Danané : Après les tensions au conseil municipal du 29 avril, des conseillers brisent le silence sur le dossier du marché Dan
Danané : Après les tensions au conseil municipal du 29 avril, des conseillers brisent le silence sur le dossier du marché Dan
Des échanges houleux en pleine session, une polémique qui enfle sur les réseaux sociaux et des élus qui montent au créneau.
À Danané, le dossier de la reconstruction du marché Dan cristallise toutes les tensions et soulève de sérieuses questions sur la gouvernance municipale.
La session du conseil municipal du mercredi 29 avril dernier restera longtemps dans les mémoires.
Prévue pour examiner plusieurs points inscrits à l’ordre du jour, elle a finalement été marquée par de vifs mouvements d’humeur entre élus, traduisant un malaise profond au sein de l’assemblée communale.
Très vite, la situation a débordé du cadre institutionnel pour s’inviter sur la toile, alimentant rumeurs, incompréhensions et indignation.
C’est dans ce contexte tendu que, le jeudi 30 avril, les conseillers municipaux Bernardin Domy (liste RHDP) et Augustin Sekaleu (Nouvelle ère Danané) ont animé une conférence de presse pour « éclairer l’opinion publique » sur ce qu’ils qualifient de dérives dans la gestion des projets communaux, en particulier celui du marché Dan.
Un projet controversé : entre flou procédural, explosion des coûts et mise en garde ignorée
Au cœur de la crise, le projet de reconstruction du marché Dan. Selon les conférenciers, les incompréhensions autour de ce dossier ne datent pas d’hier.
Depuis plusieurs mois déjà, certains conseillers municipaux tirent la sonnette d’alarme sur les conditions d’attribution du marché et le choix de l’opérateur chargé de son exécution. Ils révèlent qu’un courrier officiel, dont ils disent détenir copie, a été adressé à l’autorité préfectorale afin d’obtenir des clarifications sur la régularité du processus.
Une démarche qui traduit, selon eux, leur volonté de faire respecter les règles de gestion des affaires publiques. Mais c’est lors de la session du 29 avril que la situation a atteint son point de rupture.
Inscrit au point 7 de l’ordre du jour, le dossier du marché Dan devait faire l’objet de débats. Or, à la grande surprise de plusieurs conseillers, les travaux étaient déjà en cours d’exécution.
« Nous avons été appelés à débattre d’un projet déjà lancé, sans validation préalable du conseil municipal », dénoncent-ils. Pour eux, cette situation constitue une entorse grave aux principes de gouvernance locale, d’autant plus que les projets d’un montant important doivent obligatoirement être examinés et entérinés par le conseil avant toute exécution comme le stipule la loi.
Les élus dénoncent également un climat délétère lors de cette session, marqué par des restrictions de prise de parole. Plusieurs conseillers auraient été empêchés d’intervenir, voire « taxés d’opposants », accentuant les tensions et les frustrations.
Au-delà des questions de procédure, c’est surtout l’aspect financier du projet qui alimente la polémique. Selon les conférenciers, le marché aurait connu une évolution inexplicable de son coût : initialement attribué à 700 millions de francs CFA à un premier opérateur, il aurait été réattribué par la suite à une entreprise dénommée Nimba pour un montant de 1 milliard 200 millions de francs CFA.
« Deux coûts, deux opérateurs, sans explication claire au conseil », dénoncent-ils, estimant que cette situation soulève de sérieuses interrogations sur la transparence du processus. Autre source d’inquiétude : les conditions d’exploitation du futur marché. Les conseillers évoquent des loyers mensuels allant de 25 000 à 400 000 francs CFA pour les commerçants.
Une grille tarifaire jugée excessive, surtout si l’on considère que le projet serait en partie soutenu par les ressources de la mairie. « Nos populations vont contribuer à la réalisation du projet et devront ensuite payer des loyers élevés pour exercer leurs activités », regrettent-ils, pointant un risque de précarisation des commerçants locaux.
Le montage du projet, de type BOT (Build-Operate-Transfer) sur une durée de 15 ans, suscite également des réserves. Les élus s’interrogent sur les mécanismes de contrôle et les garanties offertes à la commune durant cette période.
Face à ce qu’ils considèrent comme une « forfaiture », Bernardin Domy et Augustin Sekaleu se veulent catégoriques : ils entendent aller jusqu’au bout. « Nous allons utiliser toutes les voies légales pour que ce projet respecte les normes et les lois en vigueur », ont-ils affirmé, rappelant qu’ils sont comptables de la gestion municipale devant les populations.
Tout en réaffirmant leur attachement au développement de Danané, ils insistent sur la nécessité de respecter les procédures et de garantir une gestion transparente des ressources publiques. « Personne n’est contre le développement, mais nous refusons que les règles soient contournées », martèlent-ils.
Contacté pour donner sa version des faits, le maire de Danané n’a pas pu être joint au moment de la rédaction de cet article.
Momo Rachid
