Cacao : L’or brun ivoirien peine à trouver preneur

Cacao : L’or brun ivoirien peine à trouver preneur

17/01/2026 - 20:19
Cacao : L’or brun ivoirien peine à trouver preneur
Cacao : L’or brun ivoirien peine à trouver preneur

Ils avaient cru voir enfin le bout du tunnel. Dans les campements cacaoyers, l’annonce du prix garanti à 2 800 francs CFA le kilogramme avait résonné comme une victoire longtemps attendue.

Mais quelques semaines après le lancement de la grande campagne, l’enthousiasme a laissé place à l’angoisse. Sur les pistes rurales de la Nawa, des tonnes de fèves s’entassent, tandis que les producteurs, eux, attendent toujours d’être payés.

Un prix historique, un espoir vite refroidi. Jamais, dans l’histoire récente de la filière cacao, un prix aussi élevé n’avait été fixé en début de campagne. Pour les producteurs, ce tarif représentait bien plus qu’un chiffre : la promesse d’une vie plus digne, la possibilité de scolariser les enfants, d’entretenir les plantations et de faire face à la cherté de la vie.

« À 2 800 francs, on pensait enfin respirer », confie Kouadio Yao, planteur à Buyo. « Mais aujourd’hui, on a le cacao, sans l’argent. » Un paradoxe cruel pour ceux qui font vivre le premier produit d’exportation du pays.

Au cœur des difficultés, le système de dépôt-vente, devenu quasi incontournable. Les producteurs sont contraints de livrer leurs fèves aux acheteurs agréés, puis d’attendre trois à quatre semaines, parfois plus, avant d’être payés. Une attente longue, souvent vécue comme une épreuve.

« On dépose le cacao, mais les charges ne nous attendent pas », déplore un autre planteur. Entre l’entretien des vergers, le paiement de la main-d’œuvre et les besoins familiaux, le décalage entre livraison et paiement fragilise dangereusement les exploitations.

Depuis la dernière semaine de décembre, la situation s’est encore dégradée dans la région de la Nawa, l’un des principaux bassins de production. De nombreux producteurs affirment ne plus parvenir à vendre leur cacao, malgré le respect des règles en vigueur.

« Les acheteurs nous disent d’attendre, qu’il n’y a pas d’évacuation », raconte un responsable de coopérative à Méagui. « Pendant ce temps, les fèves restent stockées, et les producteurs s’endettent. »

Dans les villages, l’inquiétude grandit et la colère monte. Les producteurs dénoncent une situation qu’ils jugent incompréhensible, au regard des annonces officielles et de l’importance stratégique du cacao pour l’économie nationale.

« On ne demande pas l’aumône, mais le respect de notre travail », insiste un planteur. Les appels se multiplient pour une intervention rapide des autorités, afin de fluidifier l’écoulement des fèves et garantir des paiements plus rapides.

Au-delà des chiffres et des mécanismes, c’est la survie de milliers de familles rurales qui est en jeu. Sans solutions urgentes, l’espoir né du prix record pourrait se transformer en profonde désillusion.

Car si le cacao est l’or brun de la Côte d’Ivoire, ses producteurs, eux, refusent de rester les oubliés de la richesse qu’ils créent chaque jour.

B. Tisy