Man : La lutte contre la drogue appelle à la responsabilité collective et à l’engagement des parents

Man : La lutte contre la drogue appelle à la responsabilité collective et à l’engagement des parents

20/07/2025 - 18:10
Man : La lutte contre la drogue appelle à la responsabilité collective et à l’engagement des parents
Man : La lutte contre la drogue appelle à la responsabilité collective et à l’engagement des parents

Du 17 au 19 juillet 2025, la ville de Man a vibré au rythme de la 38e Journée internationale de lutte contre l’abus et le trafic illicite de drogues. Une célébration d’envergure organisée par le Comité interministériel de lutte antidrogue (CILAD), avec l’appui de l’UNODC et de l’OMS.

Le thème national retenu cette année, « Parents, une jeunesse sans drogue, l’affaire de tous mais surtout de vous », a donné le ton d’un engagement accru des familles aux côtés des autorités, des forces de sécurité, des éducateurs et des jeunes. 

Dès l’ouverture officielle à l’hôtel communal, le 5e adjoint au maire de Man, Bamba Issiaka, a salué la tenue de cet événement dans la commune, en insistant sur la vulnérabilité persistante des jeunes face aux trafiquants. Il a souligné que la lutte contre la drogue ne saurait réussir sans la mobilisation de toutes les couches sociales.

Le vice-président du Conseil régional du Tonkpi, Tonkpa Maninga, a pour sa part rappelé que la région, en raison de sa proximité avec le Libéria et la Guinée, reste un corridor à risque pour le trafic de drogues. Il a plaidé pour une vigilance accrue, des politiques éducatives renforcées et des activités d’occupation pour les jeunes. 

Le préfet de la région du Tonkpi, préfet du département de Man, Soro Fatogoma, représentant le ministre de l’Intérieur et président du CILAD, a dévoilé des chiffres révélateurs : 421 kg de cannabis, 77 kg de cocaïne, 421 g d’héroïne saisis en 2023, en plus de 160 fumoirs détruits dans la région.

Il a insisté sur l’importance de la loi 2022-407, qui distingue les usagers, considérés comme des victimes, des trafiquants, désormais ciblés par des enquêtes patrimoniales pour frapper au portefeuille.

« Chaque gramme de drogue saisi, chaque fumoir détruit, c’est une vie sauvée », a-t-il déclaré. Il a lancé un appel à la responsabilité de chacun : villages, quartiers, écoles doivent être les bastions de cette lutte.

Le CILAD rassure : l’usager est une victime, le trafiquant un criminel

Dans une intervention très remarquée, le secrétaire général du CILAD, le professeur Kouma Yao Ronsard Odonkor, a salué les avancées législatives de la Côte d’Ivoire qui font aujourd’hui école en Afrique.

« Notre pays est doté d’une loi complète que même la France n’a pas encore », a-t-il souligné, rendant hommage au ministre de l’Intérieur qui a porté cette réforme. Il a martelé : « L’usager n’est pas un délinquant, c’est une victime. Le véritable criminel, c’est le dealer. »

Il a également évoqué les enquêtes patrimoniales désormais autorisées, permettant de remonter les circuits financiers des trafiquants. Le professeur Kouma Yao Ronsard a aussi partagé des témoignages poignants sur les conséquences du trafic, citant notamment des jeunes ivoiriens incarcérés au Maroc pour tentative d’immigration clandestine à travers des réseaux de drogue.

« Ces enfants ont dépensé cinq millions chacun pour partir et se retrouvent aujourd’hui en prison. Parents, il est temps de nous interroger », a-t-il lancé avec gravité.

Le commissaire Koné Tinnon, chef de l’antenne régionale de la DPSD, a déploré la non-collaboration des populations et a rappelé que les informations fournies aux forces de sécurité sont protégées par le secret et la confidentialité.

Il a exhorté les leaders communautaires et religieux à soutenir davantage les efforts de la police. Par ailleurs, deux conférences de haut niveau ont permis de sensibiliser les parents et éducateurs sur leur rôle dans la prévention : l’une sur le contrôle parental face aux substances psychoactives, animée par le docteur N’Guessan Badou Roger, chef du service traitement au CILAD, et l’autre par le commissaire Koffi Brou Jean-Claude, qui a insisté sur la nécessité de détecter précocement les signes de consommation chez les jeunes.

Les activités ont également inclus des formations pour les forces de défense sur les techniques spéciales d’enquête et la prévention du recrutement des jeunes par les groupes terroristes.

Des enseignants et professionnels de santé ont été outillés pour la prévention et la prise en charge des jeunes consommateurs. Les jeunes eux-mêmes ont été pleinement impliqués à travers des compétitions sportives, des concours intellectuels et une compétition intercommunautaire remportée par la communauté U-Report Man.

La cérémonie s’est achevée par la remise de trophées aux forces de l’ordre, aux éducateurs, aux associations de jeunes et aux personnalités locales qui se sont distinguées dans la lutte.

Certains jeunes sélectionnés représenteront la Côte d’Ivoire au Forum mondial des jeunes contre la drogue à Vienne, en Autriche. À Man, autorités, forces de sécurité, parents, éducateurs et jeunes ont pris la pleine mesure du défi.

Prévenir, sensibiliser et accompagner restent les maîtres mots. Comme l’a rappelé le préfet Soro Fatogoma, « investir dans la prévention n’est pas un luxe, mais une obligation pour sauver nos enfants et bâtir une société sans drogue ».

Momo Rachid