Primes/Menace sur le dialogue entre Intersyndicale et ministère, l’OPEECI tranche : « Accorder une prime aux enseignants n’est pas un luxe »

Primes/Menace sur le dialogue entre Intersyndicale et ministère, l’OPEECI tranche : « Accorder une prime aux enseignants n’est pas un luxe »

22/02/2026 - 05:04
Primes/Menace sur le dialogue entre Intersyndicale et ministère, l’OPEECI tranche : « Accorder une prime aux enseignants n’est pas un luxe »
Claude Aka Kadio, président de l’Organisation des parents d’élèves et d’étudiants (OPEECI), appelle les parents d’élèves et d’étudiants à encadrer leurs enfants face à l’IA

Dans un contexte marqué par les réformes éducatives, les défis des résultats scolaires, la question sensible des grossesses en cours de scolarité et l’irruption de l’intelligence artificielle dans l’apprentissage, Claude Aka Kadio, président de l’Organisation des parents d’élèves et d’étudiants (OPEECI) sort de sa réserve. Sans langue de bois, il défend l’exigence d’une école de qualité, plaide pour de meilleures conditions pour les enseignants et fixe un cap clair : atteindre au minimum 50 % de réussite pour cette rentrée scolaire 2025-2026.

Entre bilan nuancé, propositions concrètes et appels à la responsabilité collective, il livre une vision engagée de l’avenir de l’école ivoirienne.

UNE ORGANISATION QUI VEUT “OCCUPER LE TERRAIN”

Président, merci de nous accueillir. On sent une vraie effervescence dans vos locaux. Vous disiez que vous étiez “entouré”. Ce n’est pas une cellule de crise au moins ?

(Rires) Non, pas encore ! Disons plutôt une cellule d’action. Depuis le 5 juillet 2025, nous avons installé quatre sections dans les quatre Directions régionales de l’Education nationale (DRENA) du Grand Abidjan. C’était une étape importante pour nous.

Nous avons déjà 27 sections à l’intérieur du pays, mais Abidjan, capitale économique, ne pouvait pas rester en marge. Il fallait structurer notre présence ici (Ndlr, à Abidjan) aussi, pour être plus proches des parents et des réalités urbaines. Elles vont travailler efficacement.

Quand vous dites “elles vont travailler”, concrètement, elles feront quoi sur le terrain ?

Elles vont mener des campagnes de sensibilisation, organiser des formations pour les parents, renforcer leurs capacités sur le suivi scolaire des enfants.

Parfois même intervenir auprès des élèves en difficulté. L’idée, c’est que les parents ne soient pas spectateurs de l’école, mais acteurs. Nous voulons être un pont entre l’administration éducative et les familles.

Donc vous voulez “occuper l’espace”, comme vous l’avez dit ?

Oui, mais pas pour faire du bruit. Occuper l’espace pour être utiles. Si nous ne sommes pas présents, d’autres discours vont occuper le terrain. Or, l’école a besoin d’une voix responsable des parents.

UNE TOURNÉE POUR FRAPPER AUX BONNES PORTES

Avant de démarrer officiellement, vous avez entamé une tournée administrative. Pourquoi cette démarche ?

Parce qu’on ne peut pas agir sans coordination. Nous avons commencé par la Direction des écoles, lycées et des collèges (DELC).

Sans son autorisation, aucune activité dans les établissements n’est possible. Ensuite, nous avons rencontré la Direction de l’Équité et du Genre (DEEG), les différentes DRENA d’Abidjan…

Nous allons aussi voir la Direction de l’encadrement des établissements privés (DEEP), la Direction de la vie scolaire (DVS) et la Direction de l’orientation et des bourses (DOB).

Nous voulons que chacun sache ce que nous faisons. Et surtout que nos actions soient complémentaires, pas concurrentes.

On dirait un parcours du combattant !

(Rires) Oui, mais un parcours nécessaire. Si on veut des résultats durables, il faut respecter les procédures.

L’ÉCOLE DE QUALITÉ : PAS SEULEMENT DES DIPLÔMES

Vous parlez souvent “d’école de qualité”. Pour vous, c’est quoi exactement ?

L’école de qualité, ce n’est pas seulement un élève qui a 15 de moyenne. C’est un jeune qui est ‘’mûr’’. C’est un jeune qui y sort formé, équilibré, responsable.

Quelqu’un capable d’affronter les difficultés de la vie, de prendre des décisions, de participer au développement de son pays.

Être “mûr”, comme je l’ai dit, c’est être accompli moralement et intellectuellement. L’école doit former l’esprit et le caractère.

Donc la qualité dépasse le cadre académique ?

Absolument. Si un élève a de bonnes notes mais manque de discipline ou de valeurs, on a raté quelque chose. L’éducation parentale et la formation scolaire doivent marcher ensemble. C’est cette double action qui garantit la réussite.

LES RÉSULTATS SCOLAIRES : L’EXIGENCE DU 50 %

Vous avez été très ferme sur les résultats : 30 %, 40 % de taux de réussite, ça ne vous satisfait pas ?

Non, ce n’est pas suffisant. Sur 100 élèves, au moins 50 doivent réussir. C’est le minimum. On ne peut pas accepter qu’une majorité échoue chaque année.

Nos enfants ne sont pas moins intelligents que ceux d’ailleurs. Ce qui fait la différence, c’est l’organisation, la rigueur, la continuité des politiques éducatives.

Donc vous croyez que le cap des 50 % est réaliste ?

Oui, si chacun joue son rôle. Parents, enseignants, administration. L’école n’est pas l’affaire d’un seul ministère, c’est un projet national.

BILAN MINISTÉRIEL : ENTRE RECONNAISSANCE ET RÉSERVES

Quel regard portez-vous sur la gestion de la ministre sortante, professeure Mariatou Koné ?

C’est une personnalité compétente. Elle a initié des états généraux importants pour diagnostiquer les problèmes du système éducatif. Il y a eu des décisions positives, comme le rétablissement de la dictée.

Mais je pense que l’application des conclusions a été lente. On aurait pu aller plus vite, surtout sur les infrastructures et certaines réformes prioritaires.

Donc vous nuancez votre analyse ?

Oui. Il faut savoir reconnaître les avancées tout en soulignant les insuffisances.

LA PRIME DES ENSEIGNANTS : UNE QUESTION DE JUSTICE

Vous avez pris position sur la prime des enseignants. Pourquoi ?

Oui. Les enseignants travaillent souvent dans des conditions difficiles. Ils préparent les cours la nuit, corrigent des copies pendant que d’autres se reposent. Ce sont des travailleurs essentiels.

Accorder une prime, ce n’est pas un luxe. C’est reconnaître leur engagement et leur permettre de travailler avec moins de stress. Un enseignant rassuré financièrement est plus concentré sur sa mission.

L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : S’ADAPTER OU DISPARAÎTRE

L’intelligence artificielle inquiète beaucoup. Votre analyse ?

C’est un changement de paradigme mondial. Si nous ne formons pas nos enfants à ces outils, ils seront dépassés. Mais il faut les encadrer.

L’IA doit être un outil d’apprentissage, pas un raccourci pour tricher. Notre rôle sera d’expliquer aux parents comment accompagner leurs enfants dans cette nouvelle réalité.

Donc vous ne diabolisez pas l’IA ?

Non. Je dis simplement : maîtrisons-la avant qu’elle ne nous maîtrise.

GROSSESSES EN COURS DE SCOLARITÉ : RÉDUIRE SANS STIGMATISER

Plus de 4 000 cas recensés en 2025. Comment réagissez-vous ?

C’est préoccupant. On ne peut pas nier la réalité sociale. Mais il faut renforcer la sensibilisation et le suivi parental.

Dans certaines zones rurales, les enfants vivent seuls en ville pour étudier. Le manque de surveillance favorise les dérives. Cependant, je tiens à souligner que beaucoup de filles excellent et dominent même les classements. Il ne faut pas freiner cet élan.

Les garçons doivent s’inquiéter ?

(Rires) Qu’ils travaillent davantage, voilà tout !

L’OPEECI : IMPLANTATION ET MÉDIATION

Votre organisation semble très structurée. Est-ce le cas ?

Nous existons depuis 1991. Aujourd’hui, nous sommes implantés dans les grands pôles du pays, avec 27 sections et des points focaux dans plusieurs localités.

Nous faisons aussi de la médiation lors des crises. Quand une grève éclate, nous intervenons souvent en coulisses pour faciliter le dialogue. Si les tensions s’apaisent rapidement, c’est parfois grâce à ce travail discret.

MESSAGE AU MINISTRE KOFFI N’GUESSAN DÉSORMAIS EN CHARGE DE L’EDUCATION NATIONALE 

Quel message désirez-vous adresser au ministre en charge de l’Education nationale ?

C’est un homme expérimenté, technique, sérieux. Nous connaissons depuis qu’il était Directeur de l’École Nationale Supérieure de Statistique et d’Économie Appliquée d’Abidjan (ENSEA) et de l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INPHB). Nous avons confiance en sa capacité à conduire les réformes nécessaires.

Mais nous serons aussi force de proposition. Nous sommes sur le terrain, au contact direct des parents. Les informations que nous remontons peuvent enrichir la prise de décision.

On se quitte… 

Que cette année scolaire se termine sans heurts. Que nous franchissions enfin le cap des 50 % de réussite aux examens scolaires. Et surtout que chacun comprenne que l’école ivoirienne est notre bien commun.

Si nous travaillons ensemble, nous pouvons transformer durablement notre système éducatif.

Réalisée par Patrick KROU