Port-Bouët : Les déguerpis de Vridi-Village montent au créneau et réclament vérité, justice et réparation

Port-Bouët: Les déguerpis de Vridi-Village montent au créneau et réclament vérité, justice et réparation

02/08/2026 - 19:53
Port-Bouët : Les déguerpis de Vridi-Village montent au créneau et réclament vérité, justice et réparation
Port-Bouët: Les déguerpis de Vridi-Village montent au créneau et réclament vérité, justice et réparation
Port-Bouët : Les déguerpis de Vridi-Village montent au créneau et réclament vérité, justice et réparation
Port-Bouët : Les déguerpis de Vridi-Village montent au créneau et réclament vérité, justice et réparation
Port-Bouët : Les déguerpis de Vridi-Village montent au créneau et réclament vérité, justice et réparation

Deux mois après la destruction de leurs habitations, les anciens habitants de Vridi-Canal, communément appelé Vridi-Village, refusent de tourner la page.

Réunis dimanche 2 août 2026, en conférence de presse à Port-Bouët, les responsables de la Mutuelle des déguerpis de Vridi-Canal ont élevé la voix pour dénoncer ce qu'ils qualifient de « déguerpissement brutal », exigeant des explications des autorités, une indemnisation des victimes ainsi que la restitution d'un site qu'ils considèrent comme leur patrimoine historique. 

Face aux médias, les témoignages empreints d'émotion ont ravivé le débat sur les conséquences sociales des opérations de déguerpissement dans le district autonome d'Abidjan.

Des milliers de familles disent avoir tout perdu

Selon le secrétaire général de la mutuelle, Tahirou Mohamed, les opérations de démolition ont débuté le 5 juin avant de se poursuivre le lendemain sous la surveillance des forces de l'ordre. Bulldozers et engins lourds auraient réduit en ruines des milliers d'habitations, laissant des familles entières sans refuge.

« Nous voulons aujourd'hui exprimer notre ras-le-bol, mais surtout faire entendre notre revendication de justice », a déclaré Tahirou Mohamed, estimant que près de 60.000 personnes, réparties dans environ 6.000 familles sur un périmètre de 25 hectares, ont été directement touchées.

Selon la mutuelle, de nombreuses familles ont passé plusieurs nuits à la belle étoile avant de trouver refuge dans des écoles ou des lieux de culte.

Une mémoire historique que les habitants disent vouloir préserver

Au-delà des pertes matérielles, les anciens riverains défendent l'histoire même de Vridi-Canal. Ils soutiennent que ce quartier est occupé depuis les années 1930 par les descendants des ouvriers ayant participé au creusement du canal reliant la lagune Ébrié à l'océan Atlantique, infrastructure majeure ayant favorisé l'essor du Port autonome d'Abidjan.

« La majeure partie des premiers habitants de ce quartier n'est aujourd'hui plus de ce monde, mais leurs épouses, leurs enfants et leurs petits-enfants y ont vécu depuis plusieurs générations », a rappelé Tahirou Mohamed, rejetant toute présentation de leur présence comme une simple occupation récente.

Le devenir du site au cœur de la contestation

Les interrogations se sont accentuées après l'installation, selon la mutuelle, d'une pancarte portant le nom de la SOGEDI sur le terrain désormais débarrassé de ses gravats.

Les anciens habitants disent également avoir appris qu'une partie des lieux pourrait être transformée en aire de stationnement pour les camions desservant le Port autonome d'Abidjan.

« Comment peut-on jeter des milliers de familles vulnérables à la rue juste pour stationner des camions ? C'est une injustice profonde », a lancé Tahirou Mohamed, appelant les pouvoirs publics à faire toute la lumière sur le statut foncier du terrain et sa destination future.

Des recours annoncés pour défendre leurs droits

Déterminée à poursuivre son combat, la Mutuelle des déguerpis de Vridi-Canal envisage désormais de saisir les juridictions compétentes afin d'obtenir réparation.

« Nous entendons défendre nos droits sur le site que nous considérons comme notre lieu de vie historique », a insisté Tahirou Mohamed.

Les responsables réclament une indemnisation pour les préjudices subis, des réponses sur le devenir des 25 hectares concernés et appellent les médias à relayer leur appel à « vérité, justice et réparation ».

Cette mobilisation intervient alors que les opérations de déguerpissement se multiplient à Abidjan dans le cadre de la lutte contre le désordre urbain et de l'aménagement de la capitale économique, ravivant le débat entre impératifs de développement urbain et protection des droits des populations affectées.

 

Josué Koffi