MALI : État de siège sur la plume
MALI : État de siège sur la plume
Oussouf Diagola est une signature. Un des rares professionnels diplômés des débuts de la presse privée au Mali, il a collaboré à L’Observateur et Jamana, dirigé la rédaction de Radio Kledu et coordonné les bureaux d’Africable Télévision.
Sa carrière à l'international l’a conduit en France comme rédacteur à l’Agence de la Francophonie, chef d'antenne de Radio Okapi à Bunia chargé de la formation des jeunes journalistes congolais et coordinateur du programme Radio de l’Institut Panos Afrique de l’Ouest au Sénégal.
Il a fondé et dirigé à Paris une agence de services et conseils aux médias et occupe désormais son temps à animer une chronique des relations internationales et de la géopolitique au Sahel dans La feuille tout en prodiguant ses conseils éditoriaux à plusieurs publications maliennes et signe maintenant dans Confidentiel Afrique et Impact Business.
Autrefois surnommée la « presse la plus dynamique d’Afrique de l’Ouest » après 1991, la corporation n’est plus que l’ombre d’elle-même, coincée entre le marteau de la répression judiciaire et l’enclume d’une précarité qui avilit les consciences.
L'échafaud du cyberespace
La loi sur la cybercriminalité est devenue l’arme fatale, un « couteau suisse » répressif que la justice dégaine à la moindre incartade.
La transition, sous le couvert de la « Refondation », a transformé l’arsenal juridique en un véritable champ de mines. Un post Facebook, une analyse un peu trop pointue sur la gestion du front ou une critique de la stratégie gouvernementale, et voilà le journaliste transformé en « cyber-terroriste » ou en « déstabilisateur ».
À force de voir les confrères défiler devant les tribunaux ou disparaître des radars, la peur s'est installée. On pèse chaque virgule, on arrondit les angles jusqu'à ce que l'information n'ait plus aucun relief.
On ne cherche plus la vérité, on cherche à éviter la prison. L’autocensure est adoptée majoritairement comme moyen de survie.
Le drame de la presse malienne ne vient pas seulement d'en haut ; il vient aussi de l'intérieur. La noblesse du métier se dissout dans l’hagiographie. Dans un pays où l’économie de la presse est sinistrée, les rédactions sont devenues des officines de communication.
On signe des « partenariats » avec des directeurs de services ou des cadres à la conscience pas très tranquille. Ces contrats ne sont rien d’autre que des pactes de non-agression : on encense le patron en échange de la survie financière de la radio ou du journal.
Le journaliste n’est plus celui qui questionne, il est celui qui quémande. On jette quelques billets de banque à une presse affamée comme on jetterait un os à un chien pour qu'il cesse d'aboyer. Résultat ? Le public ne lit plus des informations, il lit des hagiographies commandées.
Une profession en perdition
Le journalisme malien vit une perversion professionnelle sans précédent. Sous prétexte de patriotisme ou de soutien à la transition, la critique est assimilée à de la trahison. Les rédactions sont devenues les caisses de résonance d'une propagande qui ne dit pas son nom.
Le « quatrième pouvoir » est en panne de boussole. Il ne surveille plus les abus, il les déguise. Il ne sert plus le citoyen, il courtise le puissant. La Refondation, pour la presse, ressemble pour l'instant à une lente agonie de la liberté d'expression, remplacée par un concert de louanges orchestré par la peur et le besoin.
Oussouf Diagola
Journaliste
