Sexe oral/Professeur Kaloga Mamadou révèle :« Ces maladies qu’on attrape aussi par la bouche.»

Sexe oral/Professeur Kaloga Mamadou révèle :« Ces maladies qu’on attrape aussi par la bouche.»

03/08/2025 - 20:35
Sexe oral/Professeur Kaloga Mamadou révèle :« Ces maladies qu’on attrape aussi par la bouche.»
Le professeur Kaloga Mamadou, dermatologue-vénérologue, alerte sur les infections sexuellement transmissibles pouvant être contractées par voie orale, comme l’herpès, la syphilis, le VIH ou encore le papillomavirus.

Une image montrant un homme présentant des boutons en grappes et des plaies buccales a récemment enflammé les réseaux sociaux. Devenue virale, elle a défrayé la chronique. L’auteur de la publication, se réclamant du corps médical, affirmait qu’il s’agissait de lésions causées par des infections sexuellement transmissibles (IST).

Face à l’ampleur des réactions et à la gravité des affirmations, nous avons décidé de mener une interview d’investigation avec un spécialiste pour vérifier la véracité de ces propos.

Il est 9h50 ce lundi 21 juillet 2025 lorsque nous franchissons le portique du service de dermatologie du CHU de Treichville, à Abidjan. Dirigé vers la salle 3, nous y retrouvons le professeur Kaloga Mamadou, dermatologue-vénérologue, installé dans un fauteuil ergonomique, entouré de quatre collaborateurs en blouse blanche.

« Ah, c’est vous le journaliste ? » lance l’un d’eux, surpris. Le professeur Kaloga se lève aussitôt : « D’accord, donnez-moi ma blouse… » dit-il avant de nous inviter à le suivre.

Dans le hall, une foule de patients attend d’être reçue. Le médecin les rassure avec assurance : « Ne vous inquiétez pas, je vais recevoir tout le monde. » Les regards scrutent le va-et-vient effréné des blouses blanches.

Nous nous installons finalement dans un bureau au mobilier simple. Sur la table, des feuillets annotés de noms et de montants parfois impressionnants. C’est dans cette atmosphère à la fois studieuse et tendue que débute notre entretien d’investigation.

Infodirecte.net : Parlons aujourd’hui du sexe oral. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cette pratique ?

Pr. Kaloga : Le sexe oral consiste à stimuler les organes génitaux avec la bouche. Il peut prendre plusieurs formes, dont le cunnilingus, qui est la stimulation de la vulve (lèvres, clitoris, vagin) à l’aide de la langue, des lèvres, ou du nez, et la fellation, qui est la stimulation du pénis par la bouche. Ces pratiques peuvent être des préliminaires ou constituer l’acte sexuel lui-même.

Infodirecte.net : Quelle est la prévalence de ces pratiques en Côte d’Ivoire ?

Pr. Kaloga : À ce jour, nous ne disposons pas de données chiffrées ni d’études précises sur la prévalence du sexe oral en Côte d’Ivoire. Il est donc difficile de quantifier sa pratique dans notre pays.

Infodirecte.net : Ces pratiques comportent-elles des risques de transmission d’infections sexuellement transmissibles (IST) ?

Pr. Kaloga : Absolument. Toutes les IST peuvent être transmises par voie orale. Il s’agit notamment de la gonococcie, de la syphilis, de l’herpès, des chlamydioses, des papillomavirus (HPV), des condylomes, de l’hépatite B et C, et même du VIH. Ces infections peuvent affecter la bouche, la gorge ou les organes génitaux selon les cas.

Infodirecte.net : Le risque de transmission par le sexe oral est-il sous-estimé selon vous ?

Pr. Kaloga : Oui, ce risque est largement sous-estimé. D’une part, en raison du manque d’études locales, et d’autre part, par l’absence de campagnes de sensibilisation ciblées. Beaucoup pensent à tort que le sexe oral est sans danger, ce qui est faux.

Infodirecte.net : Comment peut-on se protéger lors de ces pratiques sexuelles ?

Pr. Kaloga : La principale protection reste le préservatif, qu’il soit masculin ou féminin. Pour le cunnilingus, il existe aussi des digues dentaires (sorte de film protecteur en latex), bien qu’elles soient peu connues ou disponibles dans nos contextes africains. En l’absence de protection, il est essentiel de faire des tests de dépistage avec son partenaire avant toute activité sexuelle à risque.

Infodirecte.net : Ces moyens de protection sont-ils accessibles et utilisés dans notre pays ?

Pr. Kaloga : Malheureusement, non. L’usage des digues dentaires est quasi inexistant ici en Côte d’Ivoire. Le préservatif masculin est plus courant, mais pas systématiquement utilisé pour le sexe oral. Il faudrait des campagnes ciblées pour informer et démocratiser ces moyens de prévention.

Infodirecte.net : Avez-vous déjà rencontré des cas d’IST liées au sexe oral dans votre pratique ?

Pr. Kaloga : Oui. Nous recevons des patients présentant des lésions au niveau de la bouche ou de la gorge, que nous soupçonnons fortement d’être liées à des rapports oraux. Souvent, les patients hésitent à en parler. Mais avec un bon interrogatoire et un examen clinique rigoureux, nous identifions les causes.

Infodirecte.net : Le sujet reste-il tabou pour les patients ?

Pr. Kaloga : Tout à fait. Dans notre contexte culturel, parler de sexualité est difficile, même en consultation médicale. Les patients sont souvent gênés, surtout en présence d’étudiants puisque que nous sommes dans un Centre Hospitalier et Universitaire (CHU). Nous faisons de notre mieux pour les mettre à l’aise, parfois en leur accordant un entretien privé.

Infodirecte.net : Comment se fait le dépistage des IST ?

Pr. Kaloga : Il débute par un examen clinique, suivi de tests de laboratoire pour confirmer le diagnostic. Pour certaines IST comme le VIH, le dépistage et le traitement sont gratuits. Il faut rassurer les patients : plusieurs vivent aujourd’hui avec le VIH depuis plus de 20 ans et sont en excellente santé.

Infodirecte.net : Que recommandez-vous pour améliorer la sensibilisation ?

Pr. Kaloga : Il faut renforcer l’éducation sexuelle. Par exemple, nous avons ce que nous appelons les "10 commandements de la prévention des IST". Cela inclut : l’abstinence jusqu’au mariage, la fidélité, le port du préservatif, la limitation du nombre de partenaires, éviter les comportements à risque, et se faire dépister régulièrement.

Infodirecte.net : Quel message souhaitez-vous adresser à la population ?

Pr. Kaloga : Le sexe fait partie de la vie. Mais il est essentiel de se protéger. Les pratiques sexuelles, même orales, peuvent avoir des conséquences graves, comme le cancer de la gorge lié au papillomavirus. Un instant de plaisir ne vaut pas une vie de souffrances. Aux jeunes, je recommande l’abstinence jusqu’au mariage, et à tous, la prudence et le dépistage régulier.

 Réalisée par Patrick KROU

 Encadré 1

 Prof.Kaloga Mamadou, dermatologue engagé au service de la santé publique

Le professeur Kaloga Mamadou est dermatologue-vénérologue au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Treichville, au service de dermatologie. Il est également directeur-coordinateur du Programme national de lutte contre l’ulcère de Buruli et les maladies cutanées ulcératives endémiques. Il exerce également dans plusieurs cliniques ivoiriennes.

P. K

Le professeur Kaloga Mamadou, dermatologue-vénérologue, alerte sur les infections sexuellement transmissibles pouvant être contractées par voie orale, comme l’herpès, la syphilis, le VIH ou encore le papillomavirus.

Encadré 2

 

Les Dix Commandements contre les IST et le VIH/SIDA

Sur un panneau bleu bien visible, les Dix Commandements contre les IST et le VIH/SIDA sont affichés dans le hall du service de Dermatologie du CHU de Treichvielle. Le professeur Kaloga Mamadou les lit souvent à voix haute, de façon claire et compréhensible, pour mieux informer ses patients.

1-J’observerai l’abstinence jusqu’à ma majorité ou jusqu’à mon mariage.

2-Je serai fidèle.

3-J e prendreai l’habitude des préservatifs et je réduirai le nombre de mes partenaires sexuels à un.

4-J’éviterai les pratiques sexuelles à risque.

5-Je ne me ferai transfuser qu’avec du sang testé pour le VIH et pour les virus des hépatites.

6-Je n’utiliserai que du matériel médical stérile ou du matériel coupant à usage unique.

7-Je ne tourcherai le sang d’autrui qu’avec précautions.

8-Je consulterai un prestataire de santé avant le mariage et pendant ma grossesse.

9-Je serai propre.

10-Je ne m’enivrerai point et ne me droguerai point.

 

Encadré 3

Sous cette rubrique, le Professeur  Kaloga décrit les symptômes les plus courants de ces IST.

Syphilis : Une plaie indolore, propre, avec des bords nets, qui apparaît sur les organes génitaux, la bouche ou la gorge.

Gonococcie : Chez l’homme, un écoulement purulent au niveau de l’urètre, accompagné de brûlures à la miction. Chez la femme, les symptômes sont souvent discrets.

Herpès : Apparition de boutons en grappes contenant un liquide clair, souvent douloureux. Ces lésions peuvent revenir régulièrement (récurrences), notamment en cas de fatigue ou de stress.

Chlamydia : Chez la femme : pertes vaginales anormales, douleurs pelviennes, saignements hors menstruations. Chez l’homme : brûlures urinaires, écoulement urétral, douleurs testiculaires.

HPV/condylomes : Petites excroissances (verrues génitales) visibles sur les organes génitaux, l’anus, la bouche ou la gorge.

Hépatites B et C : Ce sont des infections qui affectent le foie. Leur dépistage nécessite des examens sanguins spécifiques.

VIH : Peut également se transmettre par le sexe oral, surtout en présence de lésions buccales ou génitales.

 Bon à savoir

 

Ce qu’il faut savoir sur les infections sexuelles

Une infection sexuellement transmissible (IST), c’est une maladie qu’on peut attraper pendant un rapport sexuel. Elle peut se transmettre par des relations sexuelles vaginales, anales ou orales. Parfois, une IST peut aussi passer de la mère à l’enfant pendant la grossesse ou l’accouchement, ou encore par du sang contaminé.

Les femmes peuvent avoir plus de problèmes de santé à cause des IST que les hommes, surtout si elles ne sont pas soignées à temps.

Mais on peut éviter beaucoup d’IST. Utiliser un préservatif de la bonne manière pendant les rapports sexuels aide à se protéger.

Les IST peuvent être soignées ou contrôlées, mais si on ne les traite pas, elles peuvent causer de graves problèmes de santé plus tard.

Parmi les IST les plus fréquentes, il y a : le VIH/sida, le VPH (virus du papillome humain), la syphilis, la chlamydia, l’herpès génital, la gonorrhée (ou chaude pisse), et la trichomonase

Source : Organisation Mondiale de la Santé (OMS)

VIH et IST en Afrique : la Côte d’Ivoire progresse, mais les chiffres restent alarmants

Lors de la 10ᵉ session du Conseil national de lutte contre le sida (CNLS), Pierre Dimba, ministre de la Santé, de l'Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, a déclaré le 19 juillet 2025 qu’à la date du 31 décembre 2024, la prévalence du VIH chez les personnes âgées de 15 à 49 ans est passée à 1,7 %, contre 1,82 % en 2022. Depuis 2010, la Côte d'Ivoire a enregistré une baisse de 67 % des nouvelles infections au VIH et une diminution de 75 % des décès liés au sida.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) :

250 000 infections sexuellement transmissibles (IST) sont contractées chaque jour en Afrique.

Un cas sur quatre d’IST guérissables dans le monde est en Afrique.

19 des 20 pays ayant les taux les plus élevés de cancer du col de l’utérus se trouvent en Afrique.

L’Afrique enregistre le taux de syphilis le plus élevé au monde.

Plus d’une personne sur dix en Afrique vit avec l’herpès génital.

Chaque semaine, environ 5 000 jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans sont infectées par le VIH.

P. K

 Glossaire

 Chlamydiose

C’est une infection sexuellement transmissible (IST) causée par une bactérie. Elle peut toucher les parties intimes, les yeux ou la gorge. Elle ne donne pas toujours de symptômes, mais peut provoquer des douleurs, des écoulements ou rendre stérile si elle n’est pas soignée.

Papillomavirus (HPV)

C’est un virus très courant qui se transmet surtout pendant les rapports sexuels. Il en existe plusieurs types. Certains peuvent causer des verrues génitales (condylomes), d’autres peuvent provoquer des cancers, comme le cancer du col de l’utérus chez la femme. Il existe un vaccin pour se protéger contre certains types dangereux.

Condylomes

Ce sont des verrues génitales causées par le papillomavirus (HPV). Elles ressemblent à de petites bosses sur les parties intimes ou autour de l’anus. Elles ne font pas toujours mal, mais elles peuvent se multiplier si on ne les soigne pas.

VIH (Virus de l’Immunodéficience Humaine)

C’est un virus qui attaque les défenses du corps (le système immunitaire). Une personne qui a le VIH peut rester en forme longtemps, mais sans traitement, elle peut tomber gravement malade. Le VIH peut provoquer le sida, une maladie très grave. Aujourd’hui, il existe des médicaments qui permettent de vivre longtemps avec le VIH.

Digues dentaires

Ce sont des petites feuilles de plastique souple utilisées pendant le sexe oral (surtout cunnilingus ou anulingus). On les place sur les parties intimes pour éviter le contact direct avec la bouche. Elles aident à se protéger des IST.

P. K