Conférence Antiterroriste BRICS+ 2025 : Un Plan Marshall pour l'Afrique, l'urgence d'une souveraineté retrouvée
Conférence Antiterroriste BRICS+ 2025 : Un Plan Marshall pour l'Afrique, l'urgence d'une souveraineté retrouvée
Moscou a été le théâtre, le 3 décembre 2025, d'une rencontre capitale : la Conférence Antiterroriste BRICS+. L'événement, marqué par la présentation du Dr. Ahoua DON-MELLO, Vice-Président de l'Alliance Internationale des BRICS, a mis en lumière la crise sécuritaire, économique et historique qui étreint l'Afrique, particulièrement le Sahel, proposant une réponse audacieuse : un véritable "Plan Marshall pour l’Afrique".
L'analyse, d'une profondeur historique rare, a posé le contexte du djihadisme comme la dernière manifestation d'une longue période d'obscurité succédant à la gloire des grands empires africains.
De la splendeur impériale à l'obscurité coloniale
Le Dr. DON-MELLO a ouvert son exposé en restituant la splendeur passée du Sahel, allant à rebours des clichés persistants qui induisent des complexes. S'appuyant sur l'Histoire générale de l’Afrique de l'UNESCO, il a rappelé l'ère des grands empires.
> "Si l’histoire de l’Afrique, encore enseignée dans de nombreuses écoles du continent cache sa gloire passée pour justifier la mission « civilisatrice » de l’esclavage et de la colonisation, les 8 volumes de 800 pages chacun sur l’histoire générale de l’Afrique produits par l’UNESCO sont venus restituer toute sa gloire passée, et aussi son déclin."
L'orateur a évoqué l'Empire du Ghana (IIIe-VIIIe siècle), tirant sa puissance du sel et de l’or, puis l'Empire du Mali sous Soundjata Kéita (1235), créateur de la Charte du Mandé, considérée comme l'une des premières déclarations des droits de l'homme.
L'âge d'or fut atteint sous Kankan Moussa (vers 1312), dont le pèlerinage à La Mecque en 1324 fut si riche en or qu'il déstabilisa le cours mondial du métal précieux. Le Dr. DON-MELLO insiste :
"En 1324, Kankan Moussa effectua un pèlerinage à la Mecque avec tellement d’or (environ 10 tonnes) que le cours du métal précieux aurait baissé pendant plusieurs années. Il reste d’ailleurs, jusqu’à aujourd’hui l’homme le plus riche de la planète."
Ce déclin est symboliquement lié à l'échec de l'Empereur Aboubakari II dans son expédition maritime vers l'Amérique, un échec qui "ferme la période de gloire de l'Afrique" et ouvre celle de la déportation, de l'esclavage, et finalement de la colonisation suite à la Conférence de Berlin en 1885. L'orateur a souligné le transfert brutal de richesse, citant les réserves d'or actuelles de la Banque de France (2437 tonnes) en contraste frappant avec celles de la BCEAO (36,5 tonnes).
> "Toute la puissance économique et financière de l’Empire du Mali passe alors d’un seul coup à l’Empire colonial français, puis à la France. Tel est l’enjeu de la lutte pour la souveraineté des peuples du Sahel qui concerne tout le futur du continent Africain."
Le cycle des souverainetés menacées
L'article de presse a ensuite brossé un tableau de l'instabilité politique au Mali depuis l'indépendance en 1960, soulignant une succession de coups d'État et de transitions, d'une brève démocratie à l'élection contestée d'Ibrahim Boubacar Keïta. Cette instabilité est le terreau de la crise actuelle, exacerbée par un contexte géopolitique explosif.
L'assassinat de Mouammar Kadhafi en Libye en 2011 a engendré le retour de combattants Touaregs au Mali, donnant naissance à la rébellion du MNLA (Mouvement National pour la Libération de l’Azawad) et, plus gravement, à l'émergence de la menace djihadiste, notamment avec Ansar Dine et son alliance avec AQMI (Al Qaida pour le Maghreb Islamique).
L'intervention militaire française en janvier 2013, suite à l'offensive djihadiste sur Konna, bien que cruciale initialement, n'a pas durablement résolu le problème. Le Dr. DON-MELLO note l'échec de la promesse des 455 milliards de dollars lors de la conférence d'Addis-Abeba, dont l'impact est resté "sans suite significative".
La pression populaire au Mali a finalement mené aux événements d'août 2020 et à la transition militaire actuelle, dirigée par Assimi Goita. Le départ de l'armée française en 2022, suivi par le Burkina Faso et le Niger, a conduit à la création de l'AES (Alliance des États du Sahel), un bloc cherchant à "mutualiser leurs efforts" pour une défense commune. « Le plus dur reste à venir pour défendre la souveraineté et retrouver la prospérité et la gloire. Les peuples de l’AES et leurs Chefs portent donc une lourde responsabilité. »
L'espoir repose sur le potentiel économique de l'AES, riche en blé, en hydrogène naturel, en uranium, en pétrole, et en or, à condition que ces États aient la "pleine souveraineté sur ses richesses comme Kankan Moussa". La réussite de l'AES est présentée comme un moment historique crucial : « Votre victoire, en revanche, sera un espoir pour tout le continent comme le fut la victoire de Soundjata Kéita et la prospérité du Mali de Kankan Moussa. »
La souveraineté menacée : La menace djihadiste multidimensionnelle
La situation sécuritaire actuelle est dramatique. Après la libération de Kidal, la menace s'est fragmentée et propagée, encerclant l'AES et progressant vers les pays côtiers. Les groupes actifs — tels que JNIM (affilié à Al Qaida), EIGS (État islamique au Grand Sahara), et ISWAP/Boko Haram — disposent d'un armement de plus en plus sophistiqué (explosifs, drones) provenant des détournements de stocks nationaux, de la Libye, et des marchés illicites alimentés par des trafiquants européens.
L'impact va au-delà du seul domaine sécuritaire, engendrant une crise humanitaire profonde : 4 millions de déplacés, fermetures d'écoles et de centres de santé, ciblage des agriculteurs et des transporteurs. Le mal est "si profond et fertilisé par la pauvreté" qu'une simple réponse militaire est insuffisante, malgré l'appui de la Russie.
La menace exige une approche multidimensionnelle, coordonnée au niveau régional et mondial (réponse militaire, « plan Marshall », actions de développement et restauration de l’autorité de l’Etat) pour venir à bout du djihadisme.
Le Dr. DON-MELLO déplore l'asymétrie de l'attention internationale, faisant un parallèle amer : « Mais l’AES n’est pas l’Ukraine où la communauté internationale est plus préoccupée par la chute des régimes de l’AES que par l’éradication du djihadisme. »
L'Appel de Moscou : Un "Plan Marshall" BRICS+
Face à cette menace existentielle pour l'Afrique, la Conférence BRICS+ a servi de plateforme pour lancer un appel retentissant à l'action internationale, dirigée non plus par les anciennes puissances coloniales, mais par un nouveau bloc économique et géopolitique.
La conclusion de l'exposé est un appel direct et structurant : « Les pays membres de BRICS+ avec l’appui de la Banque des BRICS doivent prendre l’initiative d’un ‘’Plan Marshall ‘’ pour l’Afrique afin de donner une réponse multidimensionnelle à la menace. »
Ce Plan Marshall devra s'attaquer aux racines profondes du mal par un développement accéléré et la restauration de l'autorité étatique sur l'ensemble du territoire de l'AES. Pour le Dr. Ahoua DON-MELLO, cette conférence de Moscou représente le "signe de cet espoir" pour mettre fin à l'obscurité et inaugurer une nouvelle ère de souveraineté et de prospérité, à l'image des gloires passées du Manding.
