Ouragahio : Une terre fertile en quête de transformation
Ouragahio : Une terre fertile en quête de transformation
Ouragahio, Côte d’Ivoire – Située au cœur de la région forestière ivoirienne, la commune d’Ouragahio incarne à la fois un potentiel agricole immense et une mosaïque sociale harmonieuse, tout en affrontant de nombreux défis structurels. Si la terre y est généreuse, le développement, lui, tarde à suivre.
Une cohabitation pacifique entre communautés
Majoritairement peuplée de Bétés, peuple autochtone sans allié de plaisanterie en Côte d’Ivoire, Ouragahio est également le creuset d’une riche diversité ethnique.
Dioulas, Baoulés, Gouros, Burkinabés, Maliens et Guinéens y vivent en bonne intelligence, attirés par les terres cultivables et les opportunités commerciales. Cette harmonie sociale constitue un socle précieux pour le développement local.
Une richesse agricole sous-exploitée
L’économie de la commune repose presque exclusivement sur l’agriculture. Café, cacao, hévéa, riz et produits vivriers forment les piliers de l’activité économique.
Pourtant, en l’absence d’unités de transformation, cette richesse reste largement exportée à l’état brut.
La fermeture de la seule scierie et l’inactivité d’une savonnerie en attente d’exploitation symbolisent ce manque de valorisation locale.
Les terres sont souvent cédées par des arrangements informels – parfois contre une simple bouteille de gin – preuve d’un système foncier à régulariser. Et si l’agriculture occupe la majorité de la population, elle peine encore à offrir un avenir stable à la jeunesse.
Des infrastructures sociales incomplètes
En matière d’éducation, Ouragahio compte deux lycées, plusieurs collèges et écoles primaires, ainsi qu’une bibliothèque connectée à Zebizekou. Mais nombre de ces établissements souffrent d’un manque criant d’équipements : tables-bancs usés, latrines inexistantes, cantines absentes.
Le secteur de la santé est également en demi-teinte. La commune dispose d’un centre urbain, de sept centres ruraux et d’une pharmacie moderne, mais souffre d’un déficit en équipements, en médicaments et en services spécialisés.
Des villages comme Karahi et Oundjibipa restent encore totalement dépourvus de structures sanitaires.
Électricité, eau, téléphonie : des progrès à consolider
Bien que l’eau potable et l’électricité soient disponibles dans la majorité des zones, des problèmes persistants nuisent à leur efficacité : pompes en panne, réseaux incomplets, branchements anarchiques. L’Internet est faiblement déployé et le téléphone fixe quasi inexistant.
Les routes reliant Ouragahio à Gagnoa et Sinfra permettent une relative ouverture, mais certaines voies secondaires restent impraticables, notamment vers Siegouekou et Broudoume, freinant les échanges économiques.
Un tissu économique à structurer
Le commerce local, animé surtout par les Dioulas et les ressortissants de la CEDEAO, reste cantonné au détail.
Si la ville dispose de quelques hôtels, gares routières, stations-service et d’une ONG active (UFDCEM), les entreprises structurées font cruellement défaut.
L’économie informelle – maquis, menuiseries, garages – domine, sans créer de valeur à long terme.
Face à ce constat, beaucoup de besoins sont reportés sur Gagnoa, chef-lieu du département, vers lequel la population converge régulièrement.
Cap sur un développement durable
Ouragahio dispose pourtant d’atouts majeurs : une biodiversité riche, des sols fertiles et une population travailleuse.
Mais l’exploitation non durable des ressources naturelles menace cet équilibre : déforestation, épuisement des terres, disparition de certaines espèces animales.
Pour les habitants, la création d’unités de transformation du cacao ou de l’hévéa représente une piste concrète vers la création d’emplois et la relance économique. De même, la modernisation des infrastructures scolaires, sanitaires et routières s’impose comme une priorité absolue.
Ouragahio est l’image vivante de nombreuses communes rurales de Côte d’Ivoire : riche de ses hommes et de ses terres, mais encore fragile faute d’investissements durables.
DJACKJACK ZOLA
