Korhogo : Dokaha, l’urbanisation galopante face au mur des infrastructures
Korhogo : Dokaha, l’urbanisation galopante face au mur des infrastructures
À seulement 2,5 kilomètres de Korhogo, Dokaha change de visage à grande vitesse. Villas modernes, centre de santé intégré, établissements scolaires…
La localité attire de plus en plus de fonctionnaires et d’opérateurs économiques, séduits par sa proximité avec la capitale régionale du Poro et son cadre de vie paisible.
Mais derrière cette métamorphose se cache une réalité beaucoup moins reluisante : routes impraticables, réseau électrique précaire et insécurité grandissante. Dokaha appelle au secours.
Dokaha se développe. Et vite. À quelques encablures de Korhogo, la localité donne désormais les allures d’un nouveau pôle résidentiel. De nouvelles habitations sortent de terre, les services de base s’installent progressivement et des familles, des fonctionnaires comme des opérateurs économiques, choisissent d’y poser leurs valises.
Son principal atout ? La proximité avec Korhogo, mais aussi un environnement encore préservé du tumulte urbain. Ici, le calme et l’hospitalité contrastent avec l’agitation de la ville.
Seulement voilà : l’urbanisation avance plus vite que les infrastructures.
Des routes qui deviennent un calvaire sous la pluie
L’accès à Dokaha constitue l’une des principales difficultés auxquelles sont confrontés les habitants. En saison des pluies, les voies en terre se transforment en bourbiers. Les dégradations rendent les déplacements particulièrement pénibles et compliquent la circulation des personnes comme des véhicules.
Cette situation a des conséquences directes sur le coût du transport. Le taxi-moto peut ainsi facturer jusqu’à 1 000 FCFA en journée, et parfois le double en soirée.
Un tarif difficilement supportable pour les populations, surtout lorsqu’on le compare au coût de certains trajets desservis par la SOTRA dans le périmètre communal, où la course peut revenir à 200 FCFA.
À Dokaha, se déplacer devient donc une dépense supplémentaire, mais aussi une épreuve quotidienne.
Électricité : le réseau sous haute tension
Autre sujet de préoccupation : l’électricité.
Avec l’extension rapide de l’habitat, les besoins augmentent. Mais le réseau, lui, semble peiner à suivre. Dans certains secteurs, des branchements anarchiques s’étirent sur près d’un kilomètre. Poteaux de fortune, fils suspendus sans protection, câbles traînant parfois au sol : le paysage électrique inspire autant l’inquiétude que la prudence.
À cela s’ajoutent des baisses de tension attribuées par les habitants à la forte sollicitation du réseau.
Le paradoxe est saisissant : les villas poussent, mais les infrastructures peinent à suivre.
L’obscurité nourrit l’inquiétude
À la tombée de la nuit, une autre difficulté apparaît : l’absence ou l’insuffisance d’éclairage public.
L’obscurité alimente le sentiment d’insécurité et commence à peser sur l’attractivité résidentielle de Dokaha. Certains fonctionnaires et locataires préfèrent ainsi quitter leurs logements pour s’installer à Waraniéné, Torgokaha ou dans le centre de Korhogo.
Pour les propriétaires, la solution passe parfois par le recours à des vigiles afin de protéger leurs biens.
« S’il n’y a pas de gardien, les gens vont tout voler », s’alarme Silué Solourgo, notable du village.
Une situation qui pourrait, à terme, freiner la dynamique immobilière de cette localité en pleine transformation.
Le cri du cœur des habitants
Face à ces difficultés qui perdurent, les responsables coutumiers veulent croire à une intervention rapide des pouvoirs publics.
Le chef du village, Soro Fanihoua, formule deux attentes prioritaires : la réhabilitation des voies d’accès et l’installation de l’éclairage public.
« Nous appelons de tous nos vœux la réhabilitation des routes d’accès et l’éclairage public », exhorte-t-il.
Dans ce contexte, le projet annoncé de reprofilage lourd du tronçon Nabélékaha-Djemitenin, sur l’itinéraire Fandiakaha-Dokaha, long de 15,5 kilomètres, pourrait constituer un premier pas vers le désenclavement de la localité.
Les habitants veulent surtout éviter que Dokaha ne devienne une cité résidentielle moderne… sans les infrastructures à la hauteur de sa croissance.
« Nous remercions nos autorités qui nous apportent le développement ici, à Dokaha, et sollicitons une fois de plus l’intervention du gouvernement en notre faveur », plaide Soro Dogniman, membre de la notabilité coutumière.
Son inquiétude porte notamment sur le Nouveau quartier de Dokaha, dont l’éclairage reste insuffisant.
Le message des habitants est clair : Dokaha veut accompagner son essor. Mais pour que cette urbanisation profite pleinement aux populations, les routes, l’électricité et l’éclairage public doivent désormais suivre le rythme de la croissance.
ACHILLE LAH KADO
Correspondant
