Cancer : « L’accompagnement psychologique doit être systématique dès l’annonce de la maladie », selon Dr Edoua Kassi Edoua Samuel
Cancer : « L’accompagnement psychologique doit être systématique dès l’annonce de la maladie », selon Dr Edoua Kassi Edoua Samuel
À l’occasion d’Octobre Rose, mois consacré à la sensibilisation et à la lutte contre les cancers, le psychologue, chercheur et formateur Dr Edoua Kassi Edoua David Samuel, intervenant sur une chaîne de radio nationale, souligne l’importance de l’accompagnement psychologique des personnes atteintes d’un cancer. De l’annonce du diagnostic à la réadaptation après les traitements, il insiste sur le rôle des proches, la reconstruction de la confiance en soi et la gestion de la peur de la récidive.
Quel rôle jouent la famille et les proches ?
L’un des rôles les plus importants que la famille et les proches peuvent jouer est celui de soutien inconditionnel de première ligne, afin de contribuer fortement au maintien du sentiment de sécurité intérieure des personnes concernées.
Pourquoi le retour à la vie normale peut-il être psychologiquement difficile ?
Le retour à la vie normale est psychologiquement difficile parce que les personnes atteintes d’un cancer ne bénéficient généralement pas d’une préparation ou d’un accompagnement psychologique dès l’annonce de la maladie, pendant le traitement, puis avant et après une intervention chirurgicale.
Or, toute opération chirurgicale, particulièrement celle qui consiste à enlever une partie du corps, entraîne souvent des répercussions psychologiques négatives. Celles-ci peuvent être vécues comme insurmontables sur le plan émotionnel, d’abord, puis sur le plan cognitif, c’est-à-dire mental, et enfin conatif et comportemental.
Le retour à la vie normale est également difficile parce que la maladie, son traitement ou l’intervention chirurgicale subie impose à la personne une réorganisation et une réadaptation profondes à plusieurs niveaux de sa vie, en commençant par son monde intérieur avant de s’étendre à son environnement extérieur.
C’est ainsi que le stress chronique, l’anxiété, le trouble anxieux généralisé, l’angoisse, la dépression et les pensées suicidaires peuvent apparaître chez une personne qui éprouve des difficultés à s’adapter à sa nouvelle situation, surtout si elle ne bénéficie pas d’un accompagnement psychologique dès le début de son parcours de soins.
Comment retrouver la confiance en soi après cette épreuve ?
Pour retrouver confiance en soi après cette épreuve, il faut sortir du perfectionnisme, c’est-à-dire accepter ses imperfections et s’affranchir du jugement des autres. Il faut également éviter les relations toxiques, se libérer des préjugés et sortir du fatalisme.
Le fatalisme repose sur l’idée selon laquelle tout est déjà écrit, que ce qui est arrivé devait arriver ou que ce qui doit arriver arrivera nécessairement. On entend souvent ce type de discours chez les personnes atteintes de maladies.
Il faut pouvoir reprendre sa vie en main et éviter la surprotection de la part de ses proches et de ses amis, qui peut renforcer la peur de perdre toute son autonomie. Il faut également sortir des plaintes, de la culpabilité et de la recherche de boucs émissaires.
Il est aussi important d’éviter les comparaisons défavorables avec d’autres personnes. Il faut faire le bilan de ses réussites passées, prendre conscience de l’épreuve que l’on vient de surmonter, se féliciter pour le chemin parcouru et apprendre à s’affirmer de nouveau, autrement dit, à faire preuve d’assertivité.
Comment gérer la peur que le cancer revienne ?
Pour gérer efficacement la peur d’une récidive du cancer, il faut d’abord suivre scrupuleusement les recommandations et les traitements prescrits par son médecin traitant.
Il faut également développer des croyances fondamentales et des pensées automatiques de plus en plus positives. Il est important d’investir le temps dont on dispose dans le développement et la réalisation de projets que l’on a toujours rêvé de concrétiser.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’il faut créer des ONG de lutte contre le cancer ou s’engager dans des activités directement liées à cette maladie, comme on le constate parfois. Il est tout aussi important de s’investir dans d’autres activités agréables, sans aucun lien avec la maladie.
Il faut aussi s’entourer de personnes que l’on aime et qui sont, surtout, des sources de joie, de paix et de bonheur.
Par ailleurs, il est essentiel de demander un accompagnement psychologique dès l’annonce de la maladie. Pour ma part, j’estime que cet accompagnement devrait être systématiquement proposé aux personnes concernées dès la découverte du cancer par les médecins, et se poursuivre jusqu’à leur rétablissement physique et psychologique, y compris pour les personnes bénéficiant de soins palliatifs ou se trouvant en fin de vie.
Ainsi, on peut dire que le mois octobre doit être l’occasion, pour l’État, à travers le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, de recenser les psychologues praticiens et de les impliquer activement dans le parcours de soins proposé aux personnes atteintes d’un cancer.
Propos recueillis par P.K
