Sécurité routière en Côte d’Ivoire : La vidéo-verbalisation, un levier stratégique pour une meilleure gouvernance des transports

Sécurité routière en Côte d’Ivoire : La vidéo-verbalisation, un levier stratégique pour une meilleure gouvernance des transports

28/09/2025 - 23:47
Sécurité routière en Côte d’Ivoire : La vidéo-verbalisation, un levier stratégique pour une meilleure gouvernance des transports
Un radar mobile positionné à Djorogobité 1, au niveau du carrefour ‘’police’’.

Diakité Mory, 36 ans, n’est pas dans son assiette. Il roule à fond la caisse, pressé ou peut-être préoccupé. Cet opérateur de VTC vient tout juste d’être flashé par un dispositif de vidéoverbalisation. Une infraction de plus enregistrée par les caméras de surveillance routière.

Jean-Louis aussi n’est pas étranger à ces sanctions automatisées. Il a déjà été vidéoverbalisé à plusieurs reprises par des radars mobiles. « La première fois, c’était au début du système. Je me rendais à Yopougon et j’ai été flashé trois fois : deux fois à 72 km/h, une fois à 71 km/h, alors que la limite était de 70 km/h », raconte-t-il, en riant de lui-même. Malgré les sanctions liées à ses excès de vitesse, il admet en toute honnêteté : « Je les ai méritées. »

Même constat du côté d’Yves Édouard Gbéry. Il se souvient d’une autre infraction : le non-port de la ceinture de sécurité. Flashé par une caméra intelligente, la contravention a été envoyée au propriétaire du véhicule, qui la lui a ensuite transmise. Une mésaventure qui l’a surpris… mais pas choqué.

Malgré le caractère strict, voire un peu rigide, de ce système de gouvernance routière, de nombreux usagers saluent son instauration. Pour beaucoup, la vidéoverbalisation a permis de rappeler à l’ordre les « chauffards » indélicats, et surtout de les confronter à leurs responsabilités. Excès de vitesse, dépassements dangereux, non-respect des voies : autant de comportements à risque que ce dispositif contribue à décourager.

Loin d’être uniquement coercitif, les conducteurs affirment à l’unisson que le système est donc une mesure de responsabilisation, qui agit tant sur les consciences que sur les portefeuilles.

 

Vue d’une fiche électronique de constat d’infraction affichant un véhicule verbalisé par une caméra le 23 juin 2025 pour excès de vitesse. La fiche mentionne la date, le lieu, l’infraction constatée ainsi que les informations relatives au contrevenant.

Un outil de discipline routière plébiscité par les usagers

À bord de son ‘’Worô-wôrô’’, véhicule de transport urbain sur le tronçon Adjamé-Port-Bouët, Saky Alex, 40 ans, salue la clairvoyance des autorités ivoiriennes pour avoir introduit la vidéoverbalisation, qui est un outil de bonne gouvernance routière dans le secteur des transports.

Pour lui, la vidéo-verbalisation a discipliné les chauffeurs VTC, désormais plus prudents au volant : « Depuis l’arrivée de la vidéo-verbalisation, beaucoup roulent plus prudemment. On en parle souvent entre nous. Cela dit, certains conducteurs échappent au système : ceux avec des plaques provisoires ou illisibles », explique-t-il, fort de ses cinq années d’expérience.

De son coté, Dosso Hamed, chauffeur de taxi-compteur depuis une quinzaine d’années raconte une histoire réelle qui fonde sa vision optimiste ce système de bonne gouvernance : « Un ressortissant malien est venu en voiture depuis le Mali pour rejoindre sa femme et une amie en vacances à Abidjan.

Il conduisait de manière irresponsable : excès de vitesse, non-respect des feux tricolores, dépassements dangereux. Des vidéos prises à Assinie ont prouvé ses infractions. À son retour au Mali, il a été intercepté à la frontière grâce à la vidéo-verbalisation. Il a dû payer plus de 300 000 FCFA avant de pouvoir rentrer ». 

S’il soutient fermement ce système qu’il juge responsabilisant et bénéfique pour la sécurité routière, c’est parce qu’il a dit avoir perdu un proche, « comme un fils pour lui », dans un accident en 2018. La victime, déplore-t-il, ne portait pas sa ceinture de sécurité. Ce drame a renforcé sa conscience des dangers de la route et de l’importance du respect des règles. C’est ailleurs, ce qu’opine Soumahoro Mamadou, président de la Maison des Transporteurs de Côte d’Ivoire (MTCI), applaudit : « Oui, la vidéo-verbalisation est un outil de gouvernance potentiellement efficace. Elle est bénéfique, parce qu’elle est bien encadrée par les forces de l’ordre ». 

Un outil d’équité et de responsabilisation

L’utilité et l’importance de la vidéoverbalisation sont reconnues par de nombreuses personnalités, qui n’en tarissent pas d’éloges. Gervais Coulibaly, administrateur civil, la soutient avec conviction : « La vidéoverbalisation est une bonne chose. Elle permet de responsabiliser les usagers de la route.

Grâce à elle, on fait plus attention : au port de la ceinture de sécurité, au respect de la vitesse, et aux règles du code de la route. C’est un rappel à l’ordre nécessaire. »

S’il en parle avec autant d’assurance, c’est parce que cet ancien préfet hors grade reconnaît que ce dispositif est impartial, juste, transparent et impersonnel. La vidéoverbalisation sanctionne sans distinction de classe sociale ni de statut professionnel.

« En tant qu’ancien préfet à la retraite, j’ai gardé certaines habitudes. Quand je circule, je roule souvent vite. Lorsque les forces de l’ordre m’arrêtent, je présente ma carte d’ancien préfet… et je poursuis mon chemin, sans vraiment m’inquiéter.
Je ne faisais pas attention à la vidéoverbalisation. Jusqu’au jour où je suis allé passer la visite technique de mon véhicule. Les techniciens m’ont alors présenté une liste d’infractions.

Ils m’ont informé que je devais payer une amende de 300 000 francs CFA. Là, je n’avais plus le choix : il fallait régler. J’ai demandé un échéancier, et on m’a accordé la possibilité de payer en trois mensualités. J’ai commencé à m’en acquitter », explique-t-il.

 Un outil efficace pour le civisme routier, selon les forces de l’ordre

Un ancien responsable d’une unité de la Police nationale en lien avec la circulation routière, qui a requis l’anonymat, reconnaît l’impact positif de la vidéo-verbalisation sur le civisme routier.

À l’image des vidéos de surveillance qui facilitent les enquêtes criminelles, ce dernier estime que la vidéo-verbalisation améliore la discipline sur les routes.

Cependant, il insiste sur la nécessité d’une évaluation rigoureuse : « La vidéo-verbalisation permet de sanctionner automatiquement les infractions routières. C’est un outil de gouvernance routière prometteur, mais il doit s’accompagner de mécanismes de recours pour éviter les abus et les extorsions », conclut ce haut gradé.

Malgré les satisfecit, des défis demeurent

Un dispositif de vidéoverbalisation installé sur le boulevard Koffi Gadeau (anciennement boulevard de Marseille), à proximité de l’école internationale Jules Verne.

Koffi Konan, conducteur de poids lourd, révèle que le dispositif de vidéoverbalisation, bien qu’utile, rencontre plusieurs défis sur le terrain.

Parmi les difficultés qu’il souligne, figurent : le manque d’information sur les zones de contrôle (les caméras sont souvent installées sans signalisation claire, ce qui surprend les conducteurs), l’absence ou la mauvaise visibilité des panneaux (les limitations de vitesse sont parfois invisibles ou totalement absentes), le retard dans la notification des infractions (les messages signalant une infraction par caméra arrivent trop tard, ce qui est frustrant pour les usagers), la verbalisation automatique sans alerte immédiate (les conducteurs ne sont pas toujours informés à temps qu’ils ont été sanctionnés) ainsi que le manque de clarté dans les preuves (les images ou vidéos utilisées comme preuves d’infraction sont parfois floues, rendant difficile l’identification du véhicule, notamment la plaque d’immatriculation, surtout en cas de véhicules similaires). Selon lui, ces limites peuvent entamer la crédibilité du système, malgré son objectif de responsabilisation.

La vidéoverbalisation, une arme efficace contre l’indiscipline routière selon le ministre Amadou Koné

Un radar mobile positionné à Djorogobité 1, au niveau du carrefour ‘’police’’.

Depuis sa mise en œuvre en Côte d’Ivoire, la vidéoverbalisation s’impose comme un levier essentiel dans la lutte contre l’insécurité routière et la bonne gouvernance routière. Selon le ministre des Transports, Amadou Koné, ce dispositif technologique a permis non seulement de réduire le nombre d’accidents, mais aussi de renforcer la transparence dans la gestion des infractions au Code de la route.

À en croire le ministre, la vidéoverbalisation a entraîné une hausse significative du nombre d’infractions enregistrées, générant au passage des recettes substantielles pour l’État. Ces fonds, affirme-t-il, sont réinjectés dans l’amélioration des infrastructures de transport et dans les campagnes de sensibilisation à la sécurité routière.

Pour rassurer les usagers, Amadou Koné insiste sur les mécanismes de transparence mis en place. Chaque infraction est notifiée par SMS aux conducteurs, ou par courrier dans le cas de certaines entreprises. Mieux, les usagers ont la possibilité de contester les contraventions. Une procédure claire existe : elle passe par les services de gestion des contentieux dans les Centres de Gestion Intégrée (CGI) ou via une correspondance adressée au ministère des Transports.

Les amendes, précise-t-il, sont proportionnelles à la gravité de l’infraction. « L’objectif n’est pas de punir à tout prix, mais de responsabiliser les conducteurs dans un esprit d’équité », souligne-t-il.

Interrogé sur la portée du dispositif, Amadou Koné est formel : la vidéoverbalisation est bel et bien un outil de bonne gouvernance. « Elle permet de sanctionner de manière juste et automatisée, loin de toute forme de corruption ou d’arbitraire », affirme-t-il.

Parmi les avantages concrets relevés par le ministre, il faut noter une amélioration de la fluidité du trafic, des recettes additionnelles pour l’État, un investissement accru dans les technologies de transport intelligent ainsi qu’un meilleur équilibre entre répression et prévention.

Les résultats sont là : entre 2021 et 2024, le nombre d’accidents a diminué de 6 %, celui des blessés de 14 %, et surtout, les décès sur les routes ont chuté de 30 %. « C’est une avancée significative, et cela prouve que nous sommes sur la bonne voie », se réjouit le ministre.

Avec la vidéoverbalisation, la Côte d’Ivoire fait donc le pari d’un système de transport plus moderne, plus sûr et plus transparent.

 

Patrick KROU