Crise du cacao : La baisse de 30 % du prix au Ghana met la Côte d’Ivoire sous pression

Crise du cacao : La baisse de 30 % du prix au Ghana met la Côte d’Ivoire sous pression

18/02/2026 - 16:57
18/02/2026 - 17:12
Crise du cacao : La baisse de 30 % du prix au Ghana met la Côte d’Ivoire sous pression
Crise du cacao : La baisse de 30 % du prix au Ghana met la Côte d’Ivoire sous pression

Face à la crise qui secoue le secteur du cacao depuis plusieurs mois, le Ghana, voisin de la Côte d’Ivoire et deuxième producteur mondial de fèves, a engagé une série de réformes d’urgence, dont une baisse significative du prix payé aux producteurs, afin de stabiliser une filière en grande difficulté.

Selon l’Agence France-Presse (AFP), cette décision intervient dans un contexte marqué par l’effondrement des cours mondiaux, des tensions de trésorerie au sein de l’agence nationale du cacao, des arriérés de paiement aux planteurs et des stocks importants de fèves invendues. Le cacao représente pourtant la troisième source de revenus d’exportation du Ghana, après l’or et le pétrole.

Concrètement, le prix de la tonne payé aux producteurs est passé de 2 635 000 FCFA à 1 850 000 FCFA, soit une baisse d’environ 30 %. Une perte considérable pour les planteurs, déjà éprouvés par la conjoncture.

« Cette mesure est devenue nécessaire pour refléter la réalité des cours mondiaux du cacao et assurer une injection immédiate de liquidités », a expliqué le ministre ghanéen des Finances, Cassiel Ato Forson, lors d’une conférence de presse à Accra.

Chute brutale des prix internationaux

Les marchés mondiaux du cacao ont connu une forte correction. La tonne est passée d’environ 6 250 000 FCFA en décembre 2024 à 3 500 000 FCFA en octobre 2025, avant de se situer aujourd’hui autour de 2 050 000 FCFA. Une chute vertigineuse de près de 50 %, qui fragilise la compétitivité du cacao ghanéen et, plus largement, celui de l’Afrique de l’Ouest.

À cela s’ajoutent les graves difficultés financières de l’Office ghanéen du cacao (Cocobod), fortement endetté et désormais à court de liquidités pour acheter les récoltes. La crise s’est accentuée lorsque la production est restée largement inférieure aux volumes contractualisés.

Le cacao pèse environ 10 % du PIB ghanéen et fait vivre près d’un million de personnes sur une population estimée à 33 millions d’habitants.

Quels impacts pour la Côte d’Ivoire ?

Comme le dit l’adage populaire, quand il pleut chez le voisin, on reçoit aussi les éclaboussures. La décision du Ghana n’est pas un simple ajustement technique : pour la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, elle agit comme un effet miroir.

Lorsque le Ghana baisse son prix, les acheteurs internationaux se repositionnent et hésitent à payer plus cher en Côte d’Ivoire. Le prix bord-champ ivoirien devient alors difficile à maintenir. Conséquence probable : une pression à la baisse sur les prix payés aux producteurs ivoiriens afin de préserver la compétitivité sur le marché mondial.

Les semaines à venir s’annoncent donc décisives pour la filière ivoirienne. Entre la chute des cours internationaux, les ajustements opérés chez le principal concurrent régional et la nécessité d’accélérer la transformation locale, la Côte d’Ivoire entre dans une zone de turbulence où chaque décision comptera, tant pour les producteurs que pour les recettes nationales.

 

Alain Dodet