Korhogo : Des entreprises privées étranglées par les séquelles de la désobéissance civile d’octobre 2020

Korhogo : Des entreprises privées étranglées par les séquelles de la désobéissance civile d’octobre 2020

26/02/2026 - 19:12
Korhogo : Des entreprises privées étranglées par les séquelles de la désobéissance civile d’octobre 2020
Korhogo : Des entreprises privées étranglées par les séquelles de la désobéissance civile d’octobre 2020

Six ans après les violences liées à l’élection présidentielle de 2020, certaines entreprises du Nord ivoirien peinent encore à se relever. À Korhogo, des opérateurs économiques tirent la sonnette d’alarme, menacés de fermeture sous le poids des dettes bancaires.

Dans les bureaux modestes de la Société ivoirienne de livraisons de travaux publics et de matériels de construction (S.I.L.T.P-M.C), l’heure n’est plus aux ambitions d’expansion, mais à la survie.

Le 24 février 2026, son directeur, Silué Karna Souleymane, a brisé le silence. « Nous sommes poursuivis par les banques. Des huissiers ont été mandatés pour saisir nos engins roulants parce que nous n’arrivons plus à rembourser les crédits contractés », confie-t-il, la voix lourde.

Dans la nuit du 30 au 31 octobre 2020, en pleine tension électorale liée à la présidentielle ayant reconduit Alassane Ouattara, deux camions transportant du manganèse ont été attaqués près de Yamoussoukro. Les véhicules, en provenance du site minier de Lagnonkaha, ont été interceptés à Séman, à quelques kilomètres de la capitale politique.

« Ils se réclamaient de l’opposition et de la désobéissance civile. Ils ont mis le feu à un camion et vandalisé le second », relate le chef d’entreprise.

Spécialisée dans le transport du manganèse extrait dans la sous-préfecture de Guiembé, dans la région du Poro, la S.I.L.T.P-M.C travaillait sous crédit bancaire, notamment auprès d’une coopérative d’épargne.

Le camion benne incendié, immatriculé 2312HV01, transportait 33 tonnes de manganèse. « Il a été complètement brûlé entre 2 heures et 3 heures du matin. Le second, chargé de 51 tonnes, a été caillassé, ses pneus incendiés, ses vitres brisées », précise M. Silué.

Pour l’entreprise, le choc a été brutal. Le matériel destiné à générer les revenus nécessaires au remboursement des prêts a disparu en fumée. « Nous sommes devenus de mauvais payeurs malgré nous. Nous sommes victimes d’une situation dont nous ne sommes pas responsables », insiste-t-il.

Aujourd’hui, la structure financière poursuit ses actions de recouvrement. Les impôts s’accumulent. Les menaces de saisie planent.

« Les poursuites judiciaires pourraient aboutir à la fermeture de l’entreprise et au licenciement du personnel. Des familles entières dépendent de cette activité », alerte le directeur.

Dans un appel solennel, il se tourne vers le chef de l’État : « Nous croyons au Président de la République, notre papa à tous. C’est lui seul qui peut nous aider à nous en sortir. Nous lançons un SOS. »

Six ans après les violences d’octobre 2020, la question de la réparation des préjudices économiques reste posée. À Korhogo comme ailleurs, des entreprises privées continuent de payer le prix fort des soubresauts politiques, espérant encore une main tendue pour éviter la disparition.