Hommage : 4 ans déjà… et le cri de Marie Esther résonne encore sous les décombres

Hommage : 4 ans déjà… et le cri de Marie Esther résonne encore sous les décombres

08/03/2026 - 13:51
Hommage : 4 ans déjà… et le cri de Marie Esther résonne encore sous les décombres
Hommage : 4 ans déjà… et le cri de Marie Esther résonne encore sous les décombres

Il y a des douleurs qui ne s’effacent jamais, qui s’accrochent à l’âme comme une ombre éternelle, qui réveillent chaque matin le même hurlement silencieux dans la poitrine.

Ce samedi 7 mars 2026, quatre ans jour pour jour après l’indicible, la famille Oula, brisée mais debout, s’est recueillie autour du souvenir de Marie Esther Oula, arrachée à eux le 7 mars 2022 dans l’effondrement de cet immeuble CGK F à Angré.

Aimond Oula Williams, le père au cœur en lambeaux, menait ce pèlerinage déchirant. Il n’y a plus de stoïcisme qui tienne : la plaie est toujours béante, le sang continue de couler en silence. L’amour pour sa fille aînée n’a pas diminué d’un iota ; il s’est seulement mué en une souffrance vive, lancinante, qui ne trouve jamais de répit.

Sur les lieux mêmes du drame, là où la terre a englouti son enfant, Aimond Williams, la voix tremblante et les yeux noyés, a laissé jaillir ces mots qui lacèrent : « Nous sommes venus une fois encore murmurer ton nom, ma Marie Esther… te confier au Seigneur qui t’a rappelée trop tôt.

Tu étais si attachée à Lui, si pure, si pleine de vertus que le monde ne mérite plus. Ma première fille… ma lumière éteinte en pleine nuit. »

Puis, le cri, celui qui monte du plus profond de ses entrailles : « Nous porterons cette croix jusqu’à notre dernier souffle, jusqu’à ce que Dieu, dans Sa miséricorde, nous réunisse enfin. Mais combien de temps encore faudra-t-il supplier pour que cessent ces crimes ?

Combien de tombes faudra-t-il creuser parce que des constructeurs véreux et des autorités complaisantes ferment les yeux ?

Il s’agit de vies humaines… de petites filles qui riaient hier encore… de rêves pulvérisés sous le béton. Nous pensons à toutes les autres familles dévastées par ce même malheur. Plus jamais ça… plus jamais en Côte d’Ivoire ! »

Chantre de l’Éternel, Aimond Williams s’est alors agenouillé sur ce sol maudit et a prié longuement, intensément, les larmes ruisselantes, comme pour conjurer à jamais ce mauvais sort qui continue de rôder.

Plus tôt dans la matinée, en cette Journée internationale des droits des femmes, il avait tenu à honorer la mémoire de sa fille par un geste d’amour concret : à l’église, via la Fondation Marie Esther Oula créée dans la douleur après son départ, il a offert plusieurs sacs de riz, des bidons d’huile, des pâtes alimentaires à des veuves et des orphelins.

« Ma fille croyait en Dieu plus que tout, a-t-il murmuré, la gorge nouée. Je sais qu’elle sourit là-haut en voyant cela. C’est pour elle… tout est pour elle. »

Au terme de cette journée où se mêlaient recueillement déchirant et élan de solidarité, une chose est claire : quatre ans après, Marie Esther n’est pas oubliée.

Elle vit dans chaque larme versée, dans chaque prière murmurée, dans chaque geste d’amour offert en son nom. Mais la plaie reste ouverte… et le silence des décombres hurle encore.

 

Alain Dodet