À Kongouanou, elles deviennent mères avant d’avoir grandi

À Kongouanou, elles deviennent mères avant d’avoir grandi

30/09/2026 - 07:49
À Kongouanou, elles deviennent mères avant d’avoir grandi
À Kongouanou, elles deviennent mères avant d’avoir grandi

Dans ce village situé à 29 kilomètres de Yamoussoukro, des adolescentes enceintes ou déjà mères affrontent l’interruption de leurs études, la précarité et la stigmatisation. Leurs récits révèlent moins une fatalité qu’un déficit d’information, d’accès aux soins et de protection. Reportage !

Kouassi Charlène avec sa fille âgée d’un mois sur les bras dans la cour familiale, à Kongouanou

Ce dimanche 20 septembre 2026, il est 11 h 13. Dans une cour familiale, Kouassi Charlène (son nom est cité avec son accord préalable), 19 ans, berce sa fille âgée d’un mois. Ses gestes sont encore hésitants, comme ceux de quelqu’un qui apprend à tenir un être si fragile en craignant de le briser. Son visage porte les traces de nuits écourtées : la veille, dit-elle, elle est restée éveillée jusqu’à 3 heures du matin pour nourrir son bébé.

Charlène n’est plus enceinte : elle est désormais une jeune mère. Mais sa grossesse a commencé alors qu’elle était encore sur les bancs de l’école, et elle a brisé net son parcours. Autour d’elle, les mots se mélangent, alors qu’ils ne disent pas la même chose. La grossesse adolescente concerne une fille âgée de 10 à 19 ans. La grossesse d’une mineure touche une personne de moins de 18 ans, sans préjuger des circonstances de la relation. La grossesse en cours de scolarité concerne une élève encore inscrite dans un établissement. La maternité adolescente, elle, désigne une adolescente qui a déjà accouché. Charlène se tient à la croisée de plusieurs de ces réalités.

La jeune mère raconte avoir découvert sa grossesse après l’absence de ses règles. « Mes menstrues devaient venir à une certaine date, mais elles ne sont pas venues. C’est comme ça que j’ai découvert ma grossesse », confie-t-elle, la voix basse.

Élève en classe de 6e avant sa grossesse, elle dit avoir entendu parler des méthodes contraceptives lors d’échanges informels avec son frère et sa sœur. Mais elle n’avait jamais bénéficié, selon son témoignage, d’une information structurée sur la puberté, le fonctionnement du corps, la contraception ou le recours aux services de santé. Elle a appris seule, et trop tard, ce que personne ne lui avait expliqué à temps.

Lorsqu’elle a compris qu’elle était enceinte, Charlène a d’abord éprouvé de la peur. Elle a finalement informé son père, qui l’a dissuadée d’interrompre la grossesse. « Il m’a dit qu’il ne fallait pas avorter, que ce n’était pas bon », rapporte-t-elle.

En Côte d’Ivoire, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) demeure pénalement encadrée. L’article 427 nouveau du Code pénal prévoit des exceptions, notamment lorsque la vie de la mère est gravement menacée ou lorsque la grossesse résulte d’un viol, sous certaines conditions médicales et légales.

Une scolarité suspendue

Charlène est en couple depuis un an avec le père de son enfant, un jeune homme de 22 ans venu chercher du travail dans le village. Il a reconnu sa paternité, mais sa présence et son soutien financier restent limités, selon la jeune mère.

La charge quotidienne repose donc principalement sur la famille. À la maternité, Charlène a dû apprendre à s’occuper d’un nourrisson alors qu’elle avait elle-même besoin d’être accompagnée. Ses études sont interrompues, mais son projet demeure intact. « Mon plus grand rêve aujourd’hui pour mon avenir, c’est l’école », affirme-t-elle.

En classe de 6e, elle avait obtenu une moyenne de 15 sur 20 au premier trimestre de l’année scolaire 2025-2026. Elle rêvait de devenir sage-femme. Elle espère aujourd’hui bénéficier du report de scolarité prévu par la réglementation ivoirienne : un arrêté ministériel qui permet à une élève enceinte ou devenue mère de reprendre ses cours après une interruption, sans que cette période soit automatiquement assimilée à un redoublement.

Des situations différentes

À 16 ans, Aya Lorentine (nom modifié) était en classe de 4e lorsqu’elle a appris qu’elle était enceinte. Elle l’est encore : six mois de grossesse, et la maternité en ligne de mire. Elle n’est pas encore mère, contrairement à Charlène.

Lorentine avait déjà entendu parler du préservatif et de la pilule à l’école. Elle affirme cependant ne pas savoir où obtenir ces méthodes contraceptives à Kongouanou. À Tiébissou, où elle était scolarisée auparavant, elle connaissait davantage les lieux vers lesquels se tourner.

Son partenaire, âgé de 19 ans, est lui-même déscolarisé. Selon Lorentine, il lui apporte un soutien financier et moral. Ses amis sont restés proches, mais elle dit subir les regards inquisiteurs et essuyer les quolibets des habitants. La grossesse a interrompu sa scolarité. Elle souhaite néanmoins devenir sage-femme.

Dans une concession voisine, K.O., 16 ans, était en classe de 5e lorsqu’elle a appris qu’elle était enceinte. Elle raconte avoir d’abord parlé au jeune homme qu’elle désigne comme le père de l’enfant, puis à sa mère. La réaction maternelle, dit-elle, a été marquée par les cris de colère et les insultes.

K.O. avait déjà entendu parler de la contraception à l’école. Mais elle affirme ne pas avoir reçu d’explication suffisamment concrète sur son utilisation et sur les lieux où s’en procurer. Elle soutient qu’elle n’aurait pas eu honte de demander des préservatifs. Son histoire dit une chose simple : ce qui manque, ce ne sont pas seulement des produits, mais des adultes qui écoutent sans juger, et un lieu où l’on peut demander en confiance.

Le père de son enfant, dont elle ignore l’âge exact, reste en relation avec elle. La belle-famille apporte une aide financière irrégulière. Depuis sa grossesse, K.O. dit que certaines amies se sont éloignées et qu’elle est devenue un sujet de conversation dans le village. Elle a poursuivi sa scolarité pendant huit mois de grossesse avant de l’interrompre. Aujourd’hui, elle n’a aucune certitude sur son avenir.

Dans le cadre de ce reportage, nous avons également croisé une adolescente de 15 ans. Son ventre arrondi témoignait d’une grossesse avancée. Elle avançait lentement, apeurée. Elle n’a pas répondu à nos questions. La présence, à proximité, de celui qu’on présente comme le père de l’enfant semblait limiter sa liberté de parole. Nous avons appris plus tard qu’elle avait accouché d’un garçon dans la nuit du dimanche au lundi. Elle était donc mineure au moment de l’accouchement. Son silence, lui, nous a suivis.

Une réalité qui dépasse le village

Charlène est loin d’être un cas isolé. À l’échelle nationale, le ministère de l’Éducation nationale a enregistré 4 266 cas de grossesses en cours de scolarité durant l’année 2024-2025, contre 6 681 en 2022-2023, soit une baisse de 36,1 %. Ces chiffres ne concernent que les élèves identifiées dans le système scolaire. Ils laissent dans l’ombre celles qui ont déjà quitté l’école, ou que personne n’a comptées.

Pour les zones rurales, il n’existe pas de recensement local. Selon l’Enquête Démographique et de Santé - EDS Côte d’Ivoire 2021, 36,4 % des adolescentes âgées de 15 à 19 ans vivant en milieu rural avaient déjà été enceintes, contre 16,5 % en milieu urbain. Là où l’école est la plus éloignée, la grossesse arrive plus tôt.

Les risques dans le corps

Les adolescentes enceintes ne courent pas toutes les mêmes risques. Mais l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique que les mères âgées de 10 à 19 ans sont davantage exposées que les femmes de 20 à 24 ans à certaines complications : l’éclampsie, les infections du post-partum et les infections systémiques. Leurs nouveau-nés sont plus exposés à la prématurité, au faible poids de naissance et à certaines complications néonatales.

La situation peut s’aggraver avec l’anémie, la malnutrition, le paludisme, l’éloignement d’un centre de santé ou un suivi prénatal insuffisant. Chez les très jeunes adolescentes, l’immaturité physique peut aussi accroître le risque de travail prolongé ou de dystocie, c’est-à-dire d’accouchement difficile. Le risque n’est pourtant pas une fatalité : un suivi prénatal précoce, la prise en charge de l’anémie, la prévention du paludisme et l’accès rapide aux soins d’urgence peuvent le réduire.

Selon des informations recueillies auprès de sources médicales de la sous-préfecture de Kossou, dont dépendrait administrativement Kongouanou, six jeunes filles de moins de 18 ans seraient enregistrées chaque mois en consultation prénatale. Des adolescentes de 10 à 14 ans figureraient parmi elles. Les mêmes sources signalent des cas d’anémie et de dystocie, ainsi que des complications liées à des tentatives clandestines d’interruption de grossesse.

Dans la zone, plusieurs méthodes contraceptives seraient disponibles : préservatifs, pilules, injectables et implants. Depuis octobre 2024, le ministère en charge de la Santé affirme que les produits et services de planification familiale sont gratuits dans les établissements sanitaires publics. En février 2026, le gouvernement a annoncé l’extension d’un projet d’accès universel à la contraception moderne à 67 districts sanitaires répartis dans 19 régions. Sur le papier, la porte est ouverte. Reste à savoir si les adolescentes de Kongouanou savent où la trouver.

La parole des familles

Vêtue d’une robe marinière bleu fleuri et d’un foulard assorti, Yao A. Marina, mère d’une adolescente, raconte avoir découvert la grossesse de sa fille après avoir observé des changements physiques et comportementaux. Un pharmacien lui a indiqué quoi faire ; elle a acheté un test urinaire. « Ma fille n’était pas auprès de moi auparavant. Elle était chez son père. Elle est revenue l’année passée et est venue vivre auprès de moi. Quand elle est revenue, j’ai remarqué certains changements dans son comportement. Je ne la trouvais pas comme d’habitude. J’avais des soupçons. J’ai fini par faire un test de grossesse », raconte-t-elle.

La nouvelle s’est rapidement répandue dans le quartier du village. Marina reconnaît avoir mal réagi, mais dit avoir ensuite cherché à comprendre. Elle admet surtout la difficulté de parler de sexualité et de puberté avec ses filles. « Les enfants, lorsqu’on leur parle, peuvent répondre : “Maman, laisse-moi !” Il est donc parfois difficile pour les parents de leur parler de ces sujets », soupire-t-elle.

Sa première fille avait déjà connu une grossesse alors qu’elle était scolarisée en classe de 3e. Elle avait repris l’école après son premier accouchement avant de connaître une nouvelle grossesse. Pour Marina, cette expérience montre l’importance d’un dialogue commencé avant la crise, avec des mots simples, adaptés à l’âge et dépourvus de menace.

Les dépenses liées à la grossesse et à l’enfant reposent en grande partie sur les familles. « Pour les dépenses liées à l’hôpital, les parents du jeune homme donnent de l’argent à la jeune fille pour ses soins. Pour la nourriture, elle mange avec nous à la maison. Parfois, le père de l’enfant lui donne 500, 1 000 ou 2 000 francs CFA. Mais certains jours, il ne donne rien », témoigne-t-elle.

Marina sort elle-même d’une longue période de maladie. Son activité commerciale, notamment la vente de couches et de savon, est à l’arrêt. « Une grande partie de mon argent a été consacrée aux dépenses de la maison et aux besoins de ma fille. En quelques mois, mon commerce s’est arrêté », dit-elle. Ainsi la grossesse d’une adolescente ne pèse pas seulement sur son avenir scolaire : elle alourdit la charge d’un foyer déjà fragile.

Plusieurs parents sollicités n’ont pas souhaité répondre. Leur silence ne permet pas de conclure à une absence d’implication, mais il dit la difficulté d’aborder publiquement la question.

La responsabilité des garçons

Contrairement à plusieurs jeunes pères sollicités, Sylvain (nom d’emprunt), partenaire d’une maman adolescente, a accepté de répondre. Âgé de 19 ans, il reconnaît avoir été informé de la grossesse lorsque sa compagne le lui a annoncé. Il affirme avoir été à la fois dévasté et surpris. Au début de leur relation, ils avaient tous les deux 15 ans. Sylvain se souvient avoir parlé de contraception avant la grossesse.

C’est son père qui supporte les charges de la grossesse et l’entretien de l’enfant. « C’est mon père qui fait tout. C’est par moments que je donne à ma femme le petit déjeuner », déclare-t-il. Il reconnaît toutefois que sa propre aide reste insuffisante. Il se dit favorable au retour de la jeune mère à l’école. « Je n’ai pas les moyens, mais je vais faire des petits boulots afin d’aider mon père ainsi que la famille de ma femme à la scolariser », explique-t-il. Puis il ajoute : « Je suis très heureux de savoir que je n’ai pas gâché son avenir. »

Aux garçons et aux jeunes hommes de Kongouanou, il donne ce conseil : « Il faut pratiquer l’abstinence ou se protéger pendant chaque rapport sexuel. » Il estime aussi que les garçons devraient être davantage informés sur la prévention, le consentement et la responsabilité parentale. Son témoignage souligne une réalité souvent moins visible : la grossesse interrompt la scolarité de la fille, tandis que la responsabilité du garçon reste parfois limitée à une aide ponctuelle.

Koffi N’dah Jean-Pierre, président des jeunes de Kongouanou, estime que la prévention des grossesses adolescentes doit davantage impliquer les garçons, les familles et les structures éducatives du village

 

Koffi N’dah Jean-Pierre, président des jeunes du village, estime que les grossesses sont devenues fréquentes à Kongouanou. Il évoque l’insuffisance du dialogue familial et la faiblesse de l’information. Il cite également l’usage du téléphone, l’imitation et les fréquentations. Ces explications, souvent entendues dans les villages, reviennent à regarder du côté des filles. Or le téléphone, les vêtements ou les relations sociales ne suffisent pas à causer une grossesse. Les présenter comme des facteurs déterminants peut faire oublier la part des garçons, des hommes adultes ou de ceux qui exercent une pression sur elles.

Le président des jeunes reconnaît d’ailleurs que les garçons doivent eux aussi être concernés par la prévention. « Il faut écouter les parents et prendre sa vie au sérieux », conseille-t-il aux filles comme aux garçons.

 

Le règlement à l’amiable

 

Koffi Kouadio Firmin, porte-parole de la chefferie, indique que les familles privilégient généralement le règlement à l’amiable lorsque le jeune homme reconnaît la paternité. « La gendarmerie et la justice, c’est encore aller trop loin pour nous. Nous réglons cela à l’amiable, parce que nous sommes de la même famille », explique-t-il.

Cette médiation préserve les liens entre les familles et permet d’organiser une aide matérielle. Mais elle a ses limites lorsqu’elle s’applique à une mineure, à une situation de violence ou à un rapport de domination. Un arrangement familial ne peut pas priver une adolescente de soins, de protection ni d’écoute psychosociale. Et lorsque les faits peuvent constituer une infraction, il ne peut pas la priver du droit au signalement et à la justice. Une grossesse n’est pas seulement une affaire d’honneur ou de réputation : c’est d’abord la vie d’une enfant.

 

Construire un collège de proximité à Kongouanou

Koffi Kouadio Firmin, porte-parole de la chefferie de Kongouanou, plaide pour la construction d’un collège de proximité et le renforcement de l’information sur la santé sexuelle et reproductive des adolescents

La chefferie réclame la construction d’un collège de proximité à Kongouanou. Selon Koffi Kouadio Firmin, l’absence d’établissement secondaire oblige certains enfants à partir à Yamoussoukro après l’obtention de leur entrée en 6e. Tous les parents ne peuvent pas financer leur hébergement ou leur confier un tuteur. « Une fille qui part vivre seule en ville doit trouver les moyens de survivre. Si nous avons un collège de proximité, l’enfant pourrait vivre chez ses parents, qui sauraient où elle se trouve et pourraient mieux l’accompagner », plaide-t-il.

À Kongouanou, ces adolescentes ne demandent pas seulement à être protégées d’une grossesse. Elles ont besoin de comprendre leur corps, d’accéder à des services fiables, de poursuivre leurs études et de participer aux décisions qui concernent leur avenir.

Dans les bras de Charlène, le nourrisson dort paisiblement. La jeune mère regarde au loin. Son rêve est simple : retourner en classe et devenir sage-femme. Pour qu’il ne reste pas un rêve, la responsabilité ne peut pas être laissée à sa seule famille. Elle concerne l’école, les services de santé, les autorités, les garçons, les hommes, les parents et l’ensemble de la communauté.

 

Patrick KROU, envoyé spécial à Kongouanou

 

 

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Une réponse qui dépasse la construction d’un collège

 

La construction d’un collège à proximité peut contribuer à réduire les distances scolaires et à faciliter le suivi des élèves. Elle ne constitue toutefois qu’un élément d’une stratégie plus large. Les recommandations de l’OMS et de l’UNESCO mettent en avant l’éducation complète à la sexualité, l’accès à des services de santé adaptés aux adolescents, l’information sur la puberté, la contraception, le consentement et les violences, ainsi que les liens entre établissements scolaires et services de santé. Elles insistent également sur l’implication des garçons et la lutte contre la stigmatisation des adolescentes enceintes. Pour les jeunes mères, des politiques de retour à l’école et des mesures pratiques, comme la garde d’enfants, peuvent faciliter la poursuite de la scolarité.

 

P.K

 

 

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4 266 grossesses en cours de scolarité

 

La Côte d’Ivoire a enregistré 4 266 cas de grossesses en cours de scolarité durant l’année 2024-2025, contre 6 681 en 2022-2023. La baisse est de 36,1 %, d’après le ministère de l’Education nationale. Ce chiffre ne recense que les élèves identifiées par les établissements. Il ne dit rien des jeunes filles déscolarisées ni de celles qui n’ont jamais été enregistrées : il ne permet donc pas d’estimer le nombre total de grossesses adolescentes dans le pays.

 

P.K.

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Le report de scolarité, mode d’emploi

 

L’arrêté n° 254/MENA/DELC du 12 août 2024 encadre le report de scolarité des élèves du primaire et du secondaire, dans les établissements publics et privés de l’enseignement général. Il concerne notamment les élèves enceintes ou devenues mères. Le dossier peut être introduit par l’élève, ses parents ou une personne informée de la situation, et des documents médicaux ou administratifs peuvent être demandés.

L’objectif est d’éviter qu’une grossesse provoque une rupture définitive avec l’école. La Direction de l’Égalité et de l’Équité du Genre rappelle que le droit à l’éducation demeure applicable aux filles enceintes, aux mères et aux filles mariées.

 

P.K.

 

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Ces adolescentes enceintes qui attendent le troisième trimestre avant de consulter

 

Kouakou Adjoua Antoinette, infirmière au SSU-SAJ 1 de Yamoussoukro, lors d’une campagne de sensibilisation dans un établissement. (Photo DR)

Dans le District Autonome de Yamoussoukro, la prise en charge des adolescentes enceintes se heurte à un obstacle majeur : le retard de consultation. Selon Kouakou Adjoua Antoinette, infirmière diplômée d’État au service Santé sexuelle scolaire et universitaire – Santé des adolescents et des jeunes (SSU-SAJ 1), la majorité des jeunes filles reçues arrivent à un stade avancé de leur grossesse. Cette situation les expose à des complications et compromet leur maintien dans le système scolaire. « La majorité vient plutôt à partir du troisième trimestre, voire vers la fin du deuxième », explique-t-elle.

Plusieurs facteurs expliquent ce retard. Les adolescentes dissimulent leur grossesse et ne consultent donc pas assez tôt ; c’est souvent l’évolution du ventre qui les contraint à franchir la porte du service de santé. Cette arrivée tardive pèse sur leur santé, l’anémie étant le principal problème constaté. Faute de suivi prénatal précoce, certaines ne bénéficient pas à temps des traitements et de l’accompagnement nécessaires.

À cela s’ajoutent les risques des tentatives clandestines d’interruption de grossesse. L’infirmière dit avoir rencontré des jeunes filles qui avaient tenté d’interrompre leur grossesse par leurs propres moyens, avant d’être orientées vers l’hôpital une fois leur état aggravé. Un décès a été enregistré, précise-t-elle, même si cela reste occasionnel.

Pour prévenir les grossesses non désirées, le SSU-SAJ 1 propose pilules, implants, préservatifs et injectables, gratuits pour les adolescents et les jeunes, scolarisés ou non, jusqu’à 24 ans. La structure, affirme l’infirmière, ne connaît pas de ruptures de stock régulières. Mais l’accès à ces méthodes se heurte encore aux préjugés : certaines jeunes filles craignent que la contraception les empêche définitivement d’avoir des enfants, tandis que d’autres croient que l’implant pourrait se déplacer dans le corps.

Ces préjugés touchent aussi les familles. Certaines s’opposent à la contraception chez les filles non mariées, et des parents sont même venus menacer les agents de santé. Le dialogue et l’explication permettent toutefois, selon l’infirmière, de faire évoluer certaines positions.

Une fois la grossesse déclarée, la jeune fille bénéficie d’un suivi médical et d’un accompagnement psychosocial. Après l’accouchement, cependant, un autre obstacle apparaît : le retour à l’école. Le SSU-SAJ 1 délivre un document permettant le report de scolarité, mais certaines jeunes mères, par honte ou par manque d’information, ne regagnent pas leur établissement. D’autres restent au village avec leur enfant, et l’absence de personne pour garder le bébé freine aussi la reprise des cours.

L’infirmière se souvient d’un cas qui l’a marqué : « La plus jeune mère que nous avons reçue était une jeune fille du village de Maounou. Elle n’avait que 14 ans et était en classe de 6e. »

Face à cette réalité, le SSU-SAJ mise sur la sensibilisation dans les établissements et les communautés, à travers un plan d’action annuel et des visites médicales menées avec la Direction régionale de l’Éducation nationale (DRENA). Pour Kouakou Adjoua Antoinette, les parents doivent davantage coopérer avec les services de santé. À propos de la contraception, elle rappelle : « Ce n’est pas à nous de choisir à leur place. »

La prévention des grossesses en milieu scolaire dépasse ainsi le médical : elle suppose information, dialogue avec les familles et soutien aux jeunes mères.

 

P.K.