À la fête de la Liberté depuis Abobo : le FPI brandit le spectre d’une République confisquée

À la fête de la Liberté depuis Abobo : le FPI brandit le spectre d’une République confisquée

04/05/2026 - 19:31
À la fête de la Liberté depuis Abobo : le FPI brandit le spectre d’une République confisquée
À la fête de la Liberté depuis Abobo : le FPI brandit le spectre d’une République confisquée

Il y avait quelque chose de têtu et de volontaire dans l’air d’Abobo, ce samedi 2 mai 2026. Malgré la chaleur implacable qui écrase la commune dès les premières heures de la matinée, des centaines de militants du Front populaire ivoirien (FPI) ont répondu à l’appel.

Banderoles au vent, attributs du parti sur le dos, ils ont défilé dans les rues au son d’une fanfare avant de converger vers l’espace PIGGY, près de la cité universitaire d’Abobo 2, pour la 4ème édition de la fête de la Liberté.

Cette célébration, organisée par le Conseil politique régional (CPR) du FPI d’Abidjan pour les « 2A » (Abobo et Anyama), a rapidement pris une tournure très politique. Le décor est planté : la parole y est libre et tranchante.

Un discours de résistance

C’est Jean-Marie Konin, vice-président du FPI chargé de la région Abidjan 2A, qui a porté le discours offensif de la journée. D’entrée, il a donné le ton de la résistance : être debout sous la bannière du FPI, affirme-t-il, « c’est déjà un acte de résistance ».

Mais au-delà du symbole militant, c’est sur le fond de la gouvernance ivoirienne que l’orateur a concentré ses flèches, visant directement le régime d’Alassane Ouattara.

« Une République, une famille »

Le grief central de Jean-Marie Konin porte sur ce qu’il appelle sans détour la « privatisation du pouvoir ». Frères, enfants, beaux-frères aux postes stratégiques de l’État et de l’économie : le tableau dressé par le vice-président du FPI est celui d’un appareil d’État progressivement transformé en patrimoine familial.

> « La République est devenue une affaire de famille », a-t-il martelé sous les acclamations de la foule.

Cette formule résume l'accusation centrale du FPI : le mérite républicain céderait le pas à la proximité clanique. Dans ce réquisitoire, Konin n’oublie pas les réalités concrètes du quotidien. Il cite les chiffres de la rue, ceux que connaît chaque ménage d’Abobo :

 * Le kilogramme de viande de bœuf passé de 1 700 à 4 000 FCFA en quinze ans.

 * Les loyers devenus inaccessibles.

 * Les coupures d’eau et d’électricité récurrentes.

« C’est la double peine », dénonce-t-il, évoquant ces familles contraintes d'étudier à la bougie et de stocker l’eau dans des bidons tout en continuant de payer des factures élevées.

Quand la paix sociale vacille

L’avertissement le plus grave de la journée a pris la forme d'une mise en garde solennelle : « Quand le panier de la ménagère est vide et que le robinet d’eau est sec, la paix sociale est en danger. »

Cette formule dépasse la simple rhétorique partisane. Elle interroge la viabilité d’un modèle économique qui affiche des taux de croissance flatteurs, mais dont les fruits, selon l’opposition, ne parviennent pas aux couches populaires.

La chute du prix d’achat du cacao et la crise de commercialisation des produits agricoles ont également été évoquées, illustrant l’inquiétude du FPI pour le monde rural, pilier traditionnel de l’économie ivoirienne.

Une opposition qui s’organise

La présence à l’espace PIGGY de représentants du PDCI-RDA, du COJEP et du G8 n’est pas anodine. Elle signale une volonté de rassemblement des forces d’opposition autour de thématiques communes : cherté de la vie, libertés publiques et équité républicaine. Le FPI entend visiblement incarner un pôle fédérateur de cette contestation.

La fête s’est achevée dans la ferveur. Mais derrière la fanfare et les chants, le message politique est clair : en 2026, Abobo n'est pas résignée.

Robert Krassault