Formation PNAPAS : Quand l’école ivoirienne traite ses enseignants à deux vitesses

Formation PNAPAS : Quand l’école ivoirienne traite ses enseignants à deux vitesses

02/09/2026 - 19:02
Formation PNAPAS : Quand l’école ivoirienne traite ses enseignants à deux vitesses
Formation PNAPAS : Quand l’école ivoirienne traite ses enseignants à deux vitesses

Zéro franc pour les uns, 160 000 FCFA pour les autres : peut-on parler d’école de qualité dans ces conditions ?

Par YOBOUE KOUAKOU, Secrétaire Général National du SYNAPE-CI

Il y a des questions que l’on ne peut plus éviter. Il y a surtout des injustices que l’on ne peut plus banaliser lorsqu’elles touchent directement à l’avenir de notre système éducatif.

La formation PNAPAS en est une.

Le Programme National d’Appui aux Premiers Apprentissages Scolaires (PNAPAS) est présenté comme un levier majeur de l’amélioration des premiers apprentissages. Après les classes de préscolaire, de CP et de CE1, son extension au CE2 constitue, en soi, une initiative que nous devons saluer.

Nous sommes favorables à toute politique qui permet à nos enseignants de mieux maîtriser les méthodes pédagogiques et, par conséquent, à nos enfants de mieux apprendre.

Mais une réforme éducative ne peut être véritablement ambitieuse si elle commence par créer une différence entre les enseignants appelés à la mettre en œuvre.

Même formation, mêmes exigences… mais pas les mêmes moyens

Des documents de prise en charge que nous avons pu consulter font apparaître une situation pour le moins préoccupante.

Pour les enseignants et directeurs du secteur public concernés par cette formation, la prise en charge s'établirait à 140 000 FCFA au titre du perdiem, correspondant à 14 jours à 10 000 FCFA, auxquels s'ajouteraient 20 000 FCFA pour le transport, soit 160 000 FCFA au total, versés via TrésorPay.

Je le précise clairement : je ne conteste absolument pas cette prise en charge.

Au contraire.

Un enseignant qui abandonne ses vacances pendant quatorze jours pour participer à une formation décidée dans le cadre d'une politique nationale doit pouvoir participer à cette formation dans des conditions dignes.

La vraie question est donc simple :

Pourquoi ce qui est considéré comme nécessaire pour l'enseignant du public devient-il inutile pour celui du privé ?

Car, dans le même temps, des enseignants du secteur privé convoqués pour cette même formation PNAPAS se retrouvent avec une prise en charge de zéro franc CFA.

Zéro franc pour le transport.

Zéro franc pour l'hébergement.

Zéro franc pour la restauration.

Zéro franc pour les documents.

Zéro franc pour la connexion internet.

Et cela pendant quatorze jours.

Nous n’éduquons pas des enfants de seconde zone

Je le dis avec responsabilité, mais aussi avec fermeté :

Nous n’éduquons pas des enfants de seconde zone.

L’enfant qui fréquente une école privée reste un enfant ivoirien.

Il apprend les mêmes fondamentaux, prépare les mêmes examens nationaux et appartient au même système éducatif national.

Alors pourquoi son enseignant devrait-il être considéré comme un acteur de seconde catégorie lorsqu'il s'agit de mettre en œuvre une réforme nationale ?

L'enseignement privé scolarise une part importante des élèves du primaire en Côte d'Ivoire. Il constitue donc une composante incontournable de notre système éducatif.

On ne peut pas vouloir améliorer les apprentissages de tous les enfants et, dans le même temps, laisser une partie significative des enseignants qui les encadrent en dehors des conditions normales de mise en œuvre de cette politique.

Une réforme nationale ne peut pas être construite avec une logique à deux vitesses

Au SYNAPE-CI, nous ne demandons pas un privilège.

Nous demandons l'équité.

Nous ne demandons pas que l'enseignant du privé soit favorisé par rapport à celui du public.

Nous demandons simplement que, lorsqu'un enseignant du public et un enseignant du privé sont convoqués pour la même formation, pendant la même durée, sur le même programme et avec les mêmes exigences, ils bénéficient de conditions de participation équitables.

C'est une question de justice.

C'est également une question d'efficacité.

Car il faut avoir le courage de poser une autre question :

Comment un enseignant peut-il participer sereinement à une formation de quatorze jours lorsqu'il doit lui-même financer son transport, sa nourriture, sa connexion et toutes les dépenses liées à sa participation ?

Et lorsque cet enseignant est déjà confronté à la précarité salariale, l'effort demandé devient encore plus lourd.

La qualité de l'éducation commence aussi par le respect de ceux qui enseignent

Nous parlons beaucoup de qualité des apprentissages.

Nous parlons de méthodes pédagogiques.

Nous parlons de performances scolaires.

Nous parlons d'évaluations nationales et internationales.

Nous parlons, à juste titre, des résultats de nos élèves.

Mais nous oublions parfois l'essentiel :

Il n'y a pas de qualité durable sans enseignant correctement considéré.

Le PNAPAS vise précisément à renforcer les capacités des enseignants afin d'améliorer les apprentissages.

Alors pourquoi commencer cette amélioration par une différence de traitement entre ceux qui sont appelés à la porter ?

Le PASEC nous rappelle régulièrement l'importance du renforcement des compétences des enseignants dans l'amélioration des apprentissages.

La question n'est donc pas de savoir si les enseignants du privé méritent d'être formés.

La question est de savoir si la Côte d'Ivoire veut réellement une politique éducative universelle, qui considère tous les enfants et tous les enseignants comme des composantes d'un même système.

Au MENA, au PRSEB et aux partenaires : nous demandons une correction

En tant que Secrétaire Général National du SYNAPE-CI, je lance donc un appel clair au Ministère de l'Éducation Nationale et de l'Alphabétisation, à la direction du PRSEB, ainsi qu'aux partenaires techniques et financiers qui accompagnent ces réformes.

Corrigeons cette anomalie.

Il ne s'agit pas de remettre en cause la prise en charge accordée aux enseignants du public.

Il s'agit de faire en sorte que les enseignants du privé qui participent aux mêmes formations nationales puissent eux aussi bénéficier d'une prise en charge appropriée.

Si l'État considère que la formation est suffisamment importante pour mobiliser un enseignant pendant quatorze jours, alors il doit également considérer que cet enseignant, quel que soit son statut, mérite des conditions lui permettant d'y participer dignement.

Le privé n'est pas un supplétif de l'État

Nous devons sortir d'une vieille conception selon laquelle l'enseignement privé serait simplement une solution de secours lorsque l'État ne dispose pas de suffisamment de capacités d'accueil.

Le privé est devenu un partenaire essentiel du système éducatif ivoirien.

Ses établissements accueillent des centaines de milliers d'enfants.

Ses enseignants participent quotidiennement à la formation de la jeunesse.

Ses élèves composent aux examens nationaux.

 

Ses établissements contribuent à absorber la pression démographique et scolaire que le seul secteur public ne pourrait pas supporter.

Dès lors, il est incohérent de reconnaître le rôle du privé lorsqu'il faut absorber les effectifs et de l'oublier lorsqu'il faut mettre en œuvre les grandes réformes éducatives.

Notre position est simple

Au SYNAPE-CI, nous sommes favorables au PNAPAS.

Nous sommes favorables à la formation continue des enseignants.

Nous sommes favorables à toutes les réformes qui améliorent réellement les apprentissages.

Mais nous refusons une réforme qui serait à deux vitesses.

Nous refusons que le statut de l'établissement détermine la dignité accordée à l'enseignant.

Nous refusons que l'enseignant du privé soit suffisamment important pour enseigner mais pas suffisamment important pour être correctement pris en charge lorsqu'il est mobilisé dans le cadre d'une politique éducative nationale.

L'école ivoirienne doit être une école de qualité pour tous.

Et si nous voulons réellement améliorer les premiers apprentissages, commençons par donner à tous ceux qui les enseignent les mêmes chances de participer aux réformes qui les concernent.

Car au fond, la question n'est pas seulement celle de 160 000 FCFA.

La véritable question est celle-ci :

« Quelle valeur la Côte d'Ivoire accorde-t-elle à l'enseignant qui contribue, chaque jour, à construire son avenir ?»

YOBOUE KOUAKOU

Secrétaire Général National

SYNAPE-CI