La CGECI fait de l'entrepreneuriat féminin un levier de croissance nationale
La CGECI fait de l'entrepreneuriat féminin un levier de croissance nationale
Le virage est officiel. Ce samedi 6 juin 2026, le siège de Côte d'Ivoire Tourisme a accueilli l'ouverture de la première édition de la Foire économique au féminin, un événement initié par le Cabinet Kaizene International en partenariat avec Côte d'Ivoire Tourisme.
Derrière l'effervescence de cette journée inaugurale, c'est une ambition nationale qui se dessine : faire de l'entrepreneuriat féminin un véritable levier de croissance économique, en transformant des milliers de micro-entreprises en PME structurées, compétitives et capables de rayonner au-delà des frontières.
C'est la CGECI
— le Patronat ivoirien
— qui a donné le ton. Dans une allocution remarquée, Aïssatou Cissé Sèye, présidente de la Commission promotion de l'entrepreneuriat national au sein de la Confédération générale des entreprises de Côte d'Ivoire, a posé un diagnostic sans détour.
Le dynamisme des femmes d'affaires ivoiriennes n'est plus à démontrer : elles sont omniprésentes dans des secteurs stratégiques tels que l'agriculture, l'agro-transformation, les services et le numérique. Mais leur expansion reste bridée par des obstacles persistants
— accès limité aux marchés structurés, déficit de digitalisation, méconnaissance des normes internationales de compétitivité
— qui freinent leur montée en puissance et, par ricochet, appauvrissent l'économie tout entière.
Car c'est bien là le message central que la représentante du Patronat ivoirien a voulu faire passer : ces obstacles ne sont pas l'affaire des femmes seules.
« Ces défis ne concernent pas uniquement les femmes. Ils concernent l'ensemble de notre économie », a-t-elle martelé, rappelant qu'aucune nation ne peut prétendre atteindre son plein potentiel en ignorant la moitié de ses talents.
L'ambition de la CGECI est en conséquence clairement formulée : « faire passer davantage d'entreprises féminines du stade de micro-entreprises à celui de PME structurées, capables d'accéder aux financements, d'intégrer les chaînes de valeur, de conquérir de nouveaux marchés et de créer durablement de la valeur ».
Sur le terrain, la Foire économique au féminin se veut la traduction concrète de cette vision. Lynda Aphing-Kouassi, fondatrice de Kaizene International et Commissaire générale de l'événement, a décrit une plateforme délibérément pragmatique, combinant vitrine commerciale pour les produits locaux et renforcement des compétences à travers des Masterclasses ciblées.
Au programme : marketing de l'emballage, vente en ligne, maîtrise des outils numériques, industrialisation et accès au foncier
— autant de savoirs opérationnels dont l'absence constitue aujourd'hui l'un des principaux plafonds de verre des entrepreneures ivoiriennes.
Ce pragmatisme a reçu un écho favorable des représentants institutionnels présents. M. Barry, directeur de cabinet du ministère de la Femme, de la Famille et de l'Enfant, a rappelé avec franchise les exigences d'un marché ivoirien hautement concurrentiel.
« On est de plus en plus dans un monde où on filtre les plus excellents. Les femmes doivent se battre, aller à l'information, réseauter, se former en continu et maîtriser la gestion financière », a-t-il déclaré, soulignant que l'excellence, non la bienveillance, est désormais le seul passeport durable pour la réussite entrepreneuriale.
Du côté des institutions d'appui, les signaux sont encourageants, même si des obstacles structurels subsistent. Grégoire Yao, représentant la direction générale de Côte d'Ivoire Tourisme, hôte de l'événement, a réaffirmé que les femmes constituent des actrices majeures de la transformation économique du pays.
Le représentant du Guichet unique pour le développement des PME (GUDE-PME), M. Soumahoro, a pour sa part dressé un bilan chiffré de l'action publique en faveur des PME : plus de 25 000 entreprises accompagnées en renforcement des capacités en partenariat avec la Société de garantie des PME, et plus de 6 000 entreprises financées pour un volume global d'environ 40 milliards de FCFA.
Des résultats tangibles, même si M. Soumahoro a reconnu que les barrières liées aux garanties bancaires et à la faible formalisation des activités continuent de limiter la portée de ces dispositifs.
Forte d'une participation nombreuse d'entrepreneures venues de tout le pays, cette première édition marque davantage qu'un lancement : elle pose les jalons d'une dynamique inclusive dans laquelle les PME féminines ivoiriennes ont, peut-être pour la première fois, l'ensemble des outils
— formation, réseaux, financement, visibilité
— pour s'insérer durablement dans le circuit économique formel. Le Patronat ivoirien, en s'y engageant résolument, envoie un signal fort : la croissance de demain se construira avec les femmes, ou elle ne se construira pas pleinement.
Adonis N.
