Naftaly, reggaemaker ivoirien : « Jimmy Cliff ne meurt pas : il retourne à l’Esprit »

Naftaly, reggaemaker ivoirien : « Jimmy Cliff ne meurt pas : il retourne à l’Esprit »

24/11/2025 - 21:34
25/11/2025 - 04:19
Naftaly, reggaemaker ivoirien : « Jimmy Cliff ne meurt pas : il retourne à l’Esprit »
Naftaly, figure du reggae ivoirien, évoque l’héritage musical et spirituel de Jimmy Cliff, disparu le 24 novembre 2025. Pour lui, l’artiste jamaïcain laisse une œuvre intemporelle qui continuera d’inspirer des générations.
Naftaly, reggaemaker ivoirien : « Jimmy Cliff ne meurt pas : il retourne à l’Esprit »
Naftaly, reggaemaker ivoirien : « Jimmy Cliff ne meurt pas : il retourne à l’Esprit »
Naftaly, reggaemaker ivoirien : « Jimmy Cliff ne meurt pas : il retourne à l’Esprit »

À l’annonce de la mort de Jimmy Cliff, Naftaly revisite l’influence décisive du pionnier jamaïcain sur son parcours et sur le reggae moderne. Un entretien empreint de spiritualité, de respect et de gratitude envers une légende éternelle.

Ce lundi 24 novembre 2025, le monde a appris le décès de l’icône jamaïcaine Jimmy Cliff à l’âge de 81 ans. Quel sentiment vous traverse à cet instant ?

Oui, Jimmy Cliff est parti… mais dans notre vision, chez les Rastas, la mort n’existe pas. Le corps s’arrête, mais la vie, elle, ne meurt jamais. La vie ne connaît pas la mort.

Jimmy Cliff a accompli sa mission sur cette planète. Quand on demande de citer cent artistes qui ont marqué le monde musical, son nom revient toujours. Alors, ce que je ressens, c'est le sentiment du travail accompli. Il était temps pour l’homme de se reposer.

Bien sûr, pour sa famille, c’est une grande perte : un père, un grand-père, un frère, un oncle s’en va. À eux, je présente mon respect et mes condoléances. Mais spirituellement, son œuvre est achevée. Il a laissé son empreinte dans le monde musical, artistique, dans l’œuvre de l’esprit.

Il mérite le repos. Paix à son âme et condoléances à sa famille et à tous ses fans.

Sa manière de faire du reggae vous a-t-elle influencé ?

Oui, on peut dire qu’il nous a tous influencés. Nous sommes d’une époque où Jimmy Cliff apportait un souffle nouveau. Le reggae, c’était le one drop, le roots… et lui est arrivé avec quelque chose de plus rythmé, de plus funky, avec une voix perçante.

Le morceau « Many Rivers to Cross » a été une immense ouverture pour nous, les jeunes qui rêvions de musique. Il nous a montré qu’on n’était pas obligés de rester dans un carcan. On pouvait créer, ouvrir des brèches, apporter nos propres notes.

Oui, il nous a beaucoup apporté dans notre façon de voir le reggae.

Selon vous, quel héritage musical Jimmy Cliff laisse-t-il au reggae ?

Jimmy Cliff a apporté une nouvelle façon de voir et de faire du reggae : plus mélodieux, plus posé, avec une voix bien perchée et des grooves nouveaux.

Il nous a montré que rien n’est fermé, que le reggae est une musique ouverte, à laquelle chacun peut ajouter sa pierre. C’est l’une des grandes marques qu’il laisse.

Avez-vous une anecdote particulière à partager ?

Oui, je me souviens du film « The Harder They Come » dans lequel il jouait le rôle principal. Ce film nous avait bouleversés.

À l’époque, on s’habillait tous comme lui, on jouait aux petits gangsters dans le quartier… On voulait faire comme lui. Ce film nous avait vraiment marqués.

L’avez-vous rencontré au cours de votre carrière ?

Non, je ne l’ai jamais rencontré. Mais vous savez, on n’a pas besoin de rencontrer physiquement un artiste. Quand tu écoutes sa musique, ses créations, tu l’as déjà rencontré.

Pour moi, ça suffisait. J’avais l’impression de vraiment le connaître. J’aimais ses mélodies, son timbre vocal très haut, et ce qu’il apportait de nouveau au reggae.

Salut l’artiste. Paix à son âme. Un artiste ne meurt pas.

Réalisé par Patrick KROU