Crise de légitimité au CNDH-CI : La société civile dénonce des « manquements graves »
Crise de légitimité au CNDH-CI : La société civile dénonce des « manquements graves »
Le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH-CI) traverse une zone de fortes turbulences. Dans une déclaration commune publiée ce mercredi 1er avril 2026, une douzaine d’organisations de la société civile, dont l’OIDH et Côte d’Ivoire Debout, fustigent les conditions d’élection du nouveau bureau exécutif.
Elles pointent du doigt une violation flagrante de la loi de 2018, mettant en cause l’impartialité du nouveau président et l'absence totale de mixité.
L'institution censée être le rempart des libertés en Côte d'Ivoire est-elle en train de perdre son âme ? C’est la question qui brûle les lèvres après la désignation de M. Adjelou Christian à la tête du CNDH-CI pour le mandat 2026-2032. Si l’homme est présenté comme un expert, son profil politique cristallise les tensions.
Un président « militant » au cœur de la polémique
Le premier grief des signataires porte sur le non-respect de l’article 16, alinéa 3 de la loi n°2018-900, qui exige que le Président soit une personnalité reconnue pour son « impartialité ». Or, selon les ONG, le passé récent de M. Adjelou Christian plaide contre lui.
« Il apparaît de notoriété publique que [le nouveau président] s’est, à plusieurs reprises [...] présentée comme militante d’un parti politique ivoirien depuis plusieurs décennies », indique la déclaration.
Plus grave encore, les organisations révèlent qu’il aurait représenté un candidat lors de l’élection présidentielle d’octobre 2025.
Faute de preuve d’une renonciation formelle à son militantisme, la société civile estime que « le critère essentiel d’impartialité, renforcé par les Principes de Paris, ne saurait être considéré comme pleinement satisfait ». Pour ces observateurs, le CNDH-CI ne doit en aucun cas devenir une « tribune politique déguisée ».
Le genre : le grand oublié du bureau exécutif
L’autre pilier de la contestation concerne la représentativité des femmes. Alors que l’article 15 de la loi organique stipule que la composition du bureau exécutif doit tenir compte du genre, le constat est sans appel : la nouvelle équipe est exclusivement masculine.
« Le bureau exécutif est exclusivement composé de personnes appartenant au même genre », déplorent les signataires, y voyant une contradiction majeure avec les engagements nationaux de la Côte d’Ivoire en matière de parité.
Pour les associations féminines comme le RAFI ou l'ORAF, cette exclusion constitue un signal désastreux pour une institution chargée de promouvoir l'inclusion.
Un appel à l’annulation du scrutin
Face à ce qu’elles qualifient de « recul démocratique », les organisations signataires interpellent directement le Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme.
Leur recommandation est radicale : « ne pas entériner cette élection, d’en annuler les résultats et de faire reprendre le processus ».
L'appel s'étend également à la communauté internationale (ONU, GANHRI) et aux représentations diplomatiques, afin qu'elles fassent pression sur Abidjan.
Pour l'heure, les autorités n'ont pas encore réagi officiellement à cette levée de boucliers qui fragilise d'entrée de jeu la nouvelle mandature du Conseil.
Les organisations signataires : OIDH, Alerte Conflit, Côte d’Ivoire Débout, Nous le Peuple, 1000 Volontaires, RAFI, ACD-CI, EAP, ORAF, FADED, IPS, PANEL.
Alain Dodet
