San-Pedro : Dix ex-agents de la SUCSO meurent en attente de leurs droits
San-Pedro : Dix ex-agents de la SUCSO meurent en attente de leurs droits
À San Pedro, le combat pour la justice prend une tournure tragique. Sur les 57 anciens agents de la Société de transformation de cacao (SUCSO) licenciés abusivement, dix sont décédés sans avoir perçu les indemnités qui leur sont dues depuis 2016.
Leurs 47 camarades restants ont brisé le silence ce samedi 26 juillet 2025, lors d'une conférence de presse poignante, lançant un appel désespéré aux autorités et à l'opinion publique.
« Certes, toute âme goûtera à la mort, mais certaines morts sont prématurées et relèvent de difficultés financières, voire de l’œuvre humaine, souvent même d’une simple ordonnance de 5 000 F CFA non payée », a déclaré M. Touré Lanciné, porte-parole du collectif, soulignant l'impact dévastateur de cette attente prolongée.
Le 18 avril 2016, la SUCSO, alors dirigée par M. Jean Martial Yacé, mettait fin aux contrats de 57 de ses employés. Après l'échec des tentatives de conciliation, le collectif a saisi la section du tribunal de Sassandra. En 2019, la justice leur a donné raison : une décision de 61 pages, confirmée par un certificat de non-appel, a condamné l'entreprise à verser 150 670 372 F CFA aux ex-agents.
Pourtant, six ans plus tard, cette décision est restée lettre morte. Aucune indemnité n’a été versée. Entre-temps, dix anciens travailleurs ont succombé.
« Ces noms sont certes banals pour vous, mais pas pour nous, qui les avions comme collègues. Ils sont 10, le fameux nombre 10 comme le nombre de commandements de Dieu, c’est bien le nombre d’absents parmi nous ce jour », a ajouté Touré Lanciné, visiblement consterné.
Ce drame humain met en lumière une réalité troublante : en Côte d’Ivoire, une décision de justice ne garantit pas automatiquement la réparation. Malgré la désignation de trois commissaires de justice en sept ans, le jugement n’a jamais été exécuté. Les ex-agents dénoncent des intimidations, des entraves administratives et une forme de protection dont bénéficierait leur ancien employeur.
« Il nous avait prévenus : “Je vous aurai à l’usure.” Et il semble qu’il soit en train de réussir. Mais nous, on ne lâchera pas », a affirmé M. Touré, témoignant de leur détermination inébranlable.
Dans une ultime tentative de se faire entendre, le collectif lance un appel vibrant :
* Au Président de la République, garant de l’État de droit ;
* Au Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme ;
* Aux élus, aux magistrats et à toutes les personnes éprises de justice ;
* Aux organisations de défense des droits humains.
« Nous ne voulons pas la charité. Nous exigeons ce qui nous revient de droit, ce que la justice a confirmé. Il est temps que l’État protège les faibles contre les puissants », a martelé M. Touré Lanciné.
Ce cri de détresse est à la fois un hommage à ceux qui sont partis dans la douleur et l’oubli, et un appel à sauver ceux qui restent, dans l’attente d'une justice réelle, vécue et appliquée.
À l’heure où nous publions cet article, M. Jean Martial Yacé n'a pas pu être joint pour recueillir sa version des faits. Affaire à suivre.
Zié K.
