Georges Ravoteur, auteur de De la Baie du Robert à la Lagune Ebrié : « Cette oeuvre peut être mes mémoires, mon testament ».
Georges Ravoteur, auteur de De la Baie du Robert à la Lagune Ebrié : « Cette oeuvre peut être mes mémoires, mon testament ».
En Côte d’Ivoire et dans d’autres contrées, le personnage Georges Ravoteur est synonyme d’initiateur et promoteur du carnaval Ivoiro-antillais. En plein mission de la confection du pont culturel reliant l’Afrique aux Antilles, il s’apprête à sortir une oeuvre littéraire.
Après que nous ayons eu la primeur de parcourir les lignes de cet ouvrage, nous avons voulu nous enfoncer dans ces écrits qu’il qualifie lui-même de mémoire. Découverte de l’auteur et d’un brin de contenu de ce livre baptisé : De la Baie du Robert à la Lagune Ebrié.
Bonsoir monsieur Ravoteur. Comment vous êtes venu l'idée d'écrire un livre?
Quand j'avais à peu près 30 ans, je me disais qu’il va falloir que j'écrive quelque chose, mais j'étais plutôt dans les romans, dans les petites choses comme des histoires.
Le plus souvent je faisais des poésies et je disais que je voulais être un tel chanteur, un tel Machin. J'en ai même écrit pour Gilles SALA qui était très connu, avant à l’époque, mais ça n'a pas pu paraître.
Cette idée d'écrire, c'est d'abord un journaliste, nommé Clément Koffi, qui à chaque fois qu'il me voyait me disait que je devrais écrire quelque chose.
Je lui disais oui, oui, mais tu sais, je ne sais pas comment faire, mais si je commence quelque chose ce sera une autobiographie. Et aussi, est-ce qu'on va pouvoir publier cela ? Parce qu’on attaque quand même pas mal de choses dans une autobiographie.
Donc, il m'a reposé la question une dernière fois, encore une autre fois, et puis cette fois-ci je me suis dit finalement, il me vient pas mal d'idées.
Et par la suite J’ai trouvé l'envie d'écrire de plus en plus, je me suis dit mais pour quoi pas, ça ferait connaître déjà Georges Ravoteur et surtout son pays, cela ferait connaître également ses émotions, ses aventures en Côte d'Ivoire. Et l'idée m'est venue tout de suite d’écrire « De la Baie du Robert à la Lagune Ebrié ».
Cette œuvre est-elle synonyme de vos mémoires ou de votre testament ?
Ça peut être mes mémoires, mon testament. Pourquoi pas, parce que je ne sais pas ce qui peut se passer, il n’y a pas si longtemps déjà, quelque chose s’est produite (problème de santé), donc on ne sait jamais, mais j'aurais bien voulu être là, pour continuer pas mal de choses. En plus, je suis en train d’écrire un roman actuellement, il est bien avancé. Donc, si cela pouvait paraître après mon mémoire ou mon autobiographie, ce serait quelque chose extraordinaire.
Quelle thématique apportez-vous dans cette œuvre que vous avez écrite ?
Dans cette oeuvre que J’ai écrite, j'aborde la thématique de déjà mon enfance, quand je suis venu au monde, avec un Père que je n'ai pas du tout connu, parce qu'à l'époque, il est venu effectuer son service militaire en France lors de la dernière Guerre, il était Guinéen et lors de sa libération, il passa quelques temps en Martinique et là, il fit la connaissance de ma Mère. Au moment de le retrouver en Afrique, ma Mère rencontrera toutes les difficultés pour partir vivre
Avec lui en Afrique, précisément en Guinée Conakry. Donc ainsi, ils se sont séparés sans aucune possibilité de se revoir, puis je me suis retrouvé au Robert, où ma Mère a épousé un Robertin qui m’a reconnu, la raison déjà pour laquelle je m’appelle Ravoteur François-Haugrin, J’ai les deux noms.
La thématique de l’ouvrage m’a permis de raconter ma naissance, ensuite mon enfance, l'école, etc. Ensuite ma vie en France, après les Antilles, avant d’aborder tout ce que J’ai pu faire jusqu'à ce que j'arrive à la retraite, en 2000. Si je devrais évoquer toute ma carrière, et toutes les choses que j’ai faites, le livre contiendrait plus de mille pages, je pense !
Des Antilles à l’Afrique, en passant par l'Europe, avec une petite excursion aux États-Unis, quel résumé faites-vous de ces différents passages dans l'œuvre ?
Tous ces voyages ont été très enrichissants pour moi, parce que J’ai pu voir la Martinique, où J’ai vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. Ensuite J’ai vécu à Paris, un peu aux États-Unis, où J’ai pu, bizarrement, je ne sais pas ce qui s’est passé, mais j’y ai joué dans un feuilleton, alors que j'étais en train de me balader tranquillement sur le Sunset boulevard.
Le feuilleton s'appelait Los Angeles High Court au studio ABC, que j'ai pu voir à Oakland, mais je ne l'ai jamais revu, parce qu'à l'époque il n'y avait pas de la TNT en France, ni en Martinique.
J'ai pu le voir aux États-Unis, ce n'était pas mal. On m'a fait énormément travailler juste deux prises pour un bleu que j’étais, la compagnie a voulu me garder le lundi pour continuer l’épisode suivant (j’ai raté ma carrière Hollywoodienne, je pense), cela se passait le vendredi, il a fallu négocier car hélas, je rentrais à Paris le dimanche.
Votre point de départ, la baie du Robert, que vous évoquez dans le livre, est-ce que votre démarche est de lui donner une place de choix aux yeux du monde?
Ah oui, La Baie du Robert, je crois que La Martinique possède l'une des plus belles baies, l’entrée de cette commune est extraordinaire quand on sort de l’autoroute, avec tous ces îlets donnant l’impression de flotter au milieu de ce ciel et mer bleue.
D'ailleurs, quand on arrive à un certain moment, il y a quelque part, qu'on appelle l'aérographe, vous avez un panorama d'îlets qui se présentent comme un chapelet.
On se dit, mon Dieu, que c'est beau ! Et puis il y a toujours cette mer bleue, les espaces comme ça, il faut avoir vu cela ou bien voir ça, lors des courses des Yôles aussi, c'est extraordinaire de voir ce panorama, et ça, j'ai toujours gardé cette image en mémoire. Puis je me suis dit, j'ai la chance de vivre pas trop loin tout au bord de la mer.
Vous avez évoqué la ségrégation à l'école, à Fort-de-France, où vous avez fréquenté. Pouvez-vous nous raconter cet épisode en bref ?
C'est une histoire qu'on trouve très bien détaillée dans le livre. J'avais une envie (vocation) dirait on, d'être prêtre à l’époque, je ne sais pas pourquoi d'ailleurs. Malgré ma forte volonté, m’empêcha d’aller jusqu’à bout.
J'ai été enfant de chœur d'abord, j'ai servi pendant des années et des années, enterrements, mariages, baptêmes, etc. Et puis je suis allé finalement dans cette école, qui s'appelait le Séminaire Collège, c'est ce qu'il y avait. Mais à l'époque, il y avait aussi pleins de Békés, dont on parle énormément, actuellement.
Ce sont ceux qui ont fait que nous soyons en Martinique et un peu partout sur le continent Américain. Ils sont une minorité Blanche appelés Créole de Martinique ou des autres îles de toute la Caraïbe.
Ils sont descendants des premiers colons Européens, souvent Français et esclavagiste (Voir définition de Google), c’est 1 pour cent de la population de l’île de la Martinique, mais ils détiennent une part disproportionnée des richesses: Agriculture et entreprises. Christophe Colomb a eu le Malheur de découvrir l'Amérique en 1492; Il n’a pas initié la traite mais a ouvert la voie de l’esclavage des populations Indigènes et c'est là que c’est là que s’ ouvre la porte de la Traite négrière à partir de 1635.
Il y a eu des millions de morts, de déportés, de suicides, qui me marquent tout comme des millions de personnes. J'ai connu quelques brides de mon arrière-grand-mère, qui parlait toujours du Dahomey. Je ne sais pas pourquoi, et je n'ai pas su, j'avais peur d'elle, parce que c'était une négresse qui était dans sa case, et c'est de là que j'ai eu tort, parce que j'aurais pu comprendre certaines choses.
Donc pour comprendre les ségrégations de cette époque, il faut s’imprégner un petit peu de notre Histoire qui n’est pas si simple, il faut se baser sur l’histoire. Dans les écoles Privés, le noir restait toujours l’inférieur.
Qu'est-ce qui s'est passé précisément à l'école, vis-à-vis de la ségrégation ?
Dans ces écoles privés le Noir restait à l’époque et même encore aujourd’hui, le descendant de l’esclave. A l’école, les Békés étaient de leur côté, ils avaient toujours de bonnes notes, ils travaillaient très bien, sans trop se forcer,
Le petit Nègre qui arrivait là, enfin restent les petits Nègres, donc cette ségrégation, on vous faisait sentir que vous étiez là, mais pas au même niveau social et ethnie que l'autre.
Toi tu n'as pas le droit de ceci, tu n'as pas le droit de cela, et les prêtres, les hommes de l'église, quand même participaient à cela ouvertement.
On avait l'impression, c'est évident, parce que les millions et les millions que l'on leur versait et que ce soit, je ne vais pas nommer les plus grands Békés, mais c'était toujours eux qui donnaient de l'argent, alors nous, qu'est-ce que nous apportions.
Donc vous invitez le lecteur à plus découvrir ce que vous avez à raconter dans le livre ?
Voilà, donc ils vont découvrir tout ça.
Le livre paraît bientôt, quel message avez-vous à lancer aux lecteurs ?
Que les potentiels lecteurs attendent de peu. Je sais qu’ils sont curieux, et veulent découvrir d’autres oeuvres d’un Antillais, un Martiniquais, qui vit en Côte d'Ivoire, qui a fait quelques choses qui ont dû marcher quand même, notamment le carnaval.
Je sais qu’ils sont pressés de découvrir pas mal de choses dans le livre, pour me connaître sous d’autres angles, mais qu’ils patientent un peu mieux.
Propos recueillis par Ouattara Koffi.
