Lutte contre Ebola : Dr Martial Vaghéni Mumbéré souligne l’importance de la santé mentale
Lutte contre Ebola : Dr Martial Vaghéni Mumbéré souligne l’importance de la santé mentale
Dans le cadre de la lutte contre la maladie à virus Ebola en Ituri, en République démocratique du Congo (RDC), la santé mentale et le soutien psychosocial occupent une place importante dans la prise en charge des personnes affectées.
Le Dr Martial Vaghéni Mumbéré explique les conséquences psychologiques de cette maladie, les dispositifs d’accompagnement des patients et des familles, ainsi que le soutien apporté aux équipes de riposte.
Il revient également sur le rôle de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans la coordination des interventions et le renforcement des capacités des acteurs.
Quelle est la place de la santé mentale dans la lutte contre une épidémie comme Ebola ?
La santé mentale et le soutien psychosocial sont essentiels dans la réponse à une épidémie de maladie à virus Ebola, car celle-ci s’accompagne d’une importante détresse psychologique.
Cette détresse est notamment liée à la peur de la mort, particulièrement présente dans le contexte d’Ebola. À cela s’ajoutent l’isolement des patients, qui se retrouvent coupés de leurs proches, ainsi que les symptômes de la maladie, notamment les douleurs et les manifestations hémorragiques.
La relation avec le personnel soignant constitue également un facteur important. Les soignants portent des équipements de protection qui rendent leur visage difficilement identifiable par les patients.
Cette situation peut compliquer les interactions humaines et renforcer le sentiment d’isolement des personnes prises en charge. Tous ces facteurs montrent combien il est indispensable d’intégrer la santé mentale dans la réponse à une épidémie d’Ebola.
Quelles interventions sont mises en œuvre pour répondre aux besoins en santé mentale durant l’épidémie actuelle ?
Plusieurs interventions sont déployées tout au long du parcours de prise en charge des personnes affectées, depuis le signalement d’un cas suspect jusqu’au retour dans la communauté. Dès l’alerte donnée par les équipes de surveillance épidémiologique, les prestataires de santé mentale doivent intervenir.
Les professionnels non spécialisés et les relais communautaires sont notamment formés pour apporter les premiers soins en santé mentale et un soutien psychologique de base.
Des interventions sont également prévues pendant le transfert des patients vers les centres de traitement Ebola (CTE) et tout au long de leur séjour dans ces structures.
L’accompagnement se poursuit après la sortie du centre de traitement. Il est alors essentiel de préparer le patient à retrouver sa communauté. Cette étape, appelée réinsertion sociale, vise notamment à prévenir la stigmatisation et à faciliter le retour à une vie sociale normale.
Une équipe peut accompagner la personne jusqu’à son domicile afin d’échanger avec sa famille et sa communauté, et de leur expliquer qu’elle est guérie. Le soutien psychosocial concerne aussi les familles endeuillées.
Lorsqu’un décès survient, un accompagnement spécifique est nécessaire pour expliquer les adaptations des rites funéraires, les raisons de ces changements et les moyens de préserver certaines pratiques dans le respect des mesures sanitaires. Le soutien doit également se poursuivre après les obsèques.
Enfin, une attention particulière est accordée aux enfants séparés de leurs familles, aux orphelins et aux enfants non accompagnés en raison de l’épidémie. Ces derniers constituent des groupes particulièrement vulnérables qui nécessitent un accompagnement adapté.
Quelles mesures sont prises pour préserver la santé mentale des équipes engagées dans la riposte ?
Les personnes mobilisées dans les centres de traitement Ebola et, plus largement, dans l’ensemble des opérations de riposte sont soumises à une forte pression psychologique.
Elles doivent faire face à une charge de travail importante, à la peur d’être contaminées et à la crainte de transmettre la maladie à leurs proches.
À cela s’ajoutent les tensions avec certaines communautés qui peuvent rejeter les pratiques sanitaires mises en place, voire s’en prendre aux équipes.
Pour les aider à faire face à cette détresse, des séances d’auto-prise en charge, ou self-care, et de soutien entre pairs sont organisées.
Ces activités concernent non seulement les équipes des centres de traitement, mais aussi celles de la coordination, de la surveillance épidémiologique et des inhumations sécurisées.
Concrètement, des séances sont organisées régulièrement, chaque semaine ou toutes les deux semaines, selon les équipes et les besoins identifiés.
Elles peuvent prendre la forme de thérapies de groupe ou de consultations individuelles, en fonction des situations rencontrées. L’objectif est de permettre aux intervenants de mieux gérer le stress et les difficultés psychologiques liés à leur engagement dans la lutte contre Ebola.
Quel appui l’Organisation mondiale de la Santé apporte-t-elle dans le domaine de la santé mentale ?
L’Organisation mondiale de la Santé intervient à plusieurs niveaux. Premièrement, elle assure la coordination des activités des différents partenaires à travers les groupes de travail consacrés à la santé mentale et au soutien psychosocial.
Ces mécanismes sont opérationnels en Ituri, au niveau infranational, et s’articulent avec un groupe de travail national auquel l’OMS participe.
En Ituri, l’Organisation dirige ces groupes afin de coordonner les interventions et de favoriser une réponse cohérente aux besoins des populations affectées.
Deuxièmement, l’OMS contribue au renforcement des capacités des acteurs de terrain. Elle organise des formations dans différentes zones de santé à l’intention des prestataires et des intervenants impliqués dans la prise en charge psychologique.
Ces formations permettent aux professionnels spécialisés ou non spécialisés, aux relais communautaires et aux équipes de soutien d’acquérir les connaissances de base nécessaires pour identifier les besoins en santé mentale et apporter une assistance adaptée.
L’OMS assure également une prise en charge directe de certains patients et d’autres personnes affectées. Des experts, notamment des psychologues et des psychiatres, peuvent être mobilisés pour intervenir dans les centres de traitement Ebola ou auprès de personnes orientées vers des services spécialisés. I
ls procèdent alors à l’évaluation des situations, accompagnent les équipes soignantes et formulent des recommandations pour améliorer la prise en charge des personnes concernées.
Ousseni Sawadogo
