non-participation tenait encore, signe d’un désenchantement profond.

Autrefois, toute activité politique majeure dans le Tonkpi commençait par un passage symbolique sur la tombe du « Maître » à Kabacouma.

Aujourd’hui, ce lieu chargé d’histoire semble relégué au rang de souvenir lointain. Selon de nombreux témoignages locaux, aucun projet structurant, aucune action sociale marquante, aucune véritable promotion des cadres n’a été enregistrée sous l’ère de l’héritier autoproclamé de Guéï Robert.

Pourtant, comme le rappellent les anciens, les morts ne sont jamais vraiment morts tant que leur héritage est entretenu.

Dans ce contexte, l’adversité ouverte et persistante engagée par Mabri Toikeusse contre le général Vagondo Diomandé apparaît de plus en plus superflue.

La nomination de ce dernier au poste de ministre de l’Intérieur et de la Sécurité par le Président Alassane Ouattara ne repose sur aucun calcul politique régional, mais sur des considérations d’État que nul n’ignore. 

Depuis son entrée au gouvernement, la volonté du ministre Vagondo Diomandé de soutenir les cadres et élus du RHDP, de contribuer au bien-être des populations du Tonkpi et de maintenir la flamme du parti est pourtant visible et palpable. Une bonne foi qui, au lieu d’être saluée et accompagnée, se heurte à des résistances internes.

Au regard de ces législatives, une conclusion s’impose : Albert Mabri Toikeusse, ex-président de l’UDPCI, gagnerait à s’ouvrir davantage aux nombreux hauts cadres du Tonkpi longtemps mis à l’écart. Car en politique, l’isolement est souvent le premier pas vers le déclin.

                                      

Momo Rachid